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Catégorie : L’effondrement

L’effondrement #16

J’avais tant de désirs. Pour toi, pour moi, pour nos vies. Tout était presque prêt. S’apprêtait à sortir. Une alchimie parfaite pour enfin t’éblouir. Plus qu’une question de semaines. Un mois, au pire. Rien qu’un léger retard. Dire que tu as tout gâché par tes caprices. L’homme est considéré par les dieux comme ayant peu de raison de même que l’enfant l’est par les hommes.

Ce temps perdu à force de n’avoir rien voulu choisir. À se garder ouvert tous les possibles. À regarder les autres prisonniers de leurs rails. À bien se moquer d’eux depuis l’abri des gares. Refuser même d’exercer notre puissance pour monter au plus haut, d’une extrême élégance, d’une pureté minimale qui ravirait sans bruits. Mais les autres sont partis. Déjà loin, maintenant. Et le temps, aussi, a filé. Et l’énergie nous manque pour l’ultime impulsion. Pour te prouver au moins que… oh et puis tant pis pour toi, connasse.

Illustration : Saint-Oma

L’effondrement, une fiction autour des Fragments d’Héraclite. Lire les autres épisodes >

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L’effondrement #15

Reuben Nsemoh, un américain de 16 ans, s’est réveillé après trois jours de coma en parlant espagnol, langue dont il ignorait tout. Cela s’appelle le « syndrome de l’accent étranger ». Depuis 1941, plus de 55 cas de ce type ont été recensé. J’ai mal à la tête. Ça tambourine comme la révolte qui gronde. Ça s’éloigne. Les généraux gagnent. La vérité est ailleurs. Ne conjecturons pas au hasard pour expliquer les plus grandes énigmes. Nous sommes d’une histoire impossible à conter. Hasta la vista, bébé. J’ai froid. Si froid.

L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin :Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

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L’effondrement #14

Je me réveille dans une chambre blanche. Plus bouger. Plus pouvoir bouger. Bip-bip, bip-bip, mais sans le coyote. Papa tango ? Papa tango charlie ? Les membres ne répondent plus. Le taux d’abstention n’a cessé d’augmenter ces dernières années. Mais au moins je luttais, j’étais contre, indigné. Je me disais qu’on allait la changer, cette vie. Ensemble. Que c’était possible. Que ce qui ne nous tuait pas nous rendait plus forts. Je rêvais. De nous. De toi. D’un futur. Là ? Deux perfusions me clouent au matelas. Doucement, tout s’écroule. Tout s’écoule sous mes yeux impuissants. La mort de la terre, c’est la naissance de l’eau.

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Illustration : Saint-Oma
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L’effondrement #13

À qui ne se couche pas, comment quiconque pourrait-il échapper ? Je suis aspiré. D’un flash. Deux voix me parlent. Me bombardent. De mes doutes. De mes remords. De mes joies persistantes dans cette agitation. De toutes mes questions. Je revois les visages qui ont tracé ma vie. Des liens en noir et blanc d’où explose le rouge. Je sais que c’est elle. Mais je ne sais pas quand. Quand nos regards passaient leurs jours à délier nos corps ? Quand ils ne s’arrêtaient plus en se croisant ? Quand ils jouaient à qui tiendrait le plus longtemps, pour ne pas abdiquer face à la déchirure ? Je sais bien que c’est elle. Mais ce rouge ? Notre sang ? Mêlé ? Tout a merdé. Tout doucement. C’est l’attaque des Titans. Seid ihr das Essen ? Nein, wir sind der Jäger ! Êtes vous les proies ? Non, nous sommes les chasseurs.Êtes vous les proies2

L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

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L’effondrement (12)

Toujours là. L’ambulance arrive. Ils me mettent sur un brancard. La sirène retentit. La police est là, aussi. Elle parlemente, prends des notes, relève les indices d’un homme effondré. Il n’a pas vu. Il ne m’a pas vu. Le feu était bien au vert. Il croit. Il ne sait plus. Il commence à douter mais. Il se sent mal. Il repense à son fils. Tué il y a trois ans. Accident de moto. Cette moto qu’il s’était payé avec ses premiers salaires, investis dans chaque pièce de métal. Avec amour. Il tombe. Les choses froides se réchauffent, le chaud se refroidit, l’humide s’assèche, le sec s’humidifie. Nous sommes deux. Je suis seul à le voir.

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L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

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L’effondrement #11

Pour les gens éveillés, il n’existe qu’un monde, qui est commun, alors que dans le sommeil chacun se détourne vers un monde qui lui est propre. C’est agréable mais… non. Pas le temps. Se bouger bordel ! Je vais le rater. Putain, mais quel con ! Bon, en courant, je peux encore y arriver. Juste reprendre les affaires étalées sur la route. Juste tendre. Le bras. De mon corps. Pourquoi tous ces gens autour de moi ? Ça va, c’est rien, elle a percuté ma vie avec bien plus que ça durant ces dernières nuits. Qu’est-ce que vous faites, là, puisque que je vous dis que ça va ! Pas besoin. Pas besoin d’être comme ça, là, autour de… Mais qu’est ce qu’il fout ? Là. Là-bas. Mon corps ?

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> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

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