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Catégorie : Notes de blog

Participez à l’édition DVD du film « Les poètes sont encore vivants » de Xavier Gayan

M.a.j (13/05/2016): À six jours de la fin de la collecte, déjà 96% de la somme rassemblée ! Encore un -tout petit- effort, et ce très beau film vivra grâce à vous !

Un film sur les poètes ? Et vivants encore ? C’est le pari du réalisateur Xavier Gayan qui a mené pendant plusieurs mois des entretiens avec plusieurs poètes contemporains, dont votre serviteur, pour comprendre, par leurs paroles, par leurs gestes, par leurs regards, ce qui poussait à faire de la poésie dans un monde où cette pratique parait plus incongrue que jamais. Le résultat est un très beau film, « Les poètes sont encore vivants »  où entendre Yvon Le Men, Charles Pennequin, Edith Azam, Jacques Darras, Lysiane Rakotoson, Souleyman Diamanka, Maram Al Masri et d’autres transmettre leur passion.

Vous pouvez aujourd’hui aider ce film à être vu en participant (et en pré-commandant) sa sortie en DVD sur le site Kiss Kiss Bank Bank. À ce jour, plus de la moitié de la somme a déjà été récoltée afin de faire aboutir ce projet passionnant (et je ne dis pas ça parce que j’y figure, mais j’y ai fait de très belles rencontres, qui m’ont amené à découvrir des voix et des poèmes qui ne me quittent plus).

Découvrez ci dessous la bande annonce du film et rendez-vous j’espère sur le site Kiss Kiss Bank Bank pour faire résonner encore un peu plus cette poésie que nous aimons.

 

Lecture : Le corps à l’ombre, par David de Thuin

Drazig, jeune lycéen, vieLe corps à l'ombre - David de Thuinnt de perdre sa mère. Ne s’en remet pas. Mais reprend, grâce à ses amis, le cours de la vie dans sa petite ville d’Alric-sur-roche. Problème : un serial killer tue les jeunes filles dans le Bois des Hauteurs et la menace est proche, bizarrement proche de lui. Mais que se passe t-il ?

Après La proie, impressionnante bande dessinée-univers de mille pages parue en 2014 chez Glénat, David de Thuin nous revient avec le corps à l’ombre, un récit étonnant, entre Blacksad et le Chlorophylle de Macherot, qui rappelle son excellente série autoéditée, Le roi des bourdons, parue il y a une dizaine d’années. Un thriller haletant, jouant du paradoxe entre la représentation animalière des personnages et une histoire angoissante, intensifiée par le fait qu’il n’utilise aucun artifice, aucun effet dans son récit, restant à la hauteur de cette bande d’amis et du presque banal de la vie quotidienne. L’enquête progresse sous nos yeux, lecteur-adjoint du héros qui se passionne pour ce mystère aux vertus thérapeutiques.

Avec cette album, dont le grand format permet d’apprécier la pleine maîtrise de l’auteur et la profondeur des couleurs posées par Caroline Blanchart, De Thuin poursuit l’invention d’une nouvelle modalité narrative, très personnelle, mêlant la clarté et l’ironie de la bande dessinée classique franco-belge (on pense à certains épisodes du Félix de Maurice Tillieux) et le rythme haletant et les sous-intrigues multiples des séries américaines (rythme permis par une structure originale en épisodes de 2 à 6 pages entourant un grand chapitre central). Le tout baignant dans une tendre peinture introspective des liens unissant ces amis face aux différentes morts qui les touchent. Des liens qui ne sont pas cimentés par la peur mais par le tact nécessaire pour ne blesser personne.

Un usage du monde, une sorte d’éthique sensible, qui constitue peut-être le legs le plus personnel de l’auteur dans cet album. Un récit prenant, mature, sur l’enfance et le deuil. Sur l’envie, le désir et comment on les comblent, chacun à sa façon. À lire sans trop attendre.

Le corps à l’ombre, par David de Thuin avec la collaboration de Caroline Blanchart, Ed. Glénat, 64 pages. En librairies.

