Ça y est, après près d’un an de travail en compagnie de notre partenaire Aquafadas, nous lancerons dans quelques jours le J’aime Lire Store. Une nouvelle application de lecture numérique pour enfants, sur iPad et iPhone, à partir du savoir-faire en littérature jeunesse du groupe Bayard et de son magazine phare, J’aime Lire. Le but de cet article est de partager quelques informations sur cette expérience et d’encourager le débat, sur un marché où tout le monde tente d’inventer sans pour autant trouver -encore- un public équipé et/ou des modèles d’affaires suffisants. Quitte à tenter des choses, autant se nourrir mutuellement pour avancer plus vite, c’est toute la philosophie de notre équipe multimédia à Bayard.

Pour commencer, une petite présentation en vidéo :

Le contenu de cette application : tout à la fois une boutique, pour acquérir des contes, romans, BD et autres contenus enrichis et une bibliothèque pour les consulter et les collectionner. Les contenus numériques seront proposés dans trois rayons, correspondant à trois « états de lecteur » de l’enfant : le coin des petits (3-5 ans) pour la lecture indirecte, lue par les parents aux côtés des enfants ; les apprentis lecteurs (6-7 ans)  pour les premiers textes à découvrir en autonomie ; fans de lectures pour les enfants de 7 à 12 ans sur le chemin délicieux des lectures entièrement autonomes. Mais comment avons-nous fait pour imaginer les contenus qui viendront enrichir ces rayons ?

L’état des lieux au début du projet

Il y a un an, dans le marché à peine naissant de la littérature numérique jeunesse, sans Kindle ni Kobo, avec un iPad naissant et un iPhone quasi-incontournable, deux types de contenus coexistaient :

- D’un côté des fichier au format .epub, souvent mal réalisés (y compris ceux issus de collection jeunesse prestigieuses). Avec un format certes « ouvert » pour que l’utilisateur puisse changer à son gré la taille des polices, mais, revers de la médaille, sans exigence de mise en page. Surtout, la difficulté d’établir une alternance entre le texte et les illustrations qui soit à la fois agréable pour l’œil et efficace dans l’acquisition et la compréhension du texte par l’enfant. De nombreux sauts de pages impromptus, de larges espaces blancs sous les illustrations rendaient ce « rapport texte-image » inopérant. Or c’est là l’une des grandes spécificités des ouvrages jeunesse. Un frein réel pour imaginer un J’aime Lire numérique, le titre étant synonyme de qualité dans le fond comme dans la forme. Sans compter le désespoir des maquettistes, dont tout le savoir-faire ne pouvaient s’exprimer.

- De l’autre côté, de belles applications, largement enrichies par du son et de l’animation, autour de contes, souvent classiques tombés dans le domaine public. Celles du britannique Nosy Crow ou du français So Ouat (depuis rebaptisé Chocolapps). Des objets numériques plus proches, en contenu comme en coûts de production, de ce que nous produisons pour notre plate-forme de contenus BayaM ou de nos applications jeux iphone/ipad mettant en scène nos héros SamSam, Oukilé, et bientôt Petit Ours Brun, ou de la prolongation numérique du livre d’Hervé Tullet « Un livre », « Un jeu ». (Prix Pépite de la création numérique 2011 au dernier Salon de la jeunesse de Montreuil).

L’ambition du projet : une production de qualité, mais au rythme soutenu.

Il nous fallait trouver un entre-deux, entre la volonté de mettre en place une organisation capable de sortir plusieurs nouveaux contenus par mois (chose difficilement tenable avec les applications enrichies) et obtenir un confort/plaisir de lecture nettement supérieur à ce que nous pouvions obtenir, à cet instant, avec un format epub dans sa version 2 ou 2.5. Dans cette aventure, quatre précieux avantages :

- Une marque extrêmement légitime et populaire sur la lecture jeunesse, J’aime Lire, premier magazine jeunesse français, en tête de pont d’autres propositions (y compris provenant d’autres éditeurs)

- Des textes de fiction et des illustrations originales, créer par des auteurs contemporains et édités avec soin.

- Dès le départ, une rédaction « papier », menée par Marie Lalouette, enthousiaste pour imaginer cette déclinaison avec nous.

- Un partenaire technologique proche et impliqué, Aquafadas, disposant d’un savoir-faire numérique sur le magazine, le livre et la bande dessinée, médium particulièrement attractif pour les enfants et part importante de ce que nous publions (de Tom-Tom et Nana à Ariol en passant par Anatole Latuile.). Il nous proposait un format certes propriétaire (le .ave) mais capable de donner corps à nos idées, le tout lié dans une interface d’achat et de consultation, élément indispensable pour imaginer une consommation de productions numériques basée sur la fidélisation et la récurrence.

L’aventure J’aime Lire Store pouvait démarrer. Avec la volonté de mettre en avant la qualité et la force des textes et des illustrations face à la débauche d’animation et de jeux disponibles juste à côté d’une simple pression de doigt.

Rassembler et transférer le savoir-faire, identifier les problèmes

Il nous fallait tout d’abord concentrer les principales règles de base éprouvées par trente cinq ans d’édition jeunesse dans la présentation des romans, par exemple :

- Le choix d’une typographie bien adaptée au niveau de lecture (sans empattement pour les plus jeunes, avec empattements pour les plus grands, avec des yeux de lettres assez larges).

- Les règles de coupes : pas de phrases coupées d’une page à l’autre pour les apprentis lecteurs, jamais de mots coupés entre deux pages pour les lecteurs plus autonomes.

