Critique de « La mauvaise troupe » par le club des lecteurs numériques

Mildrey du Club des lecteurs numériques livre sa critique de mon premier recueil de micronouvelles exclusivement publié en numérique « La mauvaise troupe ».

La mauvaise troupe de Stéphane Bataillon Lu par Mildrey

Comme la couverture le mentionne, ce petit livre  numérique de 70 pages regroupe 65 contes brefs.

Ces mini-contes m’ont parfois fait penser aux haïkus japonais. On retrouve le même format court, avec pas mal de non-dits qui font tout le charme de ce genre de texte. D’autres fois, j’ai eu l’impression d’entendre Raymond Devos jouer avec les mots à nouveau. Il y a pas mal de pirouettes langagières, d’humour cocasse dans cet ebook.

On sent que l’auteur maîtrise les mots et s’en amuse.  J’ai pris plaisir à lire et relire certains contes essayant de trouver le sens caché derrière chacun d’eux. Même si j’ai apprécié la brièveté de ces contes, je regrette de ne pas pouvoir juger le potentiel de l’auteur sur un plus long texte.

Pour conclure, je dirais que La mauvaise troupe est un bon recueil de contes. Ceux-ci nous amusent, nous intriguent ou nous attristent. Dommage qu’ils ne sont pas plus nombreux ! On déplorera aussi que le livre ne soit disponible que sur Kindle et empêche donc les possesseurs d’autres liseuses de pouvoir se le procurer.

L’auteur a également écrit Où nos ombres s’épousent, un recueil de poésie publié aux éditions Bruno Doucey.

Ma note : 7,5/10

Lune

Une étendue de terre
différente d’autrefois

Sans histoire de conquête

Sans besoin d’étendue

Apprécier chaque pas
ensemble qui la dévoile.

B.o.p (Bande Originale du poème) :
John Surman / Jack DeJohnette
Nestor’s saga (The tale of the ancient)
from The Amazing adventure of Simon Simon

Le prosecteur : le générateur de poèmes interactif

Entrez entrez mesdames et messieurs !

Voici le Prosecteur, un générateur de poèmes interactif crée avec mes amis Ghislaine et Thomas Durcudoy de l’excellent STUDIO TOGI. Publié à l’occasion du Printemps des poètes 2010, le voici enfin disponible sur le site pour des expérimentation sans limites. En espérant que vous prendrez autant de plaisir que nous à voir s’animer ces poèmes improbables.

Cliquez ici ou sur l’image pour lancer le prosecteur

 

Bayam : la nouvelle offre numérique du groupe Bayard pour les enfants de 3 à 13 ans

Bonjour à tous,

Je suis très heureux, avec toute mon équipe, de vous annoncer le lancement de BayaM, la nouvelle offre internet d’éveil, de jeux et de découvertes pour les enfants de 3 à 13 ans. Édité par le groupe Bayard (Bayard et Milan). Bayam, c’est deux applications pour enfants, téléchargeables gratuitement dans leur version de base, qui proposent un « web qui fait grandir » :

– Pour les 3-7 ans : Un univers sécurisé dans le cadre enchanteur d’une forêt magique qui donne accès à des activités (coloriages, dessin, cartes animées originales) des dessins animés (SamSam, Petit Ours Brun, Babar…) des documentaires intéractifs et des belles histoires à écouter.

– Pour les 7-13 ans : un véritable navigateur internet sécurisé avec une sélection de sites choisis par la rédaction, et un ensemble de contenus inédits (jeux vidéos, dessins animés, trucastuces, défis littéraires, explication de l’actualité, quizz, documentaires interactifs, découverte de l’anglais…) à débloquer pour devenir champion du surf avec des badges à collectionner.

Disponible à partir du 18 janvier sur www.bayam.fr, j’espère que cette proposition permettra à vos enfants de découvrir les joies d’un numérique respectueux de leur rythme, distrayant et… poétique.

Les étincelles de Philippe Jaccottet

( Article paru dans le cahier Livres & idées de La Croix du 5 janvier 2012 )

Avant son entrée dans la pléiade, le poète majeur d’origine suisse présente les textes qu’il juge les plus représentatifs de son parcours.

Philippe Jaccottet, l’auteur d’ «À la lumière d’hiver » est cette année au programme du baccalauréat, chose rare pour un poète contemporain. Il nous offre aujourd’hui son anthologie personnelle, prélude à un volume de la Bibliothèque de la pléiade en préparation. Il revisite 62 ans d’une poésie aussi discrète que lue et étudiée dans le monde entier. Une poésie qui n’a cessé de suivre le cœur battant du monde au rythme des saisons. Mêlant poèmes, proses et notes de journal, longues suites et formes brèves, ce large choix présente dans sa globalité, et pour la première fois, son parcours de vie et d’écriture. Moins bilan qu’ouverture, la remarquable cohérence de cette œuvre est due au choix initial de toujours se laisser inspirer par l’observation des alentours. De les saisir au plus juste, sans action et sans discours qui viendraient mettre un voile entre le sensible et sa retranscription. En cela, il est plus proche de Bashô, le maître japonais du haïku attentif à chaque frémissement de la nature, que des révolutionnaires tentés de « porter la bure du poète » et clamant leurs vérités avec trop de superbe.