Découvrez quelques planches de l’album ici : http://bit.ly/1NLqwZQ

PoÉSie/VrAC #1 : Trois choses sur Christophe Tarkos

Christophe Tarkos écrit : La différence entre le poète et le fou : le poète est celui qui arrête le poème. Il a raison. Il écrit, il pense, car il est important de penser, il dit, il performe, il performe sur / nos têtes / la poésie / le mot, à plat. Alors trois choses pour découvrir. Lui, sa poésie, (ré)éditée aux éditions P.O.L (Écrits poétiques, 2008, et L’enregistré, 2014, les deux premiers tomes de ses oeuvres), à venir, aussi, un numéro des CCP et. Bon, alors chut, ça commence.

1/ UNE LECTURE/PERFORMANCE + QUESTIONS/RÉPONSES : Je gonfle
Christophe Tarkos Je gongfle – J’ai un problème voilà – Tambour & Tambola soirée Hiatus Caen 7 mai 1998 FRAC Basse-Normandie présenté par Joël Hubaut extrait du DVD contenu dans L’Enregistré (performances, improvisations, lectures) de Christophe Tarkos, publié aux éditions P.O.L

2/ UNE ÉMISSION DE RADIO : Avec Tarkos dans le texte
(France Culture- Atelier de création radiophonique – 59 minutes – 2007 de David Christoffel et Christine Diger.

Christophe Tarkos a dit qu’il fabriquait des poèmes. Alors, nous nous demandons ce qu’il y a à faire avec ses poèmes. Ensuite, nous écoutons ce qu’en disent mesdames et messieurs, nous répondons ce que les enfants viennent à expliquer / nous cherchons comment faire / «un truc expérimental, une expérimentation, …

3/ UN FILM : Il est important de penser

Film de Katalin Molnar et David Christoffel en hommage à Christophe Tarkos, diffusé la première fois au Centre Pompidou, le 7 novembre 2009.

2005-2015 : J’ai dix ans…

Et bien voilà. Mars 2005 – mars 2015 : ce site fête ses dix ans. 10 ans de publication, plus de 2 500 articles, poèmes, expériences, échanges créatifs et amicaux avec des photographes, des illustrateurs ou d’autres écrivains. Un blog (autrefois dénommé arevako, du nom d’un tambour africain qui fait tomber la pluie) puis ce site, support d’une écriture qui, le 8 mars 2005, ne savait pas trop quel chemin elle prendrait :

Premier post : Blogin

Un Blog toutes les sept secondes.
Un, deux, trois, quatre, cinq, six…
C’est mon tour !
Le grand jour.
Mais quel discours ?

…Ça attendra bien quelques secondes.

L’occasion de vous remercier, lecteurs réguliers ou occasionnels de ce site. C’est grâce à votre soutien et à vos commentaires que ces pages de pixels ont pu aussi se transformer et devenir des livres de papier. Le site, quasi-quotidien, les recueils, tous les deux ou trois ans (le troisième est en cours), et à partir d’aujourd’hui, chaque mois, GUSTAVE. Un « fanzine indestructible » mêlant expériences littéraires spatiales et minimales, proses & poésies à télécharger gratuitement sur ce site. Un rythme en trois temps pour durer… encore dix ans. Bonnes lectures (et dites-nous ce que vous en pensez ;-)

Gustave logoTéléchargez le numéro de mars 2015 de GUSTAVE.

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Deux poèmes des Terres rares traduits en langue arabe

Deux poèmes du recueil « Les Terres rares » traduits en langue arabe par Dr. Rabiha AL-BAIDHAWE. En la remerciant de cette belle attention.

 

مَن بينَنا  قد انتصر ؟

 

مَن استطاعَ جًمع
الكافي من القوى الحية

 

لإحداث التغيير
ولأجلِ إبطاء الأكسدة  ؟

 

( Qui d’entre nous / a réussi ? // Qui a pu concentrer / assez de forces vives / pour se faire reconnaître ? // Pour ralentir l’oxydation ?) p.45

 

اعلم أنه مهما حَدَث
هذهِ القصائد المودَعة
تُشَكلُ رقعة من الأرض
كُتبَت لكي تحتفظَ انتَ
بشئٍ منَ الرمال

 

مما تبقى من الصخر
على الرغمِ من التآكًل

 