- L’importance des résumés d’un chapitre à l’autre pour aider à la compréhension générale et à la progression dans le texte…

et aussi l’attention à porter aux jeunes lecteurs qui apprennent à lire avec le doigt suivant les lettres sur la page. Sur tablettes tactiles, cela peut engendrer quelques perturbations… Autant de règles à prendre en compte. Sans compter d’autres interrogations propres au formats et aux supports numériques :

- Comment proposer tout un roman et ses illustrations sur une surface aussi petite qu’un iPhone, pour un lecteur qui a besoin d’un texte écrit en caractères nettement plus grands que les adultes ? Le pari, au départ, nous semblait impossible.

- Comment redonner une dimension d’objet-livre en numérique ? Comment retrouver « l’effet-collection » induit pas la fameuse « tranche » J’aime Lire, par son marque-page, par sa page de garde où l’enfant peut inscrire son nom… Autant d’éléments forts, permettant la fidélisation, l’appropriation des lecteurs et la possibilité de leur faire découvrir des textes aux styles, thèmes et illustrations très variés. Bref, comment (re)trouver cette cohérence permettant aux enfants d’approcher sans angoisses puis de se plonger avec plaisir dans les lectures qu’on lui propose ?

Concentrer l’innovation autour du cœur de la lecture : la force des textes et de la narration.

En parallèle du développement de l’application à proprement parler, de la définition des prix (comment rester dans le marché tout en ne détruisant pas la valeur des contenus et tester des choses ?), de la politique de communication (avec une campagne très sobre, à la manière de  la présentation de services récents que sont SoundCloud et Instagram par exemple, et un slogan « Des histoires au bout des doigts » connectant le fond à la forme), une énergie particulière a été donc mise dans la reformulation d’un « livre jeunesse numérique » en restant au plus proche des éléments déjà disponibles : le texte, les illustrations fixes et le son (les Histoires pour les petits, les J’aime Lire et Mes Premiers J’aime Lire présents dans le store sont lus et enregistrés par des comédiens). Voici six points auxquels nous nous sommes particulièrement attachés lors de la conception du cœur de ces livres numériques. Un grand merci, au passage, au cartographe et designer Jean-François Gleyze, un « stagiaire de luxe » de l’ENSCI qui a travaillé avec nous durant toute la première partie du projet et qui a, à cette occasion, livré un très intéressant rapport sur la lecture numérique.

Six points-clés de notre proposition de lecture numérique

1. Une lecture contrainte en chapitre-parchemin

C’est peut-être le principal risque formel pris sur ce projet. Nous avons décidé non seulement de changer le mode de feuilletage classique des romans (le page à page) mais également de le contraindre au maximum : pas de possibilité de changer la taille des polices, une seule orientation possible du texte. Des choix d’éditeur, discutables mais totalement assumés, guidés par le souci de présenter le texte de la meilleure façon possible aux jeunes lecteurs.

- Le feuilletage : pour revenir à un rapport texte-image satisfaisant, nous avons donc décidé de nous inspirer des débuts de l’écriture, avec le format ancestral du parchemin : chaque chapitre se déroule d’un seul tenant, permettant à la fois une lecture et une navigation fluide dans chaque « rouleau » du texte. Avec, pour passer d’un chapitre à l’autre, un petit effet d’aimantation demandant aux doigts d’effectuer, naturellement, un geste de glissement un peu plus fort.

- Le choix et la taille contrainte des polices : Certes, un des grands avantages du livre numérique est de pouvoir changer à sa guise la taille des polices… pour les adultes. Or, nous sommes, avec beaucoup d’autres (enseignants, éditeurs…), convaincus que la taille et le choix des polices de caractères sont des éléments cruciaux pour permettre une lecture efficace alliant compréhension de ce qui est lu et plaisir pris à le lire (l’un conditionnant l’autre). Or, ces deux visions s’opposent : si l’on permet de changer la police et sa taille, dans un texte illustré, cela transforme obligatoirement le rapport au texte, notamment sur la gestion des blancs et la coupe des mots. Nous avons donc « fixé » ces polices, en type et en corps, permettant d’offrir, selon nous, le meilleur rapport possible sur iPad comme sur iPhone.

- Le choix du fix-layout : Poursuivant la même exigence, nous avons fixé l’orientation des textes : lecture verticale pour l’iPad, horizontale pour l’iPhone. En choisissant cette orientation selon le rapport lisibilité/support et équivalence de corps de polices entre les différents appareils. Une contrainte, ou plutôt, sachant que l’autre option n’était pas pertinente, le choix de la meilleure solution pour l’enfant-lecteur.

2. Un travail typographique adaptés aux supports.

Stéphane Mattern, directeur artistique de l’équipe et l’excellent Perceval Barrier, notre graphiste multimédia sur ce projet, amoureux de la typographie, ont particulièrement travaillé sur la recherche de nouvelles polices de caractères compatible avec les supports et répondant à l’exigence de lisibilité posée.

3. Un marque-page réactif pour spatialiser la lecture

Si, pour un adulte, il peut-être important de savoir « où il en est » dans un texte. Pour l’enfant, cette information est cruciale. Elle favorise et renforce sa progression dans le texte mais aussi dans son apprentissage de la lecture : pagination, chapitre, résumés. Autant de repères sur lesquels il peut s’appuyer afin de progresser dans l’histoire et l’acquisition de la compétence de lecture. Nous avons donc repris l’idée du marque-page présent dans tous les J’aime lire pour en faire un outil ludique qui se colorie au fur et à mesure de la lecture. Il peut également servir de « vrai » marque-page grâce à une petite pastille que l’enfant peut activer pour aimanter le texte à un endroit précis et être ainsi sûr de retrouver facilement sa position.

