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Catégorie : Séries

Design du poème #47

Un poème, l’idée d’un poème, c’est souvent un seul mot. Un mot qu’on ne trouve pas tout de suite. Un mot autour duquel. Un mot autour duquel on tourne. Pour dissiper les brumes. Jusqu’à l’épuisement. Jusqu’à éliminer tous les mots autour, qui le cache. L’armée d’approximations, d’idées vaguement semblables, de synonymes, de faux désirs, de mauvaises certitudes. Se coltiner chaque contradiction qui se place en obstacle. Comprendre l’adversaire, ses besoins, ses ressources, ses faiblesses. Estimer les alliances conclues. S’estimer. Cibler juste. Le cerner. Le prendre au piège. Seul. Vidé. Le vider de se ses sens. Voir s’il résiste. Voir s’il laisse passer. Après des jours de siège, la fortification cède. Tout découle. Tout s’imbrique. Tout se résout. D’un simple mot. Qui trainait là. Lumineux.

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Design du poème #46

Rencontre avec le typographe Jean-Baptiste Levée. Pourquoi passe t’il parfois plus de trois mois à créer minutieusement un nouvel alphabet et ses styles, infime décalage dans ce monde saturé de signes que peu remarqueront ? Pourquoi y met-il toute son énergie ? « Pour investir (son) humanité ». La phrase résonne avec le lent travail de disposition du poème, de la gestion d’un silence entre chaque mot qui est plus qu’un espace. Symphonie d’une seule note jouée à la mesure.

Si tout répond à un réel, part d’un problème à résoudre, d’une envie à assouvir, d’un besoin à combler, c’est bien de l’intérieur que vient l’énergie, la chaleur, la singularité (tout cela rassemblé sous le vocable de sincérité) nécessaire à la création d’une forme nouvelle. Qui pourra la charger d’une émotion particulière, reconnaissable d’un tremblement pour que le monde vibre différent.

C’est peut-être ce mouvement, la permanence de cet échange entre le dedans et le dehors qui ne dépend ni complètement de nous ni complètement des autres, qui est la condition indispensable de la création.

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Design du poème #45

Que pouvons nous faire face à l’hubris et sa voie sans issue ? S’arrêter. Respirer un grand coup. Repartir. Dans l’autre direction. Pas celle qui aboutie dans un autre cul de sac, sur le repli, le rétrécissement de l’horizon. Mais celle qui permet de se mettre en condition de faire, avec nos mains. De creuser un puits. De fabriquer un pot. D’y planter une graine. D’arroser d’un peu d’eau. D’en écrire le poème. De contempler l’ensemble.

À cette position, non repérable par GPS, inutile d’émettre un signal trop clair. Les ombres et les perturbations sont admises, presque souhaitables. Juste tenter sa réponse à ce qui, dans le flux du réel, nous as ému. Cette seule information qui nous est nécessaire.

Concentré sur son geste, l’exécuter. Prendre plaisir.

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Arinuska

Poser le pied à terre

En avoir tant rêvé
que la crainte submerge

Si la glace refusait
la chaleur du corps ?

Si l’énergie fuitait
dès le premier mouvement ?

Si elle ne venait pas
à la rencontre promise ?

Alors,
surprendre la glace.

Arvo Pärt – Variations for the Healing of Arinuska

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