قد يحدث احياناً
بأن ينتصر التمرد

 

بأن تتحطم الخطوط
وتصبحُ فجأةً منزوعة الكلس

 

أرح نفسكَ عندئذٍ
لا تتوقف عن الحُب
لا تستَمع للآخرين

 

ولا تصغي لي

 

يوماً ما يعودُ الغناء
لكَ من جَديد

 

وَيصبحُ أرضاً نادرة

 

(Sache-le, quoi qu’il arrive / ces poèmes déposés / formulent un pan de terre / inscrit pour que tu gardes / quelque chose du sable // De ce qu’il a du roc / malgré l’effritement // Il arrivera peut-être / que la révolte emporte // Que les lignes se brisent / soudain décalcifiées // Alors, repose-toi / ne cesse jamais d’aimer / et n’écoute pas les autres // Et ne m’écoute pas //Un beau matin le chant / redeviendra le tien // Il sera Terre rare.) p. 93.

 

 

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De la poésie à la télévision ? Soutenez « En sortant de l’école »

C’est un très beau projet, original et enthousiasmant qui est en train de voir le jour : des courts-métrages poétiques, diffusés à la télévision sous forme de courts-métrages d’animation, réalisés par de jeunes réalisateurs plein de talents tout juste « sortis d’école » et dont c’est souvent le premier travail professionnel. Delphine Maury, la productrice (et amie) de ce pari un peu fou a, pour le réaliser, lancé une entreprise, Tant Mieux Prod, et convaincu tout le monde : France Télévisions qui diffusera la série pour le Printemps des Poètes sur France 3, les écoles d’animations françaises, des partenaires pour aider à financer le projet et Eugénie Bachelot-Prévert, petite fille et ayant-droit de Jacques Prévert, poète retenu pour la première saison. Le résultat : 13 courts-métrages fabuleux (j’ai eu la chance d’en voir quelques uns), chacun très différents et très personnels, renouvèlent l’approche de ces poèmes que l’on croyait connaitre. Ils prouvent, si besoin était, que la poésie peut emprunter mille chemins pour nous toucher au cœur.

Regardez la bande-annonce de la série :

 

Aujourd’hui, Delphine lance un appel au financement participatif ( à partir de 10 euros) sur le site KissKissBankBank pour poursuivre l’aventure et continuer le rêve : une seconde saison qu’il faut déjà lancer autour des poèmes de Robert Desnos, tout en restant fidèle aux conditions de réalisation qu’elle s’est fixée et qu’elle explique sur le site :

Nos sommes partis à deux cents à l’heure !! Et il nous faut aujourd’hui boucler le budget de cette collection fantastique avec l’espoir de commencer une deuxième saison dans les meilleures conditions !

Il faut préciser ici que bien que « sortant » de l’école, tous les réalisateurs ont été rémunérés pour leur travail et ce, au tarif syndical. Certains attendent de longues années pour se voir offrir une telle opportunité…

Tout le projet a d’ailleurs été pensé pour créer un cercle vertueux entre tous les acteurs y participant et ce, dans la volonté de faire germer un rapport sain à la production de ces court-métrages.

Si nous partons aujourd’hui en quête de 18 000 euros, c’est pour financer les dépassements de la production. Certains projets ont été plus gourmands que d’autres et ont nécessité plus de temps, de travail manuel et informatique en raison des différentes techniques utilisées. C’est un projet-laboratoire dont nous avions un peu sous-évalué l’ambition et l’ampleur… Il nous semblait indispensable d’accompagner ces jeunes réalisateurs jusqu’au bout !

Alors si vous avez envie de sortir des discours défaitistes sur l’absence de poésie dans les médias et de passer à l’action, si vous avez, tout simplement, envie de soutenir ce beau projet qui enchantera nos vies et qui peut mener loin la parole des poètes, n’hésitez pas :

Soutenez la série « En sortant de l’école » sur le site KissKissBankBank

P.S : À partir de 20 euros de participation, vous recevrez un DVD des 13 courts-métrages de la série, un bisou, et un énoooorme merci !

Ça suffit maintenant (revue de presse) : Tous à poil !

