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Catégorie : Sous la coquille

Sous la coquille #5 : avancées lentes

Trois livres qui tombent à point nommé pour préciser l’esprit de mon troisième recueil : un art de vivre subversif et lent, possible sans sacrifice, reprenant en compte l’ancrage dans un lieu ouvert par la précision des mouvements. Une formulation de cette proposition sous une forme poétique dense et minérale : un haïku dont le traditionnel mot-saison (kigo) serait remplacé par un verbe, toujours à l’infinitif. Comme d’habitude, mais pas tout à fait. Chorégraphié comme un kata.

 

La forme traditionnelle du taijiquan de l’École Yang est une des disciplines sportives les plus difficiles, parce qu’elle suit le contraire de la célèbre devise olympique « Plus haut, plus vite, plus fort ».
« Plus bas, plus lent, plus faible», le taijiquan est un « qigong » suprême, un art martial ultime, avec un commencement, mais sans fin, et qui nous accompagne toute notre vie.

Nouvelle lecture du Taijiquan, Antoine Ly, en collaboration avec Marianne Plouvier, Ed. You Feng

Penser à l’infinitif revient à renoncer aux mots trop bavards, trop savants pour se concentrer sur l’action tout entière contenue dans le verbe sous sa forme la plus immédiate.

Philosophie infinitive, Emmanuel Fournier, Ed. de l’éclat

+ Vocabulaire de la spatialité japonaise, Dir. Philippe Bonnin, CNRS éditions.

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Sous la coquille (4)

Il n’y a pas que du bon
dans ma spirale

Parfois elle m’étouffe
où étouffe les autres

Elle qui veut protéger.

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Sous la coquille #3

Aucune crainte de me perdre
à bâtir cette spirale

Elle m’aboutit.

Construire couche après couche
au plus juste du corps
pour se mouvoir sans peur

et ajuster ma vie.

Se redonner le temps
d’observer chaque chose

Considérer chaque grain
par une révérence

Qu’ils retrouvent leur rang
à la cour des roches.

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Sous la coquille #2

C’est toujours un matin
que l’on se réveille

En escargot.

Rien à craindre de moi.

Je n’entends rien du monde
et je ne parle pas

Je réalise le rêve
d’une retraite subtile
qui vous concentrerait.

Grandir sans plus grossir

Savoir mieux que personne
où il faut s’arrêter.

 

ANTHOLOGIE COQUILLE

– La vie est ce que notre caractère veut qu’elle soit. Nous la façonnons, comme un escargot sa coquille.

Jules Renard

– J’ai observé un escargot qui rampait le long d’un rasoir… C’est mon rêve… C’est mon cauchemar… Ramper, glisser le long du fil de la lame d’un rasoir et survivre.

Dialogue d’Apocalyspe Now

– La joie est un escargot rampant. Le malheur un coursier sauvage.

Vladimir Vladimirovitch Maïakovski

NOTES

Revenir à la forme courte et concentrée qu’est le haïku, à l’origine de ma pratique poétique et dont j’ai un peu parlé ici ? Une envie après la lecture de l’essai Malgré le givre d’Alain Kerven consacré à l’almanach poétique japonais (éditions Folle Avoine, 1987). Et pourquoi ne pas, en plus, respecter la suite des saisons, avec le nouvel an en point d’orge du livre, afin de laisser libre court aux vies réinventées. Le pari est risqué, tant cette forme minuscule peut en rebuter beaucoup, non charmés par son rythme, par une saveur qui ne se révèle qu’en connectant le poème à l’observation lente du monde. Et pourtant l’art d’être en vie qu’elle autorise correspond, peut être mieux que tout autre, au projet de ce livre. Un « Haïkus de l’escargot » ?

(à suivre…)

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