CADEAU : L’ebook Kindle « La mauvaise troupe » gratuit ce week-end sur Amazon
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Petit cadeau pour ce début d’année : notre livre numérique pour Kindle « La mauvaise troupe » vous est offert sur Amazon tout le week-end (du vendredi 6 au dimanche 8 janvier 2011). N’hésitez pas à le télécharger et à découvrir ces contes brefs, proches des micronouvelles et de la twittérature.
La mauvaise troupe ( 65 contes brefs)
« Non, décidément, il était incapable d’écrire plus de deux lignes, l’écri vain. »
Dans l’esprit d’Hemingway et de sa micronouvelle « À vendre : chaussures de bébé, jamais portées », la mauvaise troupe regroupe 65 contes brefs, drôles et inédits. Ils mettent en scène le petit peuple improbable d’une cosmogonie imaginaire. Soixante-cinq plaisirs littéraires minuscules à déguster avec un bon café.
Ebook Kindle
ISBN : 978-2-9536223-1-7
Prix (Kindle store) : 2,99 €.
Les étincelles de Philippe Jaccottet
( Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du 5 janvier 2012 )
Avant son entrée dans la pléiade, le poète majeur d’origine suisse présente les textes qu’il juge les plus représentatifs de son parcours.
Philippe Jaccottet, l’auteur d’ «À la lumière d’hiver » est cette année au programme du baccalauréat, chose rare pour un poète contemporain. Il nous offre aujourd’hui son anthologie personnelle, prélude à un volume de la Bibliothèque de la pléiade en préparation. Il revisite 62 ans d’une poésie aussi discrète que lue et étudiée dans le monde entier. Une poésie qui n’a cessé de suivre le cœur battant du monde au rythme des saisons. Mêlant poèmes, proses et notes de journal, longues suites et formes brèves, ce large choix présente dans sa globalité, et pour la première fois, son parcours de vie et d’écriture. Moins bilan qu’ouverture, la remarquable cohérence de cette œuvre est due au choix initial de toujours se laisser inspirer par l’observation des alentours. De les saisir au plus juste, sans action et sans discours qui viendraient mettre un voile entre le sensible et sa retranscription. En cela, il est plus proche de Bashô, le maître japonais du haïku attentif à chaque frémissement de la nature, que des révolutionnaires tentés de « porter la bure du poète » et clamant leurs vérités avec trop de superbe.
Des poèmes de « L’effraie » publié en 1946 aux proses de « Ce peu de bruit » datant de 2008, c’est la chronique d’un rendez-vous passé avec la lumière qui nous est raconté. Une épiphanie, hors du champ religieux, qui accepte la présence de la mort et de la finitude, alliées objectives pour cerner encore plus nettement les étincelles de joie. « Une joie dont on serait tenté de croire qu’elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. » Une poussière qui brille d’une lumière singulière : celle de l’hiver, celle de la pleine lune. Moins éblouissante que celle des étés car devant laisser place aux doutes des silences. De la place du poème dans la vie à l’authenticité de nos perceptions, ces doutes transcendent toute l’œuvre de Jaccottet. Comme pour mieux indiquer les berges de la rivière, éviter l’enlisement par des mots superflus. « On voudrait croire que nous sommes tourmentés pour mieux montrer le ciel. Mais le tourment l’emporte sur ces envolées, et la pitié noie tout, brillant d’autant de larmes que la nuit. »
Ces doutes, nombreux, ne prennent pourtant jamais l’avantage. Ils sont comme à court terme. Et ce qui frappe ici est moins l’incertitude que l’usage des mots comme ombre à cette lumière. Moins pour la définir que pour tenter de la rejoindre et de l’apprivoiser, patiemment, dans chaque geste du quotidien. Pour apporter ces mots en partage et faire communion jusqu’à un autre silence. Celui du Mont Ventoux et des paysages de Grignan, lieu de résidence adoré du poète. Celui des arbres, des fleurs et du vent. Jusqu’à un effacement qui serait une victoire. « Si c’était la lumière qui tenait la plume, l’air même qui respirait dans les mots, cela vaudrait mieux. » Un rêve, une proposition qui semble presque tenir. Et si toutes ces pages, notamment dans la prose, ne sont pas indispensables, elles participent toutes à l’équilibre d’une tentative. Une absence de prétention qui ne va pas chercher sa source jusqu’en Extrême-Orient mais dans les plus proches lieux. Aux détours de ces chemins que nous sommes libres d’arpenter. À nos lueurs présentes qui s’intensifieront.