Tous à poil ! – Par claude Ponti ( via Libération.fr)

Chaque fois qu’une personne parle de ce qu’elle ne connaît pas, elle se ridiculise. Chaque fois qu’une personne politique parle de ce qu’elle ne connaît pas, elle se ridiculise et elle fait du mal, bêtement, à la politique, et sciemment à ce qu’elle vise.

Dire qu’un livre pour enfant est nul parce qu’il n’y a pas beaucoup de texte, c’est dire que la Joconde est sans intérêt puisqu’elle est sans texte, et que Mein Kampf («mon combat»), le livre de Hitler, est génial, puisqu’il est plein de mots et sans dessin. C’est être bête et se ridiculiser.

Critiquer un livre pour enfant sans le comprendre est bête. Oublier qu’un livre pour enfant est toujours acheté par un(e) adulte, en général de la famille directe de l’enfant, ou présenté par une personne libraire, enseignante ou bibliothécaire est bête, ces personnes adultes savent lire et comprendre. C’est donc insultant et méprisant de la part d’une personne politique qui pense parler à «ses» électrices et électeurs qu’il juge incapables.

Est-ce utile de parler de la qualité intellectuelle de la personne politique qui tiendrait de tels propos, de son intégrité morale, de sa loyauté, de son honnêteté ? Non. De parler de la franchise, de la loyauté, de l’honnêteté envers les enfants dans la littérature qu’on leur propose ? Oui. Ils y ont droit. Comme vous et moi, quel que soit leur âge.

Les enfants méritent le meilleur de nous. Pas l’à-peu-près, pas la manipulation ou l’utilisation, jamais l’ignorance, l’hypocrisie ou l’incompétence.

Claude Ponti, auteur de littérature jeunesse

Framasphere (Diaspora*), le nouveau réseau social libre

Un réseau social ouvert, sans aucune publicité, dont la règle de base serait de respecter la liberté de l’utilisateur, sans utiliser d’une manière ou d’une autre ses informations. Une utopie ? Non, Diaspora*. (MàJ août 2015)

Sous couvert de service gratuit, la marchandisation de notre vie privée par les réseaux sociaux n’est pas une fatalité. Plutôt que de se lamenter sur les pratiques des mastodontes aux tentations orweliennes, allons voir du côté des alternatives libres. Ces solutions gratuites, ouvertes et réellement au service des usagers qui, comme Linux, Firefox, WordPress ou Wikipedia, permettent de conserver au réseau sa dimension démocratique initiale.

En 2010, Max Salzberg, Dan Grippi, Raphael Sofaer et Ilya Zhitomirskiy, des étudiants de l’Université  de New-York, férus d’informatique, ont imaginé un nouveau type de réseau social : un réseau qui ne serait pas détenu par une entreprise privée mais par la communauté de ses utilisateurs et où les données publiées ne seraient plus centralisées en un lieu unique.

 

« Pods » et « aspects » : le respect de la vie privée des internautes au premier plan

Avec Diaspora*, les données (cryptées et sécurisées par défaut) sont partagées sur différents serveurs autour de la planète, baptisés « pods ». Chacun est libre d’en installer un chez lui, afin de conserver les données et photos qu’il partage uniquement sur son ordinateur. Une solution libre, sans aucune publicité, où l’on choisit facilement avec qui échanger ses infos (et avec qui ne pas le faire) grâce à des groupes de contacts très facilement modifiables, les « aspects ». Une fonctionnalité adoptée également par Google+ avec ses « cercles » et qui est en train d’être déployée sur Facebook. Une prise en compte bienvenue, impulsée par Diaspora* qui témoigne de l’influence positive du réseau libre sur ses concurrents. Une évolution constructive et collective en somme.

 

Les 12 raisons pour migrer vers Diaspora* (version originale de David McCauley en anglais)

  1. C’est un logiciel libre.
  2. Aucune publicité d’aucune sorte !
  3. Vous avez le contrôle complet de vos données privées.
  4. Pas de nymwars (suppression intempestive des comptes par le service)
  5. Pas de censure, postez ce que vous voulez
  6. Pas de Big Brother pour vous espionner
  7. Pas de limites de taille sur les posts ou les commentaires
  8. Gifs animés permis
  9. Pas de limites sur la taille ou la forme des photos
  10. #Hashtags!
  11. Interface simple et élégante
  12. Communauté conviviale et intéressante.