4. Un usage différencié du son selon le niveau de lecture

Nous disposions des versions audio de chaque histoire. Nous avons décidé de les proposer de manière différentes selon le niveau de lecture de chaque enfant. Dans les deux cas (apprentis lecteurs avec Mes premiers J’aime lire et fans de lectures avec J’aime lire, un mode « J’écoute le roman » est proposé. Il consiste au défilement du son sur un diaporama reprenant les illustrations de l’histoire. Si nous travaillons à une version audio avec texte pour J’aime lire (son lancé pour chaque chapitre), nous avons d’ores et déjà intégré le son sur le texte des Mes premiers J’aime lire, mais uniquement au tap sur une phrase. Le son, ici est une aide à la lecture. Le lancer « au long », beaucoup trop rapide, aurait été en total décalage avec le rythme des lecteurs débutants.

5. Un accès immédiat aux définitions des mots compliqués.

Fonction simple mais particulièrement utile aux lecteurs, l’apparition au « tap » de la définition des mots compliqués qui évite d’insérer ces définition en bas de page, -compliqué avec notre option de chapitre-parchemin ;-) -, avec un risque de casser arbitrairement la lecture. Cela permet aussi de ne pas les renvoyer en fin de texte (comme dans le magazine pour les définitions longues et illustrées) et d’offrir au lecteur une liberté d’approfondissement simple et efficace grâce à cette petite fonctionnalité.

6. Un badge « J’ai tout lu » pour introduire le concept d’achievement issu du jeu vidéo dans la lecture.

À la fin de chaque roman, une gratification sous forme de badge (principe d’achievement des jeux vidéos) sous forme de badge permet à l’enfant de terminer la lecture sur un mode ludique et valorisant. Le badge ainsi gagné apparaît dans la bibliothèque de l’enfant et sur la couverture du roman. Il lui permet de voir d’un coup d’œil ce qu’il a lu tout en lui permettant d’embrasser l’ensemble de ses lectures. Un moyen, également, d’augmenter l’attachement du lecteur à ces contenus grâce à ce gimmick récurrent.

Pour finir, une petite présentation donnée lors du lancement presse de Bayam et du J’aime Lire Store par le site IDBoox (pas toujours très clair, le coup de l’émotion et du champagne, j’en suis désolé) :

Et enfin, l’interview donnée à BFM lors de l’atelier numérique du 18 février :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

 

Voilà. J’aime Lire Store va désormais vivre sa vie, partir à la rencontre de ses lecteurs . Rendez-vous donc sur le site J’aime Lire Store, sur Facebook ou Twitter. Toute l’équipe (Stéphanie Simonin, Perceval Barrier, Cédric Naux, Stéphane Mattern, Florent Maurin, Charlotte Chea, la team Aquafadas et Jean-François Gleyze) attend vos remarques et vos idées pour améliorer, chaque jour ce nouvel espace numérique où, espérons-le, il fera « bon lire ».

Stéphane Bataillon

J’ai rejoint l’équipe de l’éditeur d’Epub libre et gratuit SIGIL pour prendre en charge la réalisation de sa version française. Elle sera disponible dès la version 0.5 de l’application.

 

Il y a un mois, j’ai réalisé et publié mon premier Ebook original, la mauvaise troupe sur le Kindle Store d’Amazon. Cet Ebook fût créé grâce à un logiciel opensource et gratuit de grande qualité, SIGIL, dont je suis les évolutions depuis sa création en 2009 par Strahinja Marković.

Le créateur ayant décidé de se retirer du projet cet été, c’est John Schember qui a repris la coordination de cette application. Son but ? S’améliorer pour proposer une alternative crédible aux multiples solutions propriétaires et souvent onéreuses destinées à la création d’eBook de qualité.

Mais voilà : jusqu’à présent, il n’existait pas de version française du logiciel, ce qui risquait de ralentir sa diffusion dans l’hexagone au moment où le marché de l’édition numérique s’apprête à décoller avec la mise sur le marché du Kindle d’Amazon, du Kobo by fnac, du Cybook Odyssey et, bientôt, du Nook de Barnes&Nobles.

Plutôt que de faire un don, j’ai contacté John Schember, le coordinateur du projet, pour lui proposer de réaliser cette traduction.
Aussitôt dit, aussi tôt fait, il m’a permis de prendre en charge ce chantier à côté des versions déjà en cours (anglaise, espagnole, slovaque, tchèque, polonaise) sur Transifex, un espace collaboratif de traduction.

La traduction française de SIGIL est désormais terminée. Elle est disponible à cette adresse : https://www.transifex.net/projects/p/sigil/resource/sigil/ et sera intégrée dans la prochaine version de l’application (0.5).

En espérant que cette contribution permettra à nombre d’entre vous de découvrir SIGIL et d’imaginer de magnifiques Ebooks.

Stéphane Bataillon

Suivre SIGIL sur Twitter : @sigileditor

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N° 5 > L’HEBDOMADAIRE DE LA TWITTÉRATURE < 4/08/2011

NuMéRo SPéCiaL RéSuLTaTs Du #CiTWi 2011

Avec un léger retard, inférieur à 140 jours, nous avons l’honneur d’annoncer les résultats définitif du #Citwi, le premier Concours International de Twittérature, tenu du 1er au 28 février 2011 sur Twitter, et organisé sous l’égide de l’Institut de Twittérature Comparée. Trois Grands Prix, 2 Prix spécial du Jury et 30 catégories individuelles pour imposer la Twittérature à la face du monde, qui n’en peut mais. Merci à tous pour vos nombreuses participations et à l’année prochaine pour l’édition 2012 du Citwi, et de nouvelles surprises !

Pour l’Institut de Twittérature comparée : @pierrepaulpleau, @Centquarante et @sbataillon.

