Du meilleur

Il faudrait
raconter une histoire

Ensuite la dépouiller

Pour ne garder

Que toi.

Recette

Supprimer des instants
pour développer l’épice

Aplanir chaque dune

Joindre les plages du temps.

Le mur du temps

Une nouvelle norme de réseau téléphonique est sur le point de révolutionner -encore- notre quotidien : après la 2G et la 3G, la 4 G arrive. Pour fêter l’avènement de cette nouvelle puissance, une campagne massive fait la promotion des premiers smartphones compatibles. Deux slogans pour nous convaincre : « 5 secondes en 4G, c’est 1 000 réponses à une question avant que l’on vous la pose » et « Avec les smartphones XXX 4G, vous allez aimer la vitesse ! ».
De récentes études sociologiques indique que le marqueur social dominant chez les jeunes adultes n’est plus la voiture mais le téléphone portable. Fait ici confirmé, rajoutant à la mobilité et à cette vitesse commune aux deux totems le don d’ubiquité. Dans une course folle qui n’a même plus pour but de nous transporter d’un point à un autre, ni celui de partir d’une question pour aboutir à une réponse. Non, on passe directement aux réponses, et à mille ! Le Saint Graal dans sa poche, sans même besoin d’échange, sans l’enfer des autres. Pas comme du temps d’hier, où ils nous ennuyaient à poser leurs questions. Le moyen de communication n’a plus besoin de communication et l’homme plus de limites, plus d’espace interdit. De place ? Un coup de fil sans fil abîme quelque chose de notre humanité.
Refermant le journal, nous n’avons qu’une envie. Celle de ne pas tarder à éteindre tout ça. Retrouver du silence, la lenteur, et le blanc. Réduisant les paroles, atténuant les bruits, les flocons de ces jours nous ont fait l’amitié de nous venir en aide.

Conjoncture

Créer de l’espace vide

Que la neige recouvre
tout doucement le monde

Que tu entendes autour
comme les bruits ont changé

Que tu puisses estimer
la force des flocons
une fois réconciliés.

Credo (12) : Dieu est boson

Dans un essai stimulant, Anarchie et christianisme, le théologien et sociologue protestant Jacques Ellul rappelle que la seule déclaration positive de Dieu dans toute la Bible est « Dieu est amour ». Un amour si absolu qu’il serait la source d’une liberté totale pour l’homme (et non celle d’un pouvoir, et encore moins de contraintes ou de violences, subversions du christianisme comme des autres religions selon lui.)

Une relation d’amour proche d’un idéal, celui des jeunes parents que nous sommes désormais : Tant aimer son enfant, qu’au delà des querelles, de tous les désaccords, rester à le veiller. Ne pas intervenir malgré nos inquiétudes lors de ses expériences, qu’il ressente la joie de découvrir ce monde et sa belle solitude. Avoir pleinement confiance dans chacun de ses pas et qu’il puisse s’envoler, quand bon lui semblera.

Admettons que cette figure de Dieu trahisse l’existence, en une seule parole, d’une telle relation. Elle serait donc force agissante, liant et maintenant ensemble chaque particule vibrante. Du plus profond de nous et jusqu’à l’infini. Dans chaque espace vide. Entre chaque grain d’air. Dans chaque grain de temps. Ces grains d’éternité, expériences fondatrices vécues lors de nos vies, selon les mots de Paul Ricoeur.

Intensément présent, qui éternellement « serai qui je serai » (Ex. 3,14) sans nous être visible. Travaillant sans relâche, sans autre rétribution pour le mouvement du monde. Nous laissant responsable de chanter l’harmonie par sa seule existence…

Oui, plus qu’une vibration, notre Dieu est boson.

Attente

Besoin d’un autre mot
que tu pourrais m’offrir

Comme cette île aperçue
à la grâce du vent.

La soif du sable (2) : Édition spéciale

Je relis mes fanzines. Une jeunesse passée à inventer mon monde. À écrire, dessiner, mettre en page. Mais encore photocopier et aller vendre. Aux parents, puis aux amis, puis au public. J’avais presque oublié. Ils sont pourtant là, rangés dans des classeurs. Près de 100 « parutions » de La petite gazette du jour à Opinions Publiques en passant par Baraka, Zazimut, La maison citrouille, le Homard, Gustave, Le trait, Planète économie ! Et mon « moi de 16 ans » qui demande au « moi de 17 ans » de ne pas le juger trop sévèrement. Le temps, en ce temps là…

Pourquoi si peu de monde*, dans ces débats sans fin sur la crise de la presse, parle de ce plaisir, charnel, d’inventer une page pour ensuite l’offrir. Un rendez-vous intime avec des voix inscrites. Plus éphémères qu’un livre. Oui. Ou peut être pas.

Mais là, une clameur, quelque chose qui approche. Une sorte de réveil pour dire que c’est assez. Qu’il faut nous faire entendre. Nous, amants de papier.

 

Déjà, la vie réduite.

Et déjà l’apaisement
d’avoir du temps pour faire
les gestes qui rendent heureux.

Une sorte de journal.

 

* Si, Butel, Meltz, Beccaria, mais peu, quand même, de monde.

La soif du sable (1)

S’engager, après quelques prémices, sur la voie d’un journal en prose poétique. Sans tenter de singer Bashô, Claude Vigée ou Yvon Le Men. Sans même vraiment partir pour un nouveau voyage. Sauf à considérer cet élan qui nous porte. D’autres formulations annonçant les terres vierges. Celles que l’on imagine avant la mappemonde. La voix d’Ivan Illich, celle de Jacques Ellul, celle de Paul Ricœur. Elles disent toutes quelque chose du besoin de réduire. D’analyser les forces qui aliènent les mots. Tenter le sortilège, qu’il arrête les ondes impulsées pour nous perdre.

Peut-être,
n’être pas fait
pour cette part de monde
malgré les apparences

Peut-être
vouloir tout réduire
en guise de résistance

Peut-être
qu’avec d’autres
nous pourrons ralentir
la perspective du temps

Et se remettre à prendre.

Défragmentation

Lorsque votre ordinateur ralenti, défragmentez son disque dur. L’opération consiste à rassembler les bouts épars d’un même fichier informatique, afin que sa lecture redevienne fluide. Elle permet également d’éviter la saturation et de regagner de l’espace libre (30% dans l’idéal). Ainsi, le disque dur peut se remettre à fonctionner. À échanger, à respirer, à désirer.

D’urgence, défragmenter nos vies.

Résolutions

Le temps d’envisager le temps. De formuler ensemble les désirs reportés pour qu’ils se réalisent. Tout en sachant très bien qu’il y a peu de chance. Mais cette année, les actes ont précédé. Dans une sorte d’urgence. Plus de télévision. Wifi désactivé. Et même le téléphone a retrouvé son fil. Tout est plus calme. L’espace qui nous manquait semble s’être déployé pour accueillir les jours. L’année peut commencer.