 

La fin de la « licence d’utilisation » des contenus : une défense concrète du droit d’auteur

En cette période de crise, où l’on a souvent juste envie d’un peu plus de temps et d’espace pour se retrouver, l’apparition de Diaspora*, au design élégant et épuré, est peut être l’une des innovations les plus prometteuses de cette rentrée : un réseau privilégiant le contenu des posts  et la convivialité plutôt que la survalorisation des egos tournant à vide. Loin d’être un réseau « de plus », Diaspora* porte clairement une dimension éthique et politique. Une solution citoyenne pour bénéficier des apports d’un réseau social sans avoir l’impression de se transformer, à chaque post, en un « profil client » de plus en plus affiné. Pour les créateurs, c’est aussi la fin de la « licence d’utilisation » des contenus, octroyée automatiquement à chaque post (et donc les œuvres, textes, images, s’y trouvant) sur les Facebook et autres Google+ : ce qui est diffusé sur le réseau n’appartient en rien au diffuseur. C’est une évolution déterminante pour tous ceux qui crée et partagent leurs créations aujourd’hui. Bien sûr, le projet, encore très jeune, n’est pour l’heure qu’en version « alpha », peu d’utilisateurs francophones sont présents et beaucoup de fonctionnalités ne sont pas encore intégrées (impossibilité de corriger un post une fois publié, de migrer son profil d’un serveur à l’autre…) . Mais, au vu des contenus présents, on se sent bien, en face d’un peuple connecté et éclairé, avec des posts et des photos très créatives et une vraie dimension militante autour de la liberté d’expression (garant espérons-le, d’une bonne tenue des échanges sur le long terme).

 

Pourquoi je migre vers Diaspora* ? 

Malgré ces incertitudes, et malgré le caractère quasiment incontournable de Facebook, j’ai décidé de transformer le site afin de soutenir et de rendre populaire cette initiative au regard de la diffusion (si modeste soit-elle) de ma poésie. Comment ne plus être écartelé entre la volonté d’offrir un bel espace de lecture sur le site et la débauche de publicité des pages Facebook, de moins en moins adapté, selon moi, à la lecture en ligne d’un texte poétique. Comment ne pas se passer de la formidable exposition et du partage qu’offre un réseau social tout en portant une vision calme et apaisée de la poésie, jusque dans son mode de diffusion ? Comment, en définitive, arriver à soumettre les technologies au lieu de la « page« , au bonheur des mots, et continuer d’insuffler ces textes où bat le cœur d’une grande partie de mes contemporains, dans le monde numérique ?

Loin d’être une posture un peu « geek » ou faussement branchée, je crois profondément que la poésie doit avoir droit de cité dans le flux numérique (d’où mes nombreuses explorations autour de l’édition et l’écriture numérique et collaborative). Et pour se faire, un simple blog ne suffit pas, il est important de rester au plus proche des mouvements du monde, et suivre, et s’adapter, pour offrir ces mots toujours au plus grand nombre. Un lyrisme des sources connecté. Et puis, derrière tout ça, une petite lassitude de tout ce temps passé à naviguer plutôt qu’à écrire. Le besoin de recentrer les choses pour puiser plus profond, sans pour autant se renfermer et perdre ces formidables occasions de rencontres et d’échanges qu’offrent le réseau.

Il ne s’agissait donc pas d’abandonner les réseaux, mais d’épurer et d’alléger mes pratiques afin de partager plus… et plus joyeusement. Sur le site, comme certains l’ont remarqué, j’ai considérablement réduit la place naguère occupé par les réseaux sociaux : plus d’encarts Facebook et Twitter, les options de partage renvoyés au-delà de la première page. Mais pour le partage sur les réseaux, je n’avais trouvé jusqu’ici aucune alternative acceptable et correspondante à cette volonté de calme et de partage plus libre. Diaspora* en est une, libre. Et je sais ce que je dois aux technologies libres. Sans elles, ce site n’aurait jamais vu le jour.

