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Catégorie : L’effondrement

L’effondrement #14

Je me réveille dans une chambre blanche. Plus bouger. Plus pouvoir bouger. Bip-bip, bip-bip, mais sans le coyote. Papa tango ? Papa tango charlie ? Les membres ne répondent plus. Le taux d’abstention n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Mais au moins je luttais, j’étais contre, indigné. Je me disais qu’on allait la changer, cette vie. Ensemble. Que c’était possible. Que ce qui ne nous tuait pas nous rendait plus forts. Je rêvais. De nous. De toi. D’un futur. Là ? Deux perfusions me clouent au matelas. Doucement, tout s’écroule. Tout s’écoule sous mes yeux impuissants. La mort de la terre, c’est la naissance de l’eau.

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Illustration : Saint-Oma
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L’effondrement #13

À qui ne se couche pas, comment quiconque pourrait-il échapper ? Je suis aspiré. D’un flash. Deux voix me parlent. Me bombardent. De mes doutes. De mes remords. De mes joies persistantes dans cette agitation. De toutes mes questions. Je revois les visages qui ont tracé ma vie. Des liens en noir et blanc d’où explose le rouge. Je sais que c’est elle. Mais je ne sais pas quand. Quand nos regards passaient leurs jours à délier nos corps ? Quand ils ne s’arrêtaient plus en se croisant ? Quand ils jouaient à qui tiendrait le plus longtemps, pour ne pas abdiquer face à la déchirure ? Je sais bien que c’est elle. Mais ce rouge ? Notre sang ? Mêlé ? Tout a merdé. Tout doucement. C’est l’attaque des Titans. Seid ihr das Essen ? Nein, wir sind der Jäger ! Êtes vous les proies ? Non, nous sommes les chasseurs.Êtes vous les proies2

L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

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L’effondrement (12)

Toujours là. L’ambulance arrive. Ils me mettent sur un brancard. La sirène retentit. La police est là, aussi. Elle parlemente, prends des notes, relève les indices d’un homme effondré. Il n’a pas vu. Il ne m’a pas vu. Le feu était bien au vert. Il croit. Il ne sait plus. Il commence à douter mais. Il se sent mal. Il repense à son fils. Tué il y a trois ans. Accident de moto. Cette moto qu’il s’était payé avec ses premiers salaires, investis dans chaque pièce de métal. Avec amour. Il tombe. Les choses froides se réchauffent, le chaud se refroidit, l’humide s’assèche, le sec s’humidifie. Nous sommes deux. Je suis seul à le voir.

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L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

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L’effondrement #11

Pour les gens éveillés, il n’existe qu’un monde, qui est commun, alors que dans le sommeil chacun se détourne vers un monde qui lui est propre. C’est agréable mais… non. Pas le temps. Se bouger bordel ! Je vais le rater. Putain, mais quel con ! Bon, en courant, je peux encore y arriver. Juste reprendre les affaires étalées sur la route. Juste tendre. Le bras. De mon corps. Pourquoi tous ces gens autour de moi ? Ça va, c’est rien, elle a percuté ma vie avec bien plus que ça durant ces dernières nuits. Qu’est-ce que vous faites, là, puisque que je vous dis que ça va ! Pas besoin. Pas besoin d’être comme ça, là, autour de… Mais qu’est ce qu’il fout ? Là. Là-bas. Mon corps ?

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> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

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L’effondrement #10

Tenir. Ou lâcher. Le premier grain de matière était-il ombre ou lumière ? Et ça ne gène personne, non, ça ne gène personne de ne pas savoir ce qui constitue l’univers à 99% ? Hé oh ! Y’a quelqu’un ? Bordel. Chambre. Froide. Seul. Plus d’énergie. Je vais partir. Je fous quelques habits dans mon sac. Prends un billet de train en trois clics, le premier, vers le Sud et sors. Elle a les enfants ce week-end. Je les appellerai. Respirer. Prendre l’air. La poudre d’escampette. Pas fait ça depuis l’adolescence. Et puis pourquoi pas, après tout. S’amuser, s’amuser un peu. Boire. Danser. Sourire. Parler. Baiser peut être bien. Brûler. Ses ailes. Le feu jugera et s’emparera de toutes choses. Qui sait ? Hein, qui ? Train dans cinq minutes. Liberté, j’écris ton nom. Souffle. Essouffle. Et. Voiture. Me percute. 18h46.