 

Gazouillis d’or 2011 décerné à @Moijeu
« Écrire des mots d’oiseau juste à la lisière du lendemain. En un flash de caractères elle s’espérait héroïne, hélas sans en être fixée. »

Gazouillis d’argent 20011 décerné à @Knight_Mer - Philament
« Il se savait suivi par la police, et s’en délectait : c’était une police de caractère. Et du caractère, il en avait à revendre : 140. »

Gazouillis de bronze 2011 décerné à @JodieFausTaire
« J’entends l’éclair sucré de ton regard et j’entrevois la gourmandise cachée dans la chaleur de tes mains. »

Prix spécial du Jury ex aequo
@Atramenta pour sa suite narrative interactive.
@Grainesdetoast pour l’émotion et la détresse des 28 jours de février.

Catégories individuelles :

Catégorie « Meilleur plagiat de Mallarmé ».
Lauréat : @D0lores
Le net est triste hélas ! Et j’ai lu tous les tweets.

Catégorie « Tweet s’étant illustré pour son humour déprimé. »
Lauréat : @msieuryann
Twitter : collection d’instants tanés.

Catégorie « Vision sans compromis de l’univers geek. »
Lauréate : @nathcouz
Dans nos réels d’existence numérique, nos mots en 140 caractères, nos corps fichés en .jpg et nos voix podcastées.

Catégorie « Pari désespéré de l’étreinte pure. »
Lauréate : @souffledame
De toi à moi c’est le pari Obstinément sublime Qui ne cesse d’étreindre.

Catégorie « Ouverture sur la mendicité numérique en musique. »
Lauréate :@neigeatokyo
C’était une mauvaise journée même le cramé n’avait pas fait 100 balles en plus de la musique les gens donnaient car ils avaient pitié.

Catégorie « Neige et perception des mystères. »
Lauréate :@Ceinwynn
Une épaisse ouate blanche recouvre tout. Les chimères de mon existence deviennent les spectres fantomatiques de celle des autres.

Catégorie « Hommage subliminal au tournis de la Valse à mille temps de Jacques Brel. »
Lauréat : @Knight_Mer
Plus rien n’était comme avant. Il faut dire qu’avant, plus rien ne fut comme après. Entre les deux, l’éternité. Une valse à un temps.

Catégorie « Métaphore cosmique et éloge de la relativité restreinte des étreintes. »
Lauréat :@Scriberi
La lumière et l’horizon sont en moi, je suis à la croisée de tous mes chemins. Le fil est ma ligne, la voie dans laquelle je suis.

Catégorie « Palimpseste numérique et mémoire des substrats (Grand prix spécial du Jury). »
Lauréat : @Atramenta
Noir sur gris. Par endroit, le vélin devenait illisible tant l’encre s’était imprégnée. Volonté dans l’écriture, corrosion du temps ?

Catégorie « Hommage à Becherelle, Borges et Blanche Neige confondus. »
Lauréat : @Elninodelacapea
Aux puces, un étrange miroir qui permet de voyager dans le temps quand on s’y regarde. Je l’ai acheté, je l’achèterai, je l’achète.

Catégorie « Techniques d’humour mixtes et tropes de l’impertinence. »
Lauréat : @HugoLemay
Bien qu’obèse et pas très rapide, il excellait. Bref, c’était un gros tas lent.

Catégorie « Grand nonchaloir des voluptés obliques et des assauts répétés contre l’irrémédiable. »
Lauréate : @CelluleT
Vos cheveux sont argiles | J’y ferais bien la sieste | Petite volupté | Rire immobile | Je défie la mort.

Catégorie « Faire corps avec son sujet et vice versa : faire du corps son sujet. »
Lauréat : @AntoineMaine
Pour faire court, il éjacula précocement.

Catégorie : « Médecines naturelles et/ou parodies homéopathiques. »
Lauréat : @machinaecrire
À petite dose, la twittérature rend intelligent.

Catégorie: « Thème de l’enfance inversée : le passé ne compte pas plus que l’avenir, bien au contraire. »
Lauréat : @maximlon
Hier j’ai vu des enfants dont le regard m’a fait basculer dans l’avenir.

Catégorie « Catégorie pastiche de la campagne écologiste : «  Sauvez votre béluga ». »
Lauréat : @nanopoesie
Sauvez des pixels: choisissez la twittérature !

Catégorie « Intime compréhension de la mécanique twittérienne s’arrimant aux thématiques de la littérature du XIXe. »
Lauréat : @robeno59
J’ai pour tweets quelques mots, pour retweets ceux des autres et pour abonnés des amis de l’âme.

Catégorie « Gag existentiel et évidence inéluctable. »
Lauréate : @salopette_14
Je Vis Ma Vie A Fond Car Un Jour Ce Ne Sera Plus PossiBle ;-)

Catégorie « Hommage à le Nez qui voque de Réjean Ducharme. »
Lauréat : @straberi
À force de se faire manger l’haleine sur le dos, on finit par empester le champ d’ail.

Catégorie « Les mots, les chiffres et le calendrier : au centre de Twitter, la circularité du chant. »
Lauréate : @Grainesdetoast
28 moins 14, 14. On y revient toujours : la fin nous ramène au centre des choses. Pas que les chiffres parlent, mais ils fixent tout.

Catégorie « Ponctuation acérée. »
Lauréate : @e_CLO
Aux deux points Avant la virgule Prête-moi ta plume

Catégorie « Premières poésies du premier amour. »
Lauréat : @3wjuan Lucky
Je la connaissais si peu sûre d’elle. Ses gestes étaient fragiles, hésitants. À chacune de ses poses je voyais la beauté, un fragment.

Catégorie « Homonymie et hommage à la musique électronique. »
Lauréat : @PsyckoBaton
La trance est une sorte de danse. Sans méfiance, je m’élance, vers ton corps si dense, et à tes caresses je pense. Je suis en transe.

Catégorie « Butons le clavier « qwerty ». »
Lauréate : @JodieFausTaire
Si j’ai du tempérament, je n’oublie pas que mon clavier a beaucoup de caractères => une femme azerty en vaut deux !

