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Rétrospective 2015 #2 : Février

Sandokai, mélodie des nous autres

Il souffle sur la scène
d’un souffle de personne

Lumière d’avant lumière
comme seule inspiration

Entrer à petits pas
découvrir chaque signe
sans être tout à fait sûr
d’être inscrit au programme

D’une partition limpide
les notes et les paroles
tentent alors ensembles
d’initier le chant

De nouveau le feu chauffe
le vent bouge
l’eau mouille
et la terre soutient

L’œil voit
l’oreille entend
le nez sent
et la langue goûte

Les racines puisent
le tronc diffuse
et l’enfant se retourne
levant les yeux au ciel.

Toutes les notes sont jouées
mais
peut-être pas

L’ombre est dans la lumière
et la lumière dans l’ombre
mais
peut-être pas

L’ombre contre la lumière
Les jambes l’une contre l’autre
peuvent être

Alors,
Tous montent sur la scène
et rejoignent l’endroit juste
pour amplifier le chant

Alors,
tous s’accordent
libres

Et plus question d’espace
et plus question de temps

Juste ce ballet intime
d’un geste et d’un repos.

Ce poème est une adaptation -très- libre du Sandokai, poème écrit au VIIIè siècle par la maître chinois Sekito Kisen. La version originale de ce texte essentiel du zen Sōtō est chanté quotidiennement dans les temples zen du monde entier. Écrit sur « Dream Brother » de Vincent Peiriani ( Album Living Being, ACT, 2015).


Au parc Montsouris

Depuis cinq ans, je travaille juste à côté du parc Montsouris. Je n’y suis jamais entré. Aujourd’hui, enfin, je retourne m’y balader. Car ce parc est mon parc, ce parc est notre parc.

Petit, mon père m’y emmenait chaque jour. Une exigence, un sacerdoce. Pas juste pour me faire prendre l’air. Pour connaitre l’adversaire qui deviendrait ami. Pour découvrir son clown au contact de l’eau, de l’herbe, du métal des clôtures. Jeu de mime proposé afin de prendre conscience que je n’étais pas seul. Et sa chaleur brisait toute la glace de l’hiver. Pour moi.

Je me rappelle aussi du kiosque à musique ou il n’y avait pas de musique. Mais un conteur. Un vieux conteur qui nous racontait des histoires et puis disparaissait. Un joueur de flûte d’Hamelin qui aurait laissé les enfants à leurs parents. En guise de gratitude. De n’avoir pas reproduit. D’avoir brisé le cercle de l’absence, de la crainte, de l’ennui. De ce froid.

Nous étions, mon père et moi, les princes d’un jardin

et nous jouions les rois.

Du malheur

Être malheureux, c’est avoir bifurqué juste avant le chemin qui attendait nos pas. Ce point d’enfance où nous avions pleuré de joie, oublié par souci de grandir plus vite, certain que cette puissance, naturellement là, resterait présente quoi que nous fassions. Une illusion semblable aux pires malédictions de nos contes du soir.

Publié dans Poèmes

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