Stéphane Bataillon
L’encre serait de l’ombre, Notes, proses et poèmes choisis par l’auteur 1946-2008, de Philippe Jaccottet, Poésie/Gallimard, 560p., 10 euros
Diaspora*, le nouveau réseau social libre : Un choix politique (et pourquoi je délaisse Facebook)
Un réseau social ouvert, sans aucune publicité, dont la règle de base serait de respecter la liberté de l’utilisateur, sans utiliser d’une manière ou d’une autre ses informations. Une utopie ? Non, Diaspora*.
Sous couvert de service gratuit, la marchandisation de notre vie privée par les réseaux sociaux n’est pas une fatalité. Plutôt que de se lamenter sur les pratiques des mastodontes aux tentations orweliennes, allons voir du côté des alternatives libres. Ces solutions gratuites, ouvertes et réellement au service des usagers qui, comme Linux, Firefox, WordPress ou Wikipedia, permettent de conserver au réseau sa dimension démocratique initiale.
Il y a un un peu plus de deux ans, Max Salzberg, Dan Grippi, Raphael Sofaer et Ilya Zhitomirskiy, des étudiants de l’Université de New-York, férus d’informatique, ont imaginé un nouveau type de réseau social : un réseau qui ne serait pas détenu par une entreprise privée mais par la communauté de ses utilisateurs et où les données publiées ne seraient plus centralisées en un lieu unique.
« Pods » et « aspects » : le respect de la vie privée des internautes au premier plan
Avec Diaspora*, les données (cryptées et sécurisées par défaut) sont partagées sur différents serveurs autour de la planète, baptisés « pods ». Chacun est libre d’en installer un chez lui, afin de conserver les données et photos qu’il partage uniquement sur son ordinateur. Une solution libre, sans aucune publicité, où l’on choisit facilement avec qui échanger ses infos (et avec qui ne pas le faire) grâce à des groupes de contacts très facilement modifiables, les « aspects ». Une fonctionnalité adoptée également par Google+ avec ses « cercles » et qui est en train d’être déployée sur Facebook. Une prise en compte bienvenue, impulsée par Diaspora* qui témoigne de l’influence positive du réseau libre sur ses concurrents. Une évolution constructive et collective en somme.
- Les 12 raisons pour migrer vers Diaspora* (version originale de David McCauley en anglais)
- C’est un logiciel libre.
- Aucune publicité d’aucune sorte !
- Vous avez le contrôle complet de vos données privées.
- Pas de nymwars (suppression intempestive des comptes par le service)
- Pas de censure, postez ce que vous voulez
- Pas de Big Brother pour vous espionner
- Pas de limites de taille sur les posts ou les commentaires
- Gifs animés permis
- Pas de limites sur la taille ou la forme des photos
- #Hashtags!
- Interface simple et élégante
- Communauté conviviale et intéressante.
La fin de la « licence d’utilisation » des contenus : une défense concrète du droit d’auteur
En cette période de crise, où l’on a souvent juste envie d’un peu plus de temps et d’espace pour se retrouver, l’apparition de Diaspora*, au design élégant et épuré, est peut être l’une des innovations les plus prometteuses de cette rentrée : un réseau privilégiant le contenu des posts et la convivialité plutôt que la survalorisation des egos tournant à vide. Loin d’être un réseau « de plus », Diaspora* porte clairement une dimension éthique et politique. Une solution citoyenne pour bénéficier des apports d’un réseau social sans avoir l’impression de se transformer, à chaque post, en un « profil client » de plus en plus affiné. Pour les créateurs, c’est aussi la fin de la « licence d’utilisation » des contenus, octroyée automatiquement à chaque post (et donc les œuvres, textes, images, s’y trouvant) sur les Facebook et autres Google+ : ce qui est diffusé sur le réseau n’appartient en rien au diffuseur. C’est une évolution déterminante pour tous ceux qui crée et partagent leurs créations aujourd’hui. Bien sûr, le projet, encore très jeune, n’est pour l’heure qu’en version « alpha », peu d’utilisateurs francophones sont présents et beaucoup de fonctionnalités ne sont pas encore intégrées (impossibilité de corriger un post une fois publié, de migrer son profil d’un serveur à l’autre…) . Mais, au vu des contenus présents, on se sent bien, en face d’un peuple connecté et éclairé, avec des posts et des photos très créatives et une vraie dimension militante autour de la liberté d’expression (garant espérons-le, d’une bonne tenue des échanges sur le long terme).