Catégorie « Premières poésies du premier amour. »
Lauréat : @Mimiryudo
Ace avait démasqué le corbeau en analysant les empreintes de l’enveloppe. Bien qu’il nia, le facteur fut arrêté.

Catégorie « Soubresauts d’enfance congelée. »
Lauréat : @Multimot
« Enfant, j’aimais m’allonger dans les forts de neige pour m’engourdir de silence. »

Catégorie « Matrice générative de l’amante et phonétique en expansion. »
Lauréate : @LaurenceFritsch
Menthe/Nymphe figée gelée/Menthe/Amante véhémente/Mante abandonnée/Des dieux/Tu te lamentes…

Catégorie « Pastiche formel du type « Léon a rasé César à Noël », mais raté ou hommage au verlan. »
Lauréat : @MicStD
dranoéL ed icniV écrivait à l’envers.

Catégorie « Potentiel d’évocation du futur et hommage à Nostradamus. »
Lauréat : @LirinaBloom
Nos fictions sont-elles dévorées par les évènements du siècle? Je vous entraîne dans un jeu et il nous mène au coeur des révolutions.

Catégorie « Respirations, chuchotement et murmures. »
Lauréat : @ericdubois
Hier déjà Un mot Un autre Chut! Nous passons La vie tout près Ce sera là-bas Un mot Un autre Qui rempliront l’espace

 

#NeXT

Twittology N°6 paraîtra en septembre 2011 dans une nouvelle formule

(et reprendra un rythme de publication à peu près régulier ;-)
Signalez-nous vos meilleurs tweets @sbataillon sur Twitter

Twittology. L’hebdomadaire de la twittérature. #5 – 4/08/2011
Éditeur : Stéphane Bataillon www.stephanebataillon.com, @sbataillon
Organe de presse indépendant, membre de l’Institut de Twittérature comparée (Bordeaux – Québec)

 

Téléchargez le numéro en PDF

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Voici un ensemble de liens organisé en arborescence (pearltree) pour tous ceux qui voudraient commencer à explorer le monde du transmedia : ses théories, son fonctionnement, ses réalisations. Ce pearltree évoluera constamment au fur et à mesure de nos découvertes. N’hésitez pas à l’enrichir en y mettant vos propres liens.

Transmedia Revolution (en français) dans sbataillon (sbataillon)

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Nous poursuivons notre exploration des possibilités narratives du transmedia (pour ceux qui ont manqué le début, c’est ici) avec cette vidéo capturant une partie du séminaire « Transmedia, Hollywood 2: Visual Culture and Design » organisé le 8 avril dernier par l’UCLA et Henry Jenkins, l’un des théoriciens de ce nouveau pan de l’industrie numérique. Il s’agit ici de mieux comprendre comment inventer et imposer un personnage et un univers conçu pour s’enrichir à travers les différents médias où il apparaissent.

À noter également, le lancement sur Twitter d’une nouvelle liste, rassemblant les principaux acteurs du Transmedia en France (et un peu ailleurs) : @sbataillon/transmedia

 

Voici quelques réflexions sur la notion d’univers narratif transmedia. Plus qu’un nouveau vocable, il nous semble que ce processus relativement récent permet d’unifier, dans le cadre de la création de nouvelles œuvres (série, BD, héros, jeux…), de nombreux usages qui, superposés au cours du temps, sont venus se fracasser et se contredire sur le mur des nouvelles technologies et de la crise de la consommation. Remettre la qualité de l’univers narratif au centre de la promotion et de la technologie, en intégrant le « consommateur », ses habitudes diverses et son implication plus ou moins forte dans cet univers nous semble être un cadre à la fois réaliste et enthousiasmant pour imaginer les mondes de demain.

N’hésitez pas à commenter, réagir et proposer d’autres pistes et d’autres exemples pour creuser ensemble cette thématique.


L’auteur (scénariste, écrivain, compositeur, dessinateur…) qui voudrait, en ce début de XXIème siècle, développer et transmettre un univers narratif riche et -potentiellement- déclinable se retrouve dans une situation souvent inconfortable : quelque soit le moyen d’expression qu’il ait choisi, de la littérature à la bande dessinée, de la musique à la série télévisée, du cinéma au  jeu vidéo, il se trouve confronté à une double contrainte : la fragmentation de l’espace et du temps de mise en avant des créations.

Fragmentation du temps et de l’espace : une culture sans la culture ?

La norme du flux qui fonctionnait jusqu’alors, pour chaque création, sur des temps et des lieux de consommation qui se succédaient (livre puis livre de poche, cinéma puis DVD puis télé…) assurait une mise en avant régulière de l’œuvre et autant de chances de séduire de nouveaux publics. Elle se voit petit à petit remplacer par la norme de l’accès.

Plus que la vitesse (un autre temps), ou des supports nouveaux (d’autres lieux) c’est l’abolition du temps et des lieux que l’avènement de  cet âge de l’accès « à la demande » annonce. Nous sommes désormais, chacun, démiurges culturels. Ou du moins le croyons nous. Et la simple circulation des objets culturels remplace, souvent, l’objet culturel en tant que tel. Le fait que l’objet passe entre nos mains suffit presque à le légitimer et à jouer son rôle de médiateur social.

La multiplication des supports fragmente également le public potentiel de chaque création. Par ricochets, elle réduit également les moyens offerts, par son éditeur ou son producteur, pour son financement. Au-delà du seul aspect financier, cette réalité entraîne une évolution juridique très délicate, concrétisée par l’apparition de nouveaux contrats d’auteurs « multimédias », couvrant des marchés souvent émergents et peu rentables, et l’arrivée d’une notion de copyright qui ruinerait la belle exception culturelle de la propriété intellectuelle française (avec l’argument que les œuvres seraient, à l’heure de la globalisation, collective, et non issue d’un auteur principal). Vaste débat. Grand combat. Que les scénaristes de jeu vidéo ont perdu il y a 30 ans, faute d’avoir, dès le départ, su se rassembler pour mis en avant leur apport spécifique.

