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Credo (43) : Shaddaï, le lieu

Quelque chose à découvrir, pas dans le mot, mais dans le

 

 

entre le noir des lettres tracées sur ta poitrine.

 

Notes

– En hébreu, « Shaddaï », l’un des noms de Dieu, signifie également « qui a des seins ».

– « (…) en novembre 1975 une lettre de Carmélia Benveniste m’informait que le Professeur (le linguiste Emile Beneveniste, ndlr) demandait expressément à me voir. Il arrivait encore à exprimer ses désirs, et se rappelait ceux qu’il souhaitait revoir.

   Au cours d’une de ces rencontres, c’était à l’hôpital de Créteil, il me demanda de m’approcher de son lit, se redressa, tendit l’index comme sur la photo reproduite ici et, très timidement, avec ce même sourire adolescent, se mit à « écrire » sur le chemisier qui recouvrait ma poitrine. Surprise, bouleversée autant que gênée, je n’osai bouger et ne pus deviner ce qu’il souhaitait écrire ou dessiner dans ce geste étrange. Je lui demandai s’il voulait quelque chose à boire, lire ou entendre. Il secoua la tête en signe de négation et recommença à tracer sur ma poitrine ces signes aussi troublants qu’indéchiffrables. Je finis par lui tendre une feuille de papier et un stylo Bic.   Alors, de la même écriture en lettres capitales d’imprimerie qu’il avait choisie pour me dédicacer son livre, il traça : THEO. »

Julia Kristeva, Préface à Emile Benveniste, Dernières Leçons, Collège de France (1968-1969), Seuil, 2012

Publié dans Credo Poèmes