Des poèmes de « L’effraie » publié en 1946 aux proses de « Ce peu de bruit » datant de 2008, c’est la chronique d’un rendez-vous passé avec la lumière qui nous est raconté. Une épiphanie, hors du champ religieux, qui accepte la présence de la mort et de la finitude, alliées objectives pour cerner encore plus nettement les étincelles de joie. « Une joie dont on serait tenté de croire qu’elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. » Une poussière qui brille d’une lumière singulière : celle de l’hiver, celle de la pleine lune. Moins éblouissante que celle des étés car devant laisser place aux doutes des silences. De la place du poème dans la vie à l’authenticité de nos perceptions, ces doutes transcendent toute l’œuvre de Jaccottet. Comme pour mieux indiquer les berges de la rivière, éviter l’enlisement par des mots superflus. « On voudrait croire que nous sommes tourmentés pour mieux montrer le ciel. Mais le tourment l’emporte sur ces envolées, et la pitié noie tout, brillant d’autant de larmes que la nuit. »

Ces doutes, nombreux, ne prennent pourtant jamais l’avantage. Ils sont comme à court terme. Et ce qui frappe ici est moins l’incertitude que l’usage des mots comme ombre à cette lumière. Moins pour la définir que pour tenter de la rejoindre et de l’apprivoiser, patiemment, dans chaque geste du quotidien. Pour apporter ces mots en partage et faire communion jusqu’à un autre silence. Celui du Mont Ventoux et des paysages de Grignan, lieu de résidence adoré du poète. Celui des arbres, des fleurs et du vent. Jusqu’à un effacement qui serait une victoire. « Si c’était la lumière qui tenait la plume, l’air même qui respirait dans les mots, cela vaudrait mieux. » Un rêve, une proposition qui semble presque tenir. Et si toutes ces pages, notamment dans la prose, ne sont pas indispensables, elles participent toutes à l’équilibre d’une tentative. Une absence de prétention qui ne va pas chercher sa source jusqu’en Extrême-Orient mais dans les plus proches lieux. Aux détours de ces chemins que nous sommes libres d’arpenter. À nos lueurs présentes qui s’intensifieront.

Stéphane Bataillon

L’encre serait de l’ombre, Notes, proses et poèmes choisis par l’auteur 1946-2008, de Philippe Jaccottet, Poésie/Gallimard, 560p., 10 euros

De 2011 à 2012 : une rétrospective poétique

Chers amis, chers lectrices et lecteurs,

En ce premier jour de 2012, une petite rétrospective poétique des douze mois écoulés. L’occasion de vous souhaiter à tous une très bonne année, pleine de découvertes et de ces petits bonheurs qui enchantent la vie.

Stéphane Bataillon

海龜 (janvier)

On aperçoit des mots
descendre par la plage

Nous n’avons plus besoin
des carapaces gravées

Et les tortues sourient.

 

L’accord (février)

Tu rêves d’une musique

Et le noir de la terre
se confond à la nuit
pour mieux masquer tes larmes.

 

Suffisance (mars)

Tu veux creuser le mot
jusqu’à l’acharnement

Refusant de suspendre
au mystère des effluves

Comme le vieux parfumeur
qui ne croit plus en lui.

 

Début (avril)

C’est le dernier poème
d’une première vie

Tout, déjà, nous bascule
derrière cette réponse

Comme la confirmation
d’une chance et d’un sourire

Le monde s’est ébranlé
pour faire place au soleil

L’espérance se rapproche.

 

Chercheur (mai)

Préparer lentement
la carte d’aventure

Continuer à créer
des mondes irresponsables.

 

Écorces lentes (juin)

Le cri des arbres tonnent
dans les cales insalubres

Remonter sur le pont
affronter la tempête
et les mener au port

L’inscription d’un seul signe
les feront respirer

Être utile
de nouveau.

 

Architectes (juillet)

Il n’y a plus d’urgence
à occuper l’espace

Juste prendre soin du temps.

 

Pour que circule le monde (août)

Tu ne liras jamais les centaines de livres collectionnés pour toi. Pour cette image de moi, projetée juste au loin, dans l’œil d’un rêve d’enfant au regard identique.

Tu ne liras jamais les mille aventures découvertes aux détours et ces milliers de pages scrutées par la vigie. Je me suis séparé de ces traces évidentes.  J’ai effacé la carte du monde de mes joies pour te laisser l’usage des frissons du chemin.

Je t’offre cet espace que tu sauras remplir, de tes rêves, de tes craintes, et de tes obsessions.  Et je me retrouve libre. Et nous venons tout juste de te sentir bouger.

 

La confiance (septembre)

C’est ce chant inlassable
qui confondait les heures

Les obscurités chaudes
de nos racines d’enfant.

 

Promesse (octobre)

Je ne te ferai pas
porter le poids du monde

Enfin, j’essayerai.

Ton sourire m’aidera.

 

Condition (novembre)

Ne jamais apparaître
complètement heureux

Ne pas froisser les dieux
une seconde fois

Mais en sourire quand même.

 

Thomas (décembre)

Et toi qui apparais

Qui embrases le monde
d’un seul doigt-allumette.