Une course dévitalisante

Cette fragmentation impose un rythme nouveau, paradoxalement conforté par le succès des festivals, concerts et grandes expositions. Désormais les seules occasions de partager ensemble la création et de se sentir, par cette culture commune, partie prenante de la collectivité. Le temps pour diffuser et faire connaître l’œuvre étant à la fois plus court et plus ciblé, une extrême surenchère, marketing et conceptuelle, devient la loi. Un ultra-marketing créatif, pour vendre à tout prix, et vite, sur tous les supports possibles, et surtout les nouveaux pour créer le buzz.

Car bien plus que le marketing, c’est aujourd’hui la technologie qui influe plus ou moins directement, sur la forme finale de la création. Pour les auteurs et éditeurs ayant su et pu développer des univers suffisamment identifiables (des licences et propriétés fortes dans le jargon), la seule chance est de décliner leur univers sur l’ensemble des supports pour tenter de regagner l’audience perdue par la fragmentation. Encore faut-il avoir eu beaucoup de temps pour laisser l’univers mûrir (cinq à dix ans, en moyenne), pouvoir s’entourer d’une équipe soucieuse de la qualité de cet univers et de sa cohérence sur toutes ces déclinaisons, et être capable de s’adapter rapidement aux évolutions technologiques.

Dans le meilleur des cas, ceux où tous les acteurs de la chaine de production ont une sensibilité et une vision commune de l’univers créatif à défendre, cela donne de grands succès critiques et populaires -Les productions issues des studios Pixar ou de l’univers d’Harry Potter en sont les exemples les plus durables. Dans la plupart, une dilution d’identité de la création, reprenant recettes narratives éculées et sans surprises dans le seul but d’assurer la présence de la licence.

Résultat : une crise structurelle des modèles d’affaires existants dans l’industrie culturelle. Une inadaptation illustrée lors du dernier E3, le salon du jeu vidéo, par la difficulté des studios japonais, ruinés par le manque persistants de nouveaux concepts et l’exploitation à outrance de licences vidées de leurs magie.

Tout cela, pour l’auteur, l’amène à repenser radicalement la manière de créer et transmettre son univers, de le proposer au public afin de remettre l’essence de sa création au cœur du système conçu pour la promouvoir. Pourquoi inclure ces réflexions économiques dans le cadre d’une création, si personnelle soit-elle ? Pour au moins deux réalités nouvelles :

1- Le périmètre de l’œuvre s’élargit. De plus en plus, les limites de l’expérience et du rapport entre une création et son public sont repoussées et commence dès le lieu de découverte ou d’acquisition de l’œuvre. Des commentaires sur les réseaux sociaux aux histoires amateurs inventées à partir d’un univers existant, les fanfictions, l’espace d’expérience avec l’œuvre s’élargit considérablement avec le numérique. À ne pas prendre place dans ce périmètre élargi, l’auteur court le risque, immense, de voir cette œuvre détournée, diluée, et, au final, totalement dévitalisée. La création, aussi, est devenue globale.

2-L’œuvre devient évolutive. Chaque prolongation de l’œuvre, de sa publicité à ses produits dérivés, de ses suites, de ses adaptations sur d’autres supports change sa perception, sa réception et donc sa réalité. Exemple basique : un livre sort. Il est adapté en film quelques années plus tard. Lors de la sortie du film, une nouvelle édition du livre sort avec une couverture reprenant les éléments de l’affiche du film. Puis, certains éditeurs, comme récemment Gallimard, proposeront le livre et le DVD du film dans un même coffret. Pour le lecteur-spectateur qui découvre le livre et le film en même temps, la perception de l’univers proposé sera nourrie par les deux médias et persistera grâce à eux deux, sans forcément conscience de leur chronologie ou de la primauté de l’original.

Tenir toutes ces contraintes et continuer à créer et à espérer diffuser cette création apparaît en effet au mieux porteur de conflits d’intérêts entre l’auteur et le producteur/éditeur. Au pire mission impossible. Rêver d’une déclinaison plurimedia d’une œuvre première entraîne, souvent, de lourdes désillusions : baisse du financement initial de la création au profit de la communication et de l’adaptation technologique, course à la production pour imposer une licence sans assurance de succès, fenêtre de tir de lancement réduite (pas de deuxième chance) et, dans le cas d’un développement obligatoirement rapide, difficultés de maintenir un haut niveau de qualité sans mise en place de compétences nombreuses (artistiques, juridiques, commerciales…).

La narration transmedia, un nouveau cadre créatif

Comment ne pas être découragé ? Comment celui ayant envie de raconter et de créer peut-il trouver un peu d’espoir sans être empêché et immédiatement bridé par cet ensemble de contraintes ? Peut-être en adoptant un autre regard sur ce système pour en tirer une cohérence. Un nouveau modèle de conception d’univers, envisageable à chaque stade de la création et rendu possible par la démocratisation à grande échelle de l’accès aux réseaux apparaît depuis quelques années : la narration transmedia.

Le cadre de la narration transmedia propose d’envisager non plus les lieux de diffusions et les formats comme des entités indépendantes aux intérêts contradictoires, mais de se servir de leurs spécificités pour enrichir et développer un univers narratif cohérent. En clair, faire jouer chaque support, autrefois positionné dans le système pyramidal du flux dans un réseau ouvert, simultanément, dans un but collaboratif et non répétitif.