Pourquoi je migre vers Diaspora* ?
Malgré ces incertitudes, et malgré le caractère quasiment incontournable de Facebook, j’ai décidé de transformer le site afin de soutenir et de rendre populaire cette initiative qui correspond bien à mon état d’esprit actuel. En effet depuis le début de l’été, plusieurs éléments m’ont fait reconsidérer mes usages des nouvelles technologies au regard de la diffusion (si modeste soit-elle) de ma poésie. Comment ne plus être écartelé entre la volonté d’offrir un bel espace de lecture sur le site et la débauche de publicité des pages Facebook, de moins en moins adapté, selon moi, à la lecture en ligne d’un texte poétique. Comment ne pas se passer de la formidable exposition et du partage qu’offre un réseau social tout en portant une vision calme et apaisée de la poésie, jusque dans son mode de diffusion ? Comment, en définitive, arriver à soumettre les technologies au lieu de la « page« , au bonheur des mots, et continuer d’insuffler ces textes où bat le cœur d’une grande partie de mes contemporains, dans le monde numérique ?
Loin d’être une posture un peu « geek » ou faussement branchée, je crois profondément que la poésie doit avoir droit de cité dans le flux numérique (d’où mes nombreuses explorations autour de l’édition et l’écriture numérique et collaborative, de la twittérature, du transmedia, qui, je le sais, peuvent dérouter les amateurs de simple poésie…). Et pour se faire, un simple blog ne suffit pas, il est important de rester au plus proche des mouvements du monde, et suivre, et s’adapter, pour offrir ces mots toujours au plus grand nombre. Un lyrisme des sources connecté. Et puis, derrière tout ça, une petite lassitude de tout ce temps passé à naviguer plutôt qu’à écrire. Le besoin de recentrer les choses pour puiser plus profond, sans pour autant se renfermer et perdre ces formidables occasions de rencontres et d’échanges qu’offrent le réseau.
Il ne s’agissait donc pas d’abandonner les réseaux, mais d’épurer et d’alléger mes pratiques afin de partager plus… et plus joyeusement. Sur le site, comme certains l’ont remarqué, j’ai considérablement réduit la place naguère occupé par les réseaux sociaux : plus d’encarts Facebook et Twitter, les options de partage renvoyés au-delà de la première page. Sur Twitter, une présence moins accrue mais plus contributive -les résultats du premier concours international de Twittérature cet été -. Mais pour le partage sur les réseaux, je n’avais trouvé jusqu’ici aucune alternative acceptable et correspondante à cette volonté de calme et de partage plus libre. Diaspora* en est une, libre. Et je sais ce que je dois aux technologies libres. Sans elles, ce site n’aurait surement jamais vu le jour. J’ai donc décidé de m’investir dans la promotion de cette nouvelle manière d’envisager le réseau social plus ouvertement politique et engagée, même si cet engagement, tout comme la poésie, se manifeste au fil de l’eau. Car non, le respect de la « vie privée » n’est pas une question pour vieux schnock et oui, nous nous mordrons les doigts dans quelques temps d’avoir livré sans réfléchir nos vies intimes à des entreprises purement marchandes. Je ne quitte pas complétement Facebook pour l’instant, mais je ne publierai plus mes poèmes ailleurs que sur le site, sur Twitter, et sur Diaspora*, en cohérence avec ma démarche et celle de toute ma « famille » des éditions Bruno Doucey, de se battre pour la défense des auteurs, de leurs droits, et de toute la chaine de diffusion du livre, combat qui conditionne les créations futures et l’émergence des talents.
