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Catégorie : Remarques

L’invention du poème #39

Faire. Faire du beau. Le trouver, ou l’inventer, ce qui revient au même. Le but du poème est de changer la vie de celui ou de celle qui le recevra. Changer le cours de ses pensées et de ses émotions par une résonance qu’il ou qu’elle n’attendait pas. Être surpris du monde pour être surpris de soi. Et que son prochain pas se pose sur la terre d’une pression différente.

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L’invention du poème #38

Il faut être prêt pour la rupture. Prêt à combler le vide au centre du cyclone pour ralentir le geste et aller vers son risque. Formuler son désir sans les flammes des rancœurs ou les reflets au loin. Avec pour seul amour celui de nos plus proches lors de la traversée. D’un poème.

Ces raisons là qui font que nos raisons sont vaines.
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.

Jean-Jacques Goldman. Veiller tard.

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L’invention du poème #37

Écrire, ce serait aller au-delà du rêve que l’on a fait de soi. Pas trop au-delà, pas jusqu’à briser le miroir, mais jusqu’à saisir l’ombre du plis de l’étoffe. Celle qui donne du relief. Celle qui souligne ce mouvement particulier qui module notre voix.

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L’invention du poème #34

Avoir confiance en soi ? Avoir confiance suffit. Ou alors, un « en soi » pour désigner le lieu. Cette confiance qui permet le lâcher du poème et rend possible, par le dénuement qu’elle engendre, de ne plus considérer que deux choses : le mouvement et l’échange qu’il réalise. Comme le secret murmuré à l’enfant que nous étions : « tu vois, je me suis bien occupé des escargots ».

 

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L’invention du poème #33

Parfois, le poème résonne. Il nous met en mouvement lorsqu’il arrive à créer cette relation avec nous, durant son écriture, sa lecture ou son écoute. Il crée la dynamique qui est, qui fait la vie. Espace et temps précipité dans l’expérience sensible d’une parole hors d’usage.

Poésie, seule transcendance, non violente, non criminelle.
Jacques Roubaud, Poétique Remarques. Ed. du Seuil, 2016

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L’invention du poème #32

 

Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.
Proverbe Navajo

La poésie est exercice de notre puissance. De son usage, de ses limites, de sa maîtrise. Elle nous estime au plus juste. Nous accompagne, par la parole, afin de discerner quand engranger, retenir ou dépenser notre énergie. Qu’elle ne se disperse pas, ou le moins possible.

La poésie n’est pas accès à un « au-delà », mais bien à un « en-dedans », cette partie intime endormie par le flot des paroles. Elle témoigne des interactions faibles du monde : la contemplation d’un visage, la saveur d’un silence qui s’invite entre nous,  la tulipe qui s’ouvre chaque matin un peu plus par la force irrésistible du réel.

Chaque poème est cette étincelle qui allume ce que nous avions cru perdu. Tous nos poèmes ensembles, ceux écrits, ceux lus, provoquent un crépitement qui annonce l’embrassement. Un état d’urgence.

 

 

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L’invention du poème #31

Quoi de plus précieux que cette joie intime, que personne d’autre que soi ne peut ni proposer, ni définir ? Cette alchimie de souvenirs, d’émotions et de rêves qui, de nuits mêlées aux jours, nous met en mouvement. Dynamique souterraine qui charrie le limon gardant la surface calme. L’insurrection des ondes.

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L’invention du poème (30) : bien commun

« Réfléchir, penser, c’est déjà désobéir »

Un « faux » militaire, Garde à vous, jeu de téléréalité d’M6, 2016.

 
Ce matin, lisant en parallèle Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi (dont je m’étonne de la qualité d’écriture), et Résistance ! le nouvel essai vivifiant de mon ami Antoine Peillon, je pense à la magie des paroles qui, mises dans un certain ordre, changent notre perception du monde et ravivent l’énergie. Relance le désir. Désir de création et de liberté trop souvent assommé par la déferlante continuelle d’autres signes, d’autres images, d’autres paroles.
Cette vague nous submerge et nous noie. Consciemment ou non, son but est d’empêcher la petite étincelle, qu’elle ne puisse enflammer tout ce qui nous empêche par la transmission d’une perception de la réalité totalitaire qui ne peut nous mener qu’au désespoir.
 
Mais il ne tient qu’à nous, ici, maintenant, d’allumer cette lumière simple et gratuite de notre jour intime. C’est elle qui nous permet d’être et de se sentir être. Par la joie et l’enthousiasme qui monte quand nous faisons. Que ce soit un poème ou toute autre chose nouvelle, toute autre relation. C’est en notre pouvoir et c’est un bien commun.
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L’invention du poème (29)

Le point de ralliement de ma poésie est ici, sur internet. Avec enthousiasme et jubilation. Ni dans les recueils, ni dans les lectures et les performances, ni dans les accrochages à venir. Mais sans jamais annuler ni amoindrir l’importance de ces vecteurs, supports, moments. Ma poésie se déploie juste à partir de ce point central, de ce nœud, sans prédominance. Poésie en réseau, poésie intermedia, intermédiaire, dans cet espace qui se confond totalement désormais avec ce que l’on appelait encore il y a peu le « réel ». Et c’est peut-être cette considération là qui, pour la poésie, sa diffusion, sa réception, mais surtout son intensité, marque notre temps.

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L’invention du poème (28)

Écouter les secrets du vieux tailleur de pierre
et tenter l’assemblage de paroles récoltées
puis appeler les autres pour les chanter ensemble

Se faire à son idée.

 

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