Imparable

Afin de me convaincre d’adhérer à ton projet, déjà réalisé, de mettre tes nouvelles bottes jaunes malgré l’absence de pluie, tu me dis : « Toi tu choisis ta vie, le vent choisit son temps ».
Je te regarde et réfléchis sur cette phrase légère et profonde, dont la force balaye tous mes autres arguments. Cette force de parole dont nous avons tant, tous, besoin en ces jours.

 

Soyons précis #1 : Les os

1 os frontal, 1 os pariétal, 1 os occipital, 1 sphénoïde, 1 éthmoïde, 1 malleus (marteau), 1 incus (enclume), 1 stapes (étrier), 1 vomer, 1 maxillaire, 1 os lacrymal, 1 os palatin, 1 cornet nasal inférieur, 1 os nasal, 1 os zygomatique (ha!), 1 mandibule, 7 vertèbres cervicales , 1 os hyoïde, impair (os du larynx), 12 vertèbres thoraciques, 12 paires de côtes, (7 vraies, 3 fausses et 2 flottantes), 1 Sternum, 1 Abdomen, 5 vertèbres lombaires, 5 vertèbres sacrées fusionnées, formant le sacrum, 5 vertèbres coccygiennes vestigiales, formant le coccyx, 1 scapula, 1 clavicule, 1 humérus, 1 radius, 1 ulna (cubitus), 1 os scaphoïde, 1 lunatum, 1 triquetrum, 1 pisiforme, 1 trapèze, 1 trapézoïde, 1 capitatum, 1 hamatum, 5 os métacarpiens, 14 phalanges (doigts), 3 os sésamoïdes, 1 os coxal (os iliaque, ischium, pubis), 1 fémur, 1 os sésamoïde : la patella (rotule), tibia, fibula, 7 os du tarse (talon) : 1 calcanéus, 1 talus, 1 cuboïde, 1 naviculaire, 3 os cunéiformes (latéral, intermédiaire et médial), 5 os métatarsiens, 14 phalanges et 2 os sésamoïdes. Chaque squelette humain d’âge adulte comporte 206 os.

 

Les trajectoires

On n’avait jamais cru
que ça nous arriverait
On n’avait jamais vu
des victimes d’aussi près

On espérait toujours
les paroles révolues
On se disait l’amour
est un peu notre dû.

On repasse le film
inscrit dans notre chair
On explique les crimes
pour en faire notre affaire

Et suspendre l’envol
d’un futur rêvé
Et craindre que le sol
se fissure à nos pieds

Alors, alors ensemble
Alors, alors on tremble
Alors, alors ce soir
Alors, alors l’espoir

On a eu de la haine
à la force des peurs
Du sang sur les persiennes
épongé par les pleurs

On veut prendre les armes
dans cette trop grande chaleur
Sur un charnier de larmes
nous soignons la douleur

Alors, alors ensemble
Alors, alors on tremble
Alors, alors ce soir
Alors, alors l’espoir

Et je t’ai regardé
toi l’enfant de Syrie
D’un pays oublié
à qui je dois la vie

Et soudain j’ai pensé
à tes rêves endormis
Aux amours effleurés
qu’on ne t’a pas permis

Alors, alors ensemble
Alors, alors on tremble
Alors, alors ce soir
Alors, alors l’espoir

Alors, alors ensemble
Alors, alors on tremble
Alors dans ce noir
Une lueur et l’espoir.

À mes arrières grands-parents syriens.

Alors…

Je n’ai rien écrit depuis le 13 novembre. Je n’ai pas écrit de phrase. Pas écrit de poème. Pas fait ce que j’avais toujours pensé faire lorsque le mot de Pierre Seghers, en exergue de son anthologie La résistance et ses poètes deviendrait réalité : « Jeunes gens qui me lirez peut-être, tout peut recommencer. Les bûchers ne sont jamais éteints et le feu, pour vous, peut reprendre. […] N’acceptez jamais de devenir les égarés d’une génération perdue. »

J’ai eu autre chose. Autre chose à faire. L’embrasser. Voir des amis. Être avec eux. Parler à notre fils sans cacher notre peur mais sans la lui transmettre, ou au moins essayer. Sortir. Respirer. Se redire la chance d’être libre et en vie. Ressentir de la haine, mais écouter les autres. Transformer tout cela en quelque chose d’autre. En désir de vie face aux pulsions de mort. Me dire que nous sommes forts, de nos sourires, de notre chaleur, de notre humanité.

Sans savoir ce qui arrivera, d’un vrai combat, se promettre d’être.