Le respect de la « vie privée » n’est pas une question pour vieux schnock et oui, nous nous mordons désormais les doigts d’avoir livré sans réfléchir nos vies intimes à des entreprises purement marchandes.

Une utopie concrète à tester

Pour vous permettre, vous aussi, de tester cette alternative, de changer les choses en prenant ses usages numériques en mains et de participer, pour ceux que ça intéresse, à cette utopie concrète voici les liens essentiels :
1 – L’article sur Diaspora* de Wikipédia (une bonne et rapide introduction)

2 – Un guide du débutant de Diaspora* en français

3 – Le lien vers Framasphere (la « version » ou « pod » française de Diaspora*) (un des nombreux serveurs – ou « Pod » disponible hébergeant la solution)

Stéphane Bataillon

Profil Diaspora* : https://framasphere.org/u/sbataillon

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La séance de l’ornithorynque #1 : Hans Richter

Jamais à court d’idée, d’innovations fulgurantes et de larges plans de conquête du monde pour occuper le week-end, nous avons l’honneur de vous proposer aujourd’hui la première séance de l’ornithorynque. Le principe ? Vous faire découvrir à chaque séance l’univers sonore, visuel ou textuel d’un drôle de zig qui inspire, peu ou prou (le premier qui trouve l’origine de cette expression gagne un verre de Pulco brut) notre poésie. On commence cette mémorable et déjà culte série avec Hans Richter.


La séance de l’ornithorynque #1 : Hans Richter


Hans Richter ? L’un des tout premiers artiste et cinéaste Dada, né en 1888 à Berlin, maniant l’abstraction et la fantaisie dans de fantastiques films expérimentaux.


Sources : Le texte de présentation ci-dessous est issu des archives de l’excellente émission d’Arte, court-circuit. Les vidéos proviennent des sites Conaissance des artsYouTube et Dailymotion

Hans Richter embrasse tout d’abord une carrière de peintre, travaillant exclusivement dans sa ville natale de Berlin. Marqué par les thèmes tourmentés de l’expressionnisme comme l’atteste sa série de « portraits visionnaires », un détour par le cubisme prouve que le jeune homme cherche encore sa voie artistique. Son arrivée à Zurich en 1916 la lui révèlera. Point de convergence de nombreux artistes fuyant une guerre devenue mondiale, la cité alémanique baigne alors dans une effervescence intellectuelle dans laquelle Hans Richter se retrouvera. Il y fait la rencontre de Viking Eggeling, peintre suédois qui l’initiera aux formes de l’abstraction, et adhère au mouvement Dada. L’esprit de révolte persifleur véhiculé par la pensée dadaïste, tout comme la contestation radicale de l’ordre social établi marqueront définitivement Richter. Il se lance alors dans une peinture principalement abstraite, fondée sur la décomposition du mouvement.


Petite introduction en vidéo sur la peinture de Richter, réalisée à l’ocassion d’une vente de ses oeuvres à la galerie Artcurial en 2008 :


C’est en 1919 qu’il se rapproche de ses réelles aspirations en peignant son premier « rouleau » : suite de onze dessins développant un même thème sur un même support et véritable esquisse de son oeuvre cinématographique à venir. « Après 1924, il n’y eut plus de Dada, mais les dadaïstes survécurent. Eggeling et moi, nous basant sur les impulsions de mouvements contenus dans ces rouleaux, nous commençâmes, en 1920, nos premiers essais de films abstraits. Eggeling devait finalement filmer son deuxième rouleau La symphonie diagonale et moi, mon Rythme 21. Bien qu’étant abstraits, ces deux films étaient très différents par l’esprit et la manière de poser le problème, puisque Eggeling partait de la ligne, alors que moi, je partais de la surface. Eggeling orchestrait et développait des formes, alors que je renonçais complètement à la forme pour essayer d’articuler le temps à des vitesses et des rythmes variés. »
(Hans Richter, Dada Art et Anti-Art, éd. de La Connaissance, Bruxelles, 1965.)

