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Mois : décembre 2015

Rétrospective 2015 #3 : Mars

Bain

La chaleur de l’enfance
enivre mes narines

Parfum d’amande douce.

 

Spring

Le bourgeon a éclos
d’une branche laissée pour morte

Et le vent tourbillonne.

 

Compte

T’égrener les secondes
afin que tu saisisses
l’espace d’une minute

Se surprendre
à trouver le temps long.

 

Kokedama

Abandonner la taille

Ôter les résidus
des civilisations

Laisser la mousse
s’épanouir.

Primevère

Je peux tout
sans désir

Mais la pluie, ce matin
a abattu la fleur
que tu avais plantée.

 

Prépare-toi à la pluie

Pour Murielle, Gérard, et les âmes alentours.

Prépare-toi à la pluie
avant de recevoir
les rires et les silences
qui fondent l’amitié

Prépare-toi à la pluie
avant que l’eau frémisse
délivrant l’amertume
de la feuille de thé

Prépare-toi à la pluie
et ne tremble jamais
lorsque le bol se trouble
d’une pointe de sel

Prépare-toi à la pluie
et ne regrette pas.

 

Fais un délicieux bol de thé ;
dispose le charbon de bois de façon à chauffer l’eau ;
arrange les fleurs comme elles sont dans les champs ;
en été, évoque la fraîcheur, en hiver, la chaleur ;
devance en chaque chose le temps ;
prépare-toi à la pluie ;
aie pour tes invités tous les égards possibles.

Les sept règles de Rikyū de la Voie du thé (Chadō)

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Rétrospective 2015 #2 : Février

Sandokai, mélodie des nous autres

Il souffle sur la scène
d’un souffle de personne

Lumière d’avant lumière
comme seule inspiration

Entrer à petits pas
découvrir chaque signe
sans être tout à fait sûr
d’être inscrit au programme

D’une partition limpide
les notes et les paroles
tentent alors ensembles
d’initier le chant

De nouveau le feu chauffe
le vent bouge
l’eau mouille
et la terre soutient

L’œil voit
l’oreille entend
le nez sent
et la langue goûte

Les racines puisent
le tronc diffuse
et l’enfant se retourne
levant les yeux au ciel.

Toutes les notes sont jouées
mais
peut-être pas

L’ombre est dans la lumière
et la lumière dans l’ombre
mais
peut-être pas

L’ombre contre la lumière
Les jambes l’une contre l’autre
peuvent être

Alors,
Tous montent sur la scène
et rejoignent l’endroit juste
pour amplifier le chant

Alors,
tous s’accordent
libres

Et plus question d’espace
et plus question de temps

Juste ce ballet intime
d’un geste et d’un repos.

Ce poème est une adaptation -très- libre du Sandokai, poème écrit au VIIIè siècle par la maître chinois Sekito Kisen. La version originale de ce texte essentiel du zen Sōtō est chanté quotidiennement dans les temples zen du monde entier. Écrit sur « Dream Brother » de Vincent Peiriani ( Album Living Being, ACT, 2015).


Au parc Montsouris

Depuis cinq ans, je travaille juste à côté du parc Montsouris. Je n’y suis jamais entré. Aujourd’hui, enfin, je retourne m’y balader. Car ce parc est mon parc, ce parc est notre parc.

Petit, mon père m’y emmenait chaque jour. Une exigence, un sacerdoce. Pas juste pour me faire prendre l’air. Pour connaitre l’adversaire qui deviendrait ami. Pour découvrir son clown au contact de l’eau, de l’herbe, du métal des clôtures. Jeu de mime proposé afin de prendre conscience que je n’étais pas seul. Et sa chaleur brisait toute la glace de l’hiver. Pour moi.

Je me rappelle aussi du kiosque à musique ou il n’y avait pas de musique. Mais un conteur. Un vieux conteur qui nous racontait des histoires et puis disparaissait. Un joueur de flûte d’Hamelin qui aurait laissé les enfants à leurs parents. En guise de gratitude. De n’avoir pas reproduit. D’avoir brisé le cercle de l’absence, de la crainte, de l’ennui. De ce froid.