L’auteur se positionne ici en modérateur de son propre univers. Non pour censurer mais pour sélectionner les propositions sur un critère d’enrichissement créatif en restant disponible à toute évolution fondamentale qui ne viendrait pas de lui (un nouveau personnage, un nouvel espace, une nouvelle trame). Ce qui pose, certes, d’autres questions sur la propriété intellectuelle des œuvres, mais qui permet à l’univers créatif de s’enrichir en conservant une vitalité et une cohérence aussi forte que les premiers éléments produits.

Il est ainsi possible d’inventer un univers riche, en commençant par son média de prédilection, tout en imaginant ce que chaque média autre pourrait effectivement permettre de développer dans ce cadre narratif. Et plus il est inventif, pensé et original, plus il est susceptible de créer la surprise pour ses fans… comme pour ses auteurs. Ce sont les règles de ce cadre que nous vous proposons maintenant de découvrir…

Stéphane Bataillon

Narration Transmédia : deux documents de référence

Afin de mieux cerner ce cadre créatif, deux documents de référence : un résumé de ce concept et de ses 10 points-clés par Henry Jenkins, auteur de Convergence Culture. When Old and New Media Collide, New York, NYU Press, 2006 et le mémoire de Mathias GIMENO  : Narration transmédia – acteurs et enjeux d’une forme de création émergente présenté à l’école des Gobelins en 2010.

DOCUMENT 1 : Les points-clés de la narration transmédia, par Henry Jenkins (traduction sur le site Étudier la Fanfiction)

 

J’ai écrit cet aide-mémoire sur la narration transmedia (Ndt : « transmedia storytelling ») pour le distribuer à mes étudiants. Plus récemment, je l’ai distribué lors d’un atelier que j’ai animé pour la Society for Cinema and Media Studies . J’ai pensé que ce pourrait vous être utile à vous aussi. Une bonne part découle de ce que j’ai exposé à ce sujet dans mon livre Convergence Culture, auquel j’ai ajouté les récents développement apportés au sujet.

Pour ceux qui veulent aller encore plus loin, vous pouvez écouter la version webcast de Transmedia Entertainment qui vient des conférences sur les loisirs du futur (Futures of Entertainment Conference).

 

1. Définition

La narration transmedia est un processus où l’ensemble des éléments d’une fiction sont volontairement fragmentés en canaux médiatiques multiples afin de créer une expérience de divertissement unifiée et coordonnée. Idéalement, chaque média délivre une contribution unique et utile au déploiement de l’histoire.

Ainsi, par exemple, dans la franchise de Matrix, les clés de compréhensions sont mises à disposition dans trois films, des courts-métrages animés, deux séries en bandes dessinées et plusieurs jeux vidéo. Il n’y a pas de source unique ou ur-texte vers quoi se tourner pour acquérir toute les information requises pour comprendre l’univers de Matrix.

 

2. L’aspect économique

La narration transmedia reflète l’économie de la fusion des médias, ce que les observateurs de l’industrie nomment la « synergie ». Les sociétés de média modernes sont organisées horizontalement – c’est à dire qu’elles tirent leurs bénéfices de toute une gamme de ce qui était autrefois des industries médiatiques distinctes. Les conglomérats de médias ont tendance à diversifier leur marque et étendre leurs franchises sur le plus de différentes plates-formes de médias possible.

Prenez par exemple les bandes dessinées mises sur le marché avant la sortie de films tels que Batman Begins ou Superman Returns par DC (possédé par Warner Brothers, le studio qui a produit les films). Ces BD ont fourni le back-story (Ndt : background story, contexte) qui a enrichi l’expérience des spectateurs du film, tout en préparant l’arrivée de la version filmée (ce qui a rendue floue la frontière entre marketing et divertissement).

La configuration actuelle de l’industrie du divertissement a transformé l’expansion du transmedia en impératif économique et les artistes de transmedia les plus doués intègrent aussi ces pressions du marché pour créer des histoires plus étendue et plus immergées qu’ils ne l’auraient fait dans un autre contexte.

 

3. Des univers complexes

Le plus souvent, la narration transmedia mettent en scène non pas sur un personnage particulier ou sur un scénario unique mais se basent un univers fictif plutôt complexe qui sert de support à des personnages ayant des relations inter-personnelles et des histoires multiples. Ce processus d’édification d’univers incite tant les lecteurs que les auteurs à avoir des impulsions encyclopédiques. Nous sommes programmés pour tenter de maîtriser les connaissances d’un univers que son expansion éloigne de notre entendement.

Espérer rassembler les éléments indispensable pour trouver du sens à une histoire particulière est un plaisir particulier qui s’ajoute à ce que propose l’espace fermé des récits construits de manière classique.

 

4. Les fonctions de la diversification des médias

La diversification peut remplir diverses fonctions différentes.

Par exemple, la BBC a utilisé une série radiophonique pour soutenir l’intérêt du public de Docteur Who durant la quasi-décennie au cours de laquelle aucun nouvel épisode de télévision n’a été produit. La diversification permet également d’aller plus loin dans la caractérisation des personnages comme ce fut le le cas avec les sites internet sur Dawson’s Creek et Veronica Mars qui ont publié la correspondance et les journaux intimes imaginaires des héros. Elle peut aussi enrichir l’univers imaginaire comme dans la version du Daily Planet mise en ligne chaque semaine par DC pendant la publication de sa série « 52″ pour « rendre compte » des événements se produisant dans l’univers de son super héros. Elle peut également servir de transition pour introduire les événements mis en scène dans une suite comme l’a fait la série animée The Clone War qui a été diffusée sur Cartoon Network pour combler la période de temps entre le Star Wars II et III.

La diversification peut en outre insuffler du réalisme à une fiction comme cela s’est produit quand de faux documents et une chronologie ont été mis en ligne sur le site internet lié à The Blair Witch Project ou, d’une manière différente, quand des documentaires et des CD-rom produits par James Cameron ont fait connaître le contexte historique du Titanic.