Une utopie concrète à tester
Pour vous permettre, vous aussi, de tester cette alternative, de changer les choses en prenant ses usages numériques en mains et de participer, pour ceux que ça intéresse, à cette utopie concrète (qui aurait parié, il y a quelque années, que Firefox connaitrait un tel succès face à l’hégémonie de Microsoft Explorer ? ) voici les liens essentiels :
1 – L’article sur Diaspora* de Wikipédia (une bonne et rapide introduction)
2 – Un guide du débutant de Diaspora* en français
3 – Le lien vers https://diasp.org pour vous inscrire sans invitation à Diaspora* (un des nombreux serveurs – ou « Pod » disponible hébergeant la solution)
Et si vous voulez tester Diaspora* sur le serveur officiel, joindiaspora.com, j’ai des invitations à vous offrir (laissez-moi votre mail via le formulaire de contact ou en commentaire du post (vos adresses ne seront pas publiées). En espérant vous y rencontrer très vite
Stéphane Bataillon
Profil Diaspora* : https://joindiaspora.com/u/sbataillon
Les rives poétiques de la Méditerranée
Articles parus dans le cahier Livres & Idées du quotidien La Croix du 7 avril 2011.
Une nouvelle anthologie des poètes de la Méditerranée parcourt les rives tourmentées d’une mer chargée d’histoire, de larmes et de révoltes.
Les Poètes de la Méditerranée. Anthologie. Préface d’Yves Bonnefoy, édition d’Eglal Errera, « Poésie ». Gallimard-Culturesfrance, 960 p., 12 €.
« D’abord il y eut la mer. » Le premier vers de cette anthologie, du poète grec Titos Patrikios nous entraine dans une odyssée folle : 24 pays, 17 langues et 5 alphabets sont ici conviés pour arpenter les rives de Méditerranée, d’Athènes en Macédoine, et conter les tumultes qui agitent ces eaux. Les voix qui nous parviennent sont celles de 101 poètes qui délivrent leur chant sur près de quatre générations. Près d’un millier de pages, où se croisent les vers de Kiki Dimoula, d’Abdellatif Laabi, d’Andrée Chedid, d’Ismail Kadaré et de tant d’autres, trop peu connus, trop peu traduits.
Non pas une, mais des poésies, que seule la mer d’origine peut maintenir ensemble. Car plus le voyage avance, au fil des poèmes, plus on en vient à l’évidence : rien, ici, qui désire s’unifier dans une même langue. « j’ai eu du mal à préserver ma langue / parmi celles qui viennent l’engloutir » poursuit Patrikios. C’est donc une anthologie multilingue qui nous est proposée pour respecter ce choix avec, pour chaque texte, la version originale et sa traduction en face à face. Une initiative qui permet de percevoir la multiplicité. Une culture des différences, seule capable d’éviter à l’homme les renoncements à son identité face au poids quasi-permanent d’un exil, subi ou possible. D’un déracinement que l’on tente de soulager par les rencontres sur le chemin. « J’ai traversé de nombreux déserts » raconte l’israélien Haviva Pedaya « (…) Maintenant, je me sens dans ma patrie / Car j’ai soudain compris combien cette terre bouge / et combien son tremblement est inconfortable (…) ». L’illusion d’un lieu où se poser, où trouver l’autre qui attend, tel l’italien Milo de Angelis : « Nous entendîmes la pluie et ceux/ qui revenaient : toute chose / dans le calme de parler, puis la montagne, un instant, tous les / morts que même ton exil / ne pourra distinguer. » Échanger avec cet autre, pour convenir ensemble de l’illusion d’une place qui serait assurée.
Dans une relation électrique et passionnée entre l’individu et les peuples, ces poèmes font surgir une tension qui oppose aux discours sur une improbable « Europe de la Méditerranée » l’urgence de vivre avec et dans ces lieux. Jusqu’à la liberté, toujours à conquérir, à l’ombre d’un soleil qui tente trop d’éblouir pour cacher la misère. « Notre village est une vieille aux dents arrachées par le pain » avance l’égyptien Mohammed Afifi Matar.