1921 – Rhythmus 21 (Allemagne, n&b, 3min) :


 


1923 – Rhythmus 23 (Allemagne, n&b, 2min) :

 


Pour Richter, les années 20 sont en partie consacrées à la théorisation et l’écriture. Il collabore ainsi à De Stijl, revue apparentée au mouvement du même nom, qui prône la radicalisation d’un ordre géométrique et instaure un langage nouveau fondé sur la diffusion des formes abstraites et sur la synthèse des arts de l’architecture, des arts décoratifs et des arts plastiques. Il devient par ailleurs le créateur de G., publication pour artistes dont la typographie révolutionnaire serait à l’origine du « Constructivisme » qu’adoptera le jeune régime soviétique.
Mais cette décennie marque surtout le passage définitif de Hans Richter au cinéma.

Film Studie (1926) clôt une première phase d’expérimentations où Richter tente de reproduire un rythme et un mouvement spécifiquement cinématographiques.


1926 – Filmstudie – Film Study (Allemagne, n&b, 3 min 40) :

 


Avec Ghost before Breakfast (1928), il abandonne un temps ses abstractions pour tourner un faux documentaire sur une « chasse au chapeaux ». Éminemment dadaïste, de par sa satire des signes extérieurs de richesse d’une bourgeoisie ridiculisée (annonçant les provocations surréalistes de L’Âge d’or de Luis Bunuel) et l’usage d’effets désorientant les habitudes des spectateurs de l’époque (dédoublements des personnages, surimpressions, répétition continue d’un même geste,…), ce film crée une dynamique insolite où le mouvement général des objets et des corps épouse un rythme de plus en plus frénétique. Il signe la même année Inflation, parabole caustique sur la situation économique régnant alors en Allemagne et qui déboucha sur la crise de 1929. L’avènement du nazisme portera un coup décisif aux productions de Hans Richter : Ghost before Breakfast est qualifié d’« art dégénéré » et interdit. Son auteur se réfugie alors en U.R.S.S. où il tente vainement de réaliser Metal, un documentaire d’avant-garde.


Avant de voir ces deux films, petite introduction de Philippe-Alain Michaud, commissaire de l’exposition « La subversion des images » ayant eu lieu au Centre Pompidou du 23 septembre 2009 au 11 janvier 2010 sur Ghost before Breakfast :

 


Passons à la version originale du film…

1928 – Vormittagsspuk – Ghost Before Breakfast :


 


1927/1928 – Inflation (Allemagne, n&b, 3 min) :


 


1929 – Rennsymphonie – Race Symphony (Allemagne, n&b, 7 min) :


 

 

1929 – Zweigroschenzauber – Two pence Magic (Allemagne, n&b, 2 min) :


 


1929 : Everything Turns Everyting Resolves – Alles dreht sich, alles bewegt sich (Allemagne, n&b, 3 min) :


 


Les États-Unis lui permettront de donner un deuxième souffle à sa carrière. Parallèlement à sa fonction de directeur de l’Institut technique du film au City College de New-York, il réalise Dreams that Money Can Buy (1947) en collaboration avec divers artistes européens exilés comme lui (Fernand Léger, Marcel Duchamp, Max Ernst, Man Ray entre autres). Richter filme des séquences imaginées par ses pairs et y ajoute la sienne, inspirée du mythe de Narcisse. Héritier d’un surréalisme alors obsolète, Dreams that Money Can Buy influencera néanmoins nombre de réalisateurs de l’avant-garde new-yorkaise.


1947 – Dreams That Money can Buy (USA, Couleur, 3 min 12 ) :


 


L’expérience du film collectif se renouvellera en 1956-1957 avec 8X8 (auquel participent Jean Cocteau, Alexandre Calder, Paul Bowles, Jacqueline Matisse et Marcel Duchamp) basé sur le thème du jeu d’échecs et en 1961 avec Dadascope pour lequel il convie ses camarades des années Dada : Arp, Duchamp, Hausmann ou encore Huelsenbeck. Ce sera son dernier film. En 1964, Hans Richter publie Dada Art and Anti-Art, livre testament dans lequel il se remémore les rencontres et les évènements décisifs à l’élaboration de son oeuvre. Il meurt à Locarno (Suisse) en 1976.


1957- 8 X 8 : A Chess Sonata in 8 Movements (USA, Couleur, 80 min)


 


C’est tout pour aujourd’hui ! À très bientôt pour une seconde séance de l’ornithorynque.