Nous étions, mon père et moi, les princes d’un jardin

et nous jouions les rois.

Du malheur

Être malheureux, c’est avoir bifurqué juste avant le chemin qui attendait nos pas. Ce point d’enfance où nous avions pleuré de joie, oublié par souci de grandir plus vite, certain que cette puissance, naturellement là, resterait présente quoi que nous fassions. Une illusion semblable aux pires malédictions de nos contes du soir.

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Rétrospective 2015 #1 : Janvier

Bonjour à toutes et tous,

Comme chaque année depuis 6 ans, une petite rétrospective des quelques poèmes de ces douze derniers mois. L’occasion de vous souhaiter de très belles fêtes et une très bonne année 2016.

À très bientôt,

Stéphane

PowerMix (saint Augustin feat. Marcel Mauss)

Aime

donne
reçoit
rends

Et fais ce que tu veux.

Mine

Creuser encore le roc

Recueillir l’énergie
patiemment receler

Promettre de la lui rendre.

 

L’invention du poème (20)

Le goût des mots dans la bouche, les retenir en soi. Les faire tourner comme une boule d’air. Le goût du sang, de la lumière, de la neige. De l’angoisse de ce manque qui obsède la vie. Qui n’est pas là. Qui sera. Peut-être. Mais peut-être pas, mais surement jamais. Cerner ce vide à transformer. Pas de monstres, pas de visage. Vu dans un rêve l’autre jour, masqué. Remplacer ce vide ? Accumuler encore ? Non, disparaître un peu, en retrait, pour trouver le mouvement de son monde, un balancement. S’assoir. Confus et heureux.

« Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir heureux ou courageux. » Rainer Maria Rilke

 

Enfantillage

Écrire un poème avec son enfant.

« Un hippopotame
qui mord les enfants

Une girafe
qui mord pas

parce que les girafes
ça ne mord pas
et surtout pas les enfants

Un crocodile
qui mange tous les doigts des enfants
et la tête
et le nez
et tous les adultes

Peut-être il va nous manger

Un flamand rose
tout rose
ça mord pas

Un oiseau rouge
mord papa, maman et moi

Ouille ouille ouille !  »

Des fois, les enfants, c’est violent.

 

Posture

L’arbre ne parle jamais
du vent et des racines
et de sa position

L’arbre ne risque jamais
de rompre son bonheur.

 

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D’une étoile

Pierre, feuille, ciseau
et l’enfant qui tressaille

Celui devant nous
Celui en nous
qui se réveille

Dans la nuit, les cris
et la poudre de perlimpinpin
pour que le petit oiseau va sortir

Oui, c’est sûr, il va sortir
le petit oiseau d’abord
il chantera la poésie
il réchauffera les cœurs

Défibrillation
on le perd
on le perd

Il s’envole l’oiseau
et il emmène la pierre, la feuille et le ciseau
là-haut
tout là-haut

Pour briller son poème
que personne n’atteindra.

(Poème initialement publié sur le site d’ Angèle Casanova à l’occasion des Vases Communicants de décembre 2015.)

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Umami, un poème publié dans Panorama

Parution, dans le numéro de janvier 2016 du mensuel Panorama (Bayard Presse) d’un poème inédit : Umami.
Panorama-janvier

Le murmure des langues
remontant de la rue
me chuchote mille vies

L’assiette en porcelaine
frissonne sous mes doigts

Je sens l’odeur du sel
délivrée par la coupe

Mais tu portes à ma bouche
les saveurs préparées
dans le creux de tes mains

Pas besoin d’autres mots

Ils logent tous ensemble
dans ce morceau de monde

Célèbrent l’imminence
de notre simple partage

Alors j’ouvre les yeux
et revois cet enfant
attablé au bonheur.

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