Une tristesse ? Non. Plutôt l’usage d’une solitude et une mélancolie nécessaire pour supporter et finalement accepter cette norme d’exil. Pour endosser ensuite une promesse formidable. Celle que des hommes pourraient se soulever, par la magie des mots et la force des langues. Pour parler assez fort de la vie qui entoure. « Je connais le bruit du fer / Le bruit du verrou que l’on tire, de la porte qu’on pousse / Le bruit cruel de ce qui entrave mains et épaules » témoigne la poète et avocate turque Gulten Akin. « Il est mort / Aucune goutte de pluie ne s’est attristée / Aucun visage humaine ne s’est assombri / La lune n’a pas survolé sa tombe de nuit » poursuit le libyen Mohammed al-Faytouri. Mais il ajoute : « le peuple s’est réveillé / et a traversé le champ des roses au crépuscule / comme un ouragan (…) »
Espagne, Grèce, Tunisie, Égypte, Libye… Il est frappant de lire, dans ces mois où les peuples se manifestent, comme tous ces poèmes portent en germe, en avant, les évènements du monde. Où bien peut être est-ce nous qui traduisons ces mots en troublantes résonances. C’est ce qui rend cette croisière fascinante et fait penser que cet ouvrage important, discrètement publié sous forme d’un livre de poche (dans la certes prestigieuse collection Poésie/Gallimard ) arrive au bon moment : celui où le monde bascule et où, comme le dit Yves Bonnefoy dans sa préface, la poésie garde ces lieux « avec elle, en elle, à combattre, à espérer. »
Stéphane Bataillon
INTERVIEW : Maïté Vallès-Bled, Directrice du Festival de poésie Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée à Sète
Qu’est-ce que le festival Voix Vives ?
C’est la 14ème édition d’un festival de poésie qui a lieu depuis l’année dernière à Sète. Ce festival est une immense plate-forme de rencontres où la parole circule librement. La présence simultanée de plus de 100 poètes, venus de toute la Méditerranée, crée des passerelles infinies au fil des 400 événements du festival (concerts, lectures, débats…). Cet été, il aura lieu du 22 au 30 juillet.
Pourquoi un festival consacré à la poésie méditerranéenne ?
Il n’y a pas une mais des poésies méditerranéennes, contemporaines. Elles sont intimement liées à des lieux, à des histoires riches, qui procure à la parole poétique une ouverture immense sur des pensées et des écritures très diverses. Nous avons créé ce festival pour donner de l’espace à la poésie. Elle en a tellement peu dans le monde actuel, alors qu’elle est essentielle, au cœur du bouillonnement de la vie, mais aussi dans l’intimité de la rencontre.
Quelle est la particularité de cette manifestation ?
C’est un festival militant de la poésie, qui installe la poésie dans les lieux du quotidien : dans les rue et les commerces de cette ville chère à Georges Brassens. La présence des poètes qui lisent eux-mêmes leur textes font entendre des voix sur lesquelles personne ne s’arrêterait dans un théâtre ou une salle fermée. Pour organiser tout cela, nous travaillons avec une équipe composé de permanents, des poètes et de plus de 60 bénévoles locaux qui se mobilisent dans toute la ville pour apporter cette poésie et créer les condition du partage, où tout peut se dire. Ces échanges avec le public, avec les artistes, dans une ambiance où tout se passe dans la douceur, où les sourires flottent sur les visages, sous le soleil, provoque quelque chose de magique.
Quel bilan tirer de la dernière édition ?
Avec plus de 32 000 visiteurs l’année dernière, l’une des réussites du festival est d’être capable de fédérer des amateurs, mais aussi beaucoup de gens qui n’ont jamais ouvert un livre de poésie, qui vienne flâner, curieux, dans les rues du quartier des pêcheurs dans lequel est installée la manifestation. Un quartier très populaire dans lequel s’ouvre depuis quelques années des ateliers d’artistes en phase avec le projet.
Propos recueillis par Stéphane Bataillon
La vie stupéfiante par Paul Martin
La France n’aime pas les panels. Pas les panels de sondages (ça la France, elle raffole) mais le format single-panel : un dessin d’humour, en noir et blanc, souvent quotidien, souvent anglo-saxon ou américain qui, d’une légende et dans un espace réduit, plonge le lecteur dans un monde ou le nonsense est roi. Citons, pour les plus connus, la Far Side Gallery de notre maître personnel, Gary Larson ou les contrepoints de bonne tenue d’un Glen Baxter.
