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Catégorie : Poèmes

Spores

Comme l’escargot, les mousses recherchent l’ombre et l’humidité. Cette communauté d’intérêt provoque une alliance qui permet d’établir un univers solide, lent et tranquille. Un espace miniature qui s’observe à la loupe, celle qui grossit 15 fois, où le mouvement se déploie sans provoquer d’éclat. En joie.

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Kokebonkei (plaidoyer pour les mousses)

Ici, les mousses n’ont pas d’importance. Personne ne s’arrête lorsqu’elles investissent un mur, un tronc, la tuile d’un toit ou l’humus des forêts. Personne ne remarque lorsqu’elles disparaissent. Dites à vos amis que vous vous intéressez aux mousses, que vous les contemplez, que vous essayez de les reconnaitre et d’apprendre leurs noms, ils se moqueront gentiment de vous. Ils auront tort.

Végétaux sans racines dont les spores infimes font confiance à la brise pour guider leur destin, plus de 25 000 sortes de mousses peuplent la terre. Elles vivent au rythme des pluies et de l’humidité et se déploient, tranquilles, d’une respiration. Elles forment toutes ensembles un tapis de verdure produisant oxygène en toutes saisons, héritage du temps et signe que le sol peut encore accueillir. Sous chacun de nos pas, les mousses sont ce miracle renfermant l’univers et que nous refusons.

Au Japon, l’on crée des paysages de mousses, les kokebonkei. Compositions minuscules mêlant de la terre, des bryophytes, et de la roche sous forme de pierres et de graviers. Des microcosmes complets et minuscules. Un geste créateur pour enrichir le monde d’un poème vivant.

 

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Le glaneur

Rayon poésie. Un homme commence à me parler. C’est bien, Nimrod ? Il vient d’où, d’Afrique ? Il est Américain ? Il est vivant ? Oui, très, je… Il n’écoute pas ma réponse, embraye, commence à me parler de sa lecture d’aout 1991, de castors apprivoisés et de souris -il a des souris, chez lui- d’un homme qui vient de lui donner 1 euro pour acheter un livre de García Márquez parce que sa carte bleue est bloquée et qu’heureusement que son banquier lui a fait ouvrir un PER en 1994. Il a les ongles très sales, l’œil pétillant, me parle d’un livre de Pasolini attaqué par les souris. Un livre Gallimard, tranche bouffée, pâte à papier. Je vais, je veux partir. On m’attend. Il embraye avec ses fenêtres qu’il doit refaire. Ça coûte cher, une fenêtre, très. Il les veut en bois, pas en PVC parce que je veux vraiment partir et alors il commence son histoire. Sa vraie histoire de l’autre jour. Pas de 91 ou de 94, son histoire d’escargot. D’un qu’il a trouvé sur le rebord d’une fenêtre. En bois. La fenêtre de la femme chez qui il avait toqué, trois coups, pour demander des sacs poubelles, parce qu’il avait oublié la remorque. Il a pris l’escargot et l’a mis dans le portefeuille en cuir qu’on venait de lui offrir / qu’il venait de trouver. Pour le déposer au jardin. Qu’il soit bien. Et puis oublie. Rentre chez lui et retrouve l’escargot. Dans le portefeuille. Oh ! Il le sort, le pose sur la bibliothèque, celle avec le livre de Pasolini. Et puis, pouf ! L’escargot disparait. Il le cherche. Il était monté tout en haut de la bibliothèque. Sur une caisse en bois. Il aimait lire quoi, cet escargot ? Ça change des rats de bibliothèques. Alors il ressort, le dépose enfin, au jardin. Je lui dis que ça c’est une super histoire. Je n’ose lui dire que je vais en faire un texte de peur de relancer la conversation mais… il a compris. Bonne chance pour les fenêtres et bonne lecture. J’ai glané un ami. Ou deux.

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Les bryophytes

Pour Gérard,

Fixer l’humidité sur les sporanges des bryophytes. Oublier que la pierre qu’ils ont pris pour demeure sert à couvrir les morts. Le soleil se rappelle au son d’applaudissements qui brisent le silence. Ils tournent un film à une division de là. Le film d’un enterrement qui finirait joyeux. Nous ne sommes pas jaloux. Car son sourire inonde. Le sporange, la pierre, le soleil, notre nostalgie tenace d’une enfance qui réchauffe. Nous sommes ensemble.

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Pogames #2 : Échecs

Le mouvement se termine. L’espace est libéré pour protéger le Roi. Nous avons tous espoir d’une nouvelle fondation. Le pion arrive de l’autre côté. Sacrifice pour qu’une Dame épaule la mission. Il y a tant d’énergie face à ce désespoir. L’échec n’est plus permis.

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Particules fines

Pas seulement ralentir. Reprendre, d’une respiration, la marche à notre rythme. Suspendre et persister pour bien choisir les herbes. Saluer les insectes d’une infime révérence. Sorti du peloton, n’y voir plus qu’une masse soulevant la poussière. Ressentir l’oxygène jusqu’au bout des talons.

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