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Rétrospective 2015 #5 : Juin / juillet

Il faut rester discret. Cela va de soi lorsque le corps répond. Que le force est entière et qu’elle nous autorise à nous mettre en retrait. Du monde, des gens, de leurs conversations qui saturent l’espace. De cette position, on peut saisir au vol les paroles utiles. Les surprendre avec nous. Les confronter au temps et voir si elles persistent. Si leurs rythmes, si les silences qu’elles induisent, tiennent.

 

Posture

S’asseoir. Juste s’asseoir. Juste.
Déjà, ce lâcher prise nous est insupportable.

 

Observatoire

Pour Dominique

Cette nuit
j’ai remarqué l’étoile

Tu la cachais
de ton sourire.

 

L’invention d’un poème (24)

À quoi bon le poème en temps de crise ? À souligner la permanence. Du chant de l’oiseau, du vent dans les arbres, de nos corps enlacés qui vibrent malgré la peur. De la vie, encore. Sans peur du ridicule, sans peur d’être balayé par le fracas des armes, des mots criés trop forts et des humiliations. Une parole à l’os. Tranchant toutes les chairs. Contre les beaux discours.
Pourquoi le poème ? Parce qu’il est la seule forme, fondamentale et brute, suffisamment solide pour ne pas être réduite par ceux qui nous assurent qu’il n’y a pas d’autre choix. Que l’on n’a plus le temps de penser, de sentir, de s’arrêter un peu. Qu’il faut un peu grandir, et donc se résigner. Et survivre malheureux sans ligne d’horizon.
Parce qu’il est cette arme folle, plus silencieuse qu’un drone, qui vient nous imploser. Et réveiller en nous le désir de toucher, de sourire sans en attendre plus.
Parce qu’il est en deçà des révolutions vaines. Qu’il peut nous faire. Aimer. D’un silence imprenable.
Les tyrans le savent bien. S’attaquer à ce chant qu’ils n’atteindront jamais est leur tout premier crime.

 

L’invention du poème (26)

Tracer une voie. Une voie que chacun pourrait entreprendre avec ses propres moyens. Esquisse d’un chemin. Libre. Mais d’abord pour nous. Pour ce nous juste à côté de nous que l’on tend à devenir. Trop peu d’espace pour parler d’idéal. Trop d’ombres qui persistent, nécessaires, aussi. Pour cette personne presque qui fait le premier pas.

 

Randonnée

Une même main pour tenir
le parfum des sous-bois
le cours du ruisseau
l’empreinte de cet oiseau que tu as remarqué

D’un précipité calme.

Publié le Poèmes