 

5. Augmentation potentiel du marché

Les pratiques de la narration transmedia peuvent augmenter les débouchés d’un produit sur le marché en créant différents points d’entrée pour de différents segments de public. Ainsi, par exemple, Marvel a produit des bandes dessinées sur Spider-man sous des formes qu’il estimait particulièrement adapté au lectorat féminin (une BD romantique, Mary Jane Loves Spiderman) ou aux plus jeunes (livre de coloriage ou de livre d’images d’histoires classiques de Comics). De même, la stratégie peut fonctionner pour inciter un public habitué à un média particulier à expérimenter des formes alternatives de médias comme dans le développement d’un jeu sur Desperate Housewives conçu pour attirer les spectatrices d’un certain âge vers le domaine des jeux en ligne.

 

6. Compréhension additionnelle

Idéalement, chaque épisode individuel doit être compréhensible en lui-même tout en apportant une contribution unique au système narratif dans son ensemble.

Le concepteur de jeux Neil Young a inventé le terme, comprehension additionnelle (Ndt : « additive comprehension »), pour exprimer la manière dont chaque nouveau textes ajoute une information nouvelle qui nous force à mettre à jour notre compréhension de la fiction dans son ensemble. Il prend comme exemple l’ajout de la scène de la licorne en origami dans la version director’s cut de Bladerunner, élément qui a soulevé la question de savoir si le protagoniste pourrait être un replicant (Ndt : robot androïde possédant des fonctions biologiques identiques à celles des humains ).

Les producteurs de transmedia ont constaté qu’il était difficile de réaliser l’équilibre parfait dans la conception d’une histoire ayant du sens dès la première fois qu’on la voit et l’élaboration d’un ensemble formé d’éléments apportant une forme de compréhension nouvelle au public au cours de sa découverte des médias multiples.

 

7 . Organisation des licenses

Parce que la narration transmedia implique un haut degré de coordination entre les divers médias utilisés, cela a jusqu’ici mieux fonctionné soit dans des projets indépendants où un même artiste crée l’histoire à travers tous les médias impliqués soit dans les projets où une forte collaboration (ou co-création) est encouragée entre les différents secteurs de la même entreprise. La plupart des franchises de médias cependant ne sont pas en co-création (qui implique de concevoir le partage des droits en termes de transmedia dès le début) mais plutôt en cession de licences (le média dans lequel l’histoire a été originellement créé reste le média auxquels sont subordonnés les autres).

 

8. Connaissance collective

La narration transmedia est la forme esthétique idéale d’une ère de connaissance collective (Ndt : « collective intelligence »). Pierre Levy a inventé ce terme pour rendre compte des nouvelles structures sociales qui permettent la production et la circulation des connaissances dans une société organisée en réseau. Les participants mettent en commun l’information et puisent dans l’expertise de chacun pour résoudre les problèmes de manière collective. Levy affirme que dans cette ère de connaisance collective, l’art fonctionne comme un aimant culturel, attirant des individus semblables pour former de nouvelles communautés de connaissance.

La narration transmedia fonctionnent également comme aimants textuels – plaçant dans un mouvement perpétuel la production, l’évaluation, la conservation des connaissances .

Par exemple, dans Lost, le feuilleton télé d’ABC, une carte a été flashée au beau milieu d’un épisode de la seconde saison. Des fans ont digitalisé un arrêt sur image et l’ont publié sur internet et ils ont extrapolé tous ensemble sur ce que cela pouvait signifier sur Hanso Corporation et ses activités sur l’île.

La narration transmedia démultiplie ce qui peut être connu d’un monde fictif particulier tout en dispersant cette information pour qu’aucun consommateur ne connaisse tout et soit obligé de communiquer sur la série avec d’autres (voyez, par exemple, les centaines de différentes espèces décrites dans Pokemon ou Yu-GI-o). Les consommateurs deviennent des chasseurs et des collecteurs explorant les divers récits, tentant d’assembler l’information dispersée pour créer une trame logique.

 

9. Le rôle des consommateurs

Un récit transmedia ne disperse pas simplement l’information : il assigne un ensemble de tâches et de buts que le public endosse en influant sur l’histoire par des actes de leur vie quotidienne. Nous pouvons voir cette dimension performative (NdT : Qui réalise une action par le fait même de son énonciation) dans la mise sur la marché de figurines qui encourageant les enfants à élaborer leurs propres histoires en utilisant ces personnages fictifs ou de déguisement et jeux de rôle qui nous invitent à nous immerger dans le monde de la fiction.

Dans le cas du Star Wars, les figurines Boba Fett ont entraîné l’engouement des consommateurs pour un personnages pourtant très secondaire dans la série, ce qui a amené à lui donner un rôle plus important dans les épisodes suivants.

 

10. Les aspirations encyclopédiques

Les aspirations encyclopédiques des narrations transmedia engendrent souvent ce qui pourrait être vu comme des lacunes ou des excès dans le déploiement de l’histoire. En effet, elles introduisent des trames potentielles qui ne peuvent pas être entièrement développées ou des détails supplémentaires donnent des indices qui n’auraient pas dû être révélés. Cela constitue pour les lecteurs une forte incitation à broder sur ces éléments d’histoire, et à les confronter à leurs spéculations jusqu’à ce qu’ils acquièrent une vie propre. La fanfiction peut être considérée comme expansion non autorisée de ces licences médiatiques vers de nouvelles directions reflétant le désir des lecteurs de combler les lacunes qu’ils ont découvertes dans le produit commercial.

 

DOCUMENT 2 :Mathias GIMENO, Narration transmédia – acteurs et enjeux d’une forme de création émergente (2010).

Le site de référence en français autour du Transmedia : http://www.transmedialab.org

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