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> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

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L’effondrement #9

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Tout. Nos disques de Garbage. Le chant des oiseaux le matin. L’odeur du café chaud au réveil. Leur garde. La petite boite à clés. Le disque dur et ses photos. Le canapé acheté à la Foire de Paris. Les excuses. Le recueil de poèmes de Guillevic. Les références de la peinture du salon. Leur garde. La bague de fiançailles. Les épisodes de Sex and the city. L’oreiller en plume d’oie. Les montres. Les couverts. Les trois ordinateurs. Leur garde. Une pension.  Le soleil chaque jour nouveau. Les petites balles relaxantes. Les sourires. Les caresses. Les baisers. Leur garde. Le produit lave-vitre. La bouteille d’huile d’olives de Nyons. Les livres mêmes jaunis. La bouteille de Nikka 40 ans, leur garde, le chien floppy, le poisson rouge sans prénom. Les idées. Les amis. Les idées des amis. La collection de cendriers. Le reste de désir. Elle a tout. Gardé.

> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

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L’effondrement #8

Manquer d’oxygène. Avoir la tête qui tourne. J’ai rendez-vous chez le juge pour les mille amendements d’une vie en morceaux. Tout sera disséqué. Pesé. Estimé. Au poids de nos sourires, de nos étreintes, de nos enfantements. En concentrant l’orage jusqu’au plus fort éclair. La foudre gouverne tout. La foudre est le feu éternel, un feu sage et auteur de l’administration du monde. Qu’elle s’abatte et que notre ciel explose. Derrière, juste la nuit, teintée d’un rouge sang. Fausse couche du bonheur.

un feu sage et auteur de l’administration du monde  copie

Dessin : Saint-Oma

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L’effondrement #7

Je suis avocat. Je règle les conflits, pèse le pour et le contre, dialogue avec la vérité et tente de la convaincre. À mon avantage, derrière celui de mes clients. Elle veut la garde des trois enfants. En plus. En plus de toute l’absence. Mais elle se prend pour qui ? Mes cendres ne suffisent pas ? Elle veut nettoyer l’antre à l’acide. Ne plus laisser de traces. Faire tout disparaître. De moi. De nous. Du temps passé. Passer en force. Un amendement 49.3 du couple. Mais je connais la situation. Mieux qu’elle. J’ai l’habitude des eaux profondes. Deux fois dans le même fleuve nous descendons, et ne descendons pas. Prends garde. Je déclenche l’arme nucléaire, dépose une motion de censure. Prends garde à toi, mon amour.

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L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

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L’effondrement #6

Je danse parmi les ombres de souvenirs enfuis. Des bouffées de chaleurs d’une passion inconnue qui m’irritent le corps. Des perles de sueur qui épousent la pluie. Je l’inonde de SMS. Pas de réponse. Pas raisonnable. Les raisonnables ont un problème avec les mots. Rigidité contre flexibilité. Agilité et technique contre stagnation. Pragmatisme contre utopie furieuse d’une rétrogradation. L’ordre contre le chaos. Liberté totale contre asservissement (aux dieux, aux états, aux limites, à nos propres désirs). Ils ont imposé le lexique. Ils ont imposé la misère. Politique, sociale, affective. La misère de vivre. C’est pourquoi il faut s’attacher au commun. Car le commun unit. Mais lors que le logos est commun aux êtres vivants, la plupart s’approprient leur pensée comme une chose personnelle. La misère de ma vie au prix d’une autre croissance, amour immodéré. La belle affaire. Elle me tue de l’intérieur. À petit feu, révolutionnaire.

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L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

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L’effondrement #5

Je suis sorti dehors pour m’aérer la tête. J’entre dans le parc. Il fait presque nuit. J’entends le gardien qui siffle la fermeture des portes dans l’entrée sud. J’enlace un arbre. J’enlace celui ne me repoussera pas. De ses racines. De son tronc. De sa première branche au dessus de ma tête, je le supplie de me soutenir. D’avaler les paroles. Les cris. Les regards fuyants et les mauvais silences. Ceux durant lesquels ont prend conscience que quelque chose cloche sans savoir ni quoi ni quoi faire. D’oublier. De s’unir, rien qu’une fois. Parce qu’on sera plus forts. On sera plus fort qu’elle. Qu’eux. Ils ne comprennent pas comment ce qui est différent de soi-même s’accorde avec soi-même. Et l’autre qui rapplique pour me dire d’avance que des grilles nous séparent. Ces putains de grilles forgées par nos larmes de sève.

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L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

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