En France, cette tradition ne semble pas avoir séduit beaucoup de monde depuis Fred ou Guy Bara (un excellent cartoonist que le blog tenu par sa famille tente actuellement de remettre au jour) et ce malgré l’univers graphique plutôt foisonnant de notre bel hexagone. Manque de support de publication (les quotidiens dans l’univers anglo-saxons) et peut être manque d’appétit pour ce type d’humour très particulier ne siégeant qu’aux meilleurs (ça, la France, elle aime pas trop).
Heureusement il y a Internet. Heureusement, il y a Paul Martin.
Paul Martin, on adorait déjà ses vraies-fausses pubs dans l’excellent mensuel Le Tigre (en vente partout) et sur son blog, l’Hippopotable ( une lecture recommandée régulièrement pour éviter les problèmes cardio-vasculaires, effet prouvé par le professeur Von Struegel de l’Institut de Berné). Voila qu’il s’essaye au dessin d’humour sur un tout nouveau blog : La vie stupéfiante.
L’idée ? La faire passer avant le dessin (l’idée). Que le trait se mette au service d’un absurde poétique, quitte à prendre tout le temps nécessaire pour s’affirmer et assurer son style. C’est tout le projet de ce blog, « work in progress » qui nous permet de voir éclore l’expression de ce nouveau talent (mais où s’arrêtera t-il ?). Et c’est déjà, après seulement une dizaine de publication, un vrai bonheur de retrouver cet univers, souriant des situations improbables dans lequel Paul Martin transporte ses héros quotidiens. Une très belle découverte donc, que nous vous invitons à gouter sans aucune modération. L’humour vaincra. Bisous.
Le blog « La vie stupéfiante » par Paul Martin : http://viestupefiante.blogspot.com/
Intégrale Charlie Parker vol.1 (Frémeaux & Associés) : les premiers vols du Bird
Ils sont bizarres, chez Frémeaux & Associés. À l’heure du mp3 et des coffrets tous plus beaux les uns que les autres (Bitches Brew, argggg !), ils continuent de nous proposer leurs galettes dans d’immondes et encombrants boîtiers tout droit sortis des années 80. Pareil pour leurs maquettes, rétro et inamovibles. Et pourtant, à chaque fois, il y a ce petit quelque chose qui nous fait revenir. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse : on sent que, loin des rééditions éditées à la va-comme-je-te-pousse ces albums là sont fait par de vrais amoureux de Jazz. Qu’ils y mettent leurs tripes et font quasiment œuvre de service public en présentant des intégrales impeccables, quoi qu’en disent parfois les grincheux. Après Django et Armstrong, c’est au tour du Bird d’avoir droit à la sienne. Elle est dirigée par un Alain Tercinet en pleine forme qui fournit un texte d’accompagnement remarquable dans le livret, nous plongeant dès les premières lignes dans la vie très tourmentée du musicien éphémère. Bien sûr, il existait déjà les coffrets par labels (le faste de la période Dial, Verve…) mais c’est la toute première fois que la quasi-totalité des enregistrements de Parker sont rassemblés de manière un peu sérieuse et accessible aux communs des mortels. Au programme : 63 morceaux distillés sur 3 disques avec un vrai respect de la chronologie, qui nous permet d’entendre le style éblouissant du saxophoniste se forger titre après titre, depuis son Kansas natal. Un son chaleureux (même si les défauts inhérents aux enregistrements de l’époque subsistent parfois, surtout sur le CD1) et la suppression des innombrables alternate takes souvent mises pour charger la mule finissent de nous convaincre. Ce premier volume initiatique permet de sentir poindre le génie qui éclatera par la suite avec l’invention be-bop. Dès le CD 2, ce sont les premières plages avec Dizzy Gillespie, et, à la fin du CD 3, la voix envoutante de la grande Sarah Vaughan qui vient nous souhaiter bonne nuit avec son « What more can a woman do ». À travers la fenêtre, on croit voir une étoile qui transperce le ciel. C’est le Bird qui s’envole.
Stéphane Bataillon
Un titre à écouter : All the thinghs you are (Dizzy Gillespie Sextet/ 1945 ) – CD 3- Plage 11.
Et puis elles sont pas si moches, ces pochettes, finalement
Début
Bienvenue sur mon site. Poète, critique et journaliste, je suis né en 1975 et je vis à Paris. Mon premier recueil, Où nos ombres s'épousent, est paru aux éditions Bruno Doucey.
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