Elle #37 : Johanna

Comme si. Comme si le corps, soudain, s’acharnait de sueur. Au point de persister au lieu du mouvement. Comme si, comme si le corps voulait mettre un terme à la danse. Pousser son dernier cri pour que tu l’aimes enfin. De toutes ses peaux, de tous ses pores, jusqu’à troubler l’image. Ta vibration fixée.

Elles37

 

Illustration : Robin

Sortie du documentaire « Les poètes sont encore vivants » en DVD

Le documentaire « Les poètes sont encore vivants » de Xavier Gayan vient de sortir en DVD chez a.p.r.e.s productions (par ailleurs producteur d’un passionnant coffret-DVD autour de l’oeuvre de Bernard Heidseick). Découvrez-vite ce film rare, faisant entendre quelques voix de poésie contemporaine bien vivantes.

Les Poètes sont encore vivants
Un film de Xavier Gayan
(2016 / 70 min.)

Un film sur les poètes ? Et vivants encore ? C’est le pari du réalisateur Xavier Gayan qui a mené pendant plusieurs mois une série d’entretiens avec des poètes contemporains pour comprendre, par leurs paroles, par leurs gestes, par leurs regards, ce qui incite à faire de la poésie dans un monde où cette pratique paraît plus incongrue que jamais.
Qu’est-ce que la poésie ? Quel est le rôle politique du poète ? Comment le fait d’être bilingue ou trilingue influe-t-il sur leur écriture ? Entretiens et poèmes se succèdent tout au long du film « Les poètes sont encore vivants ».
À l’origine du projet, Xavier Gayan avait le désir de faire sentir ce qu’est la poésie aujourd’hui, ce qu’elle a d’unique par rapport aux autres arts. Paroles, poésies, paysages… nous voyageons à travers les mots, les langues et le territoire. Nous entendons combien la langue nous façonne et à quel point les poètes permettent de l’éclairer, de la bouger, de la transformer et de nous libérer de son emprisonnement.

« La poésie c’est le maximum dans le minimum. » Yvon Le Men

Avec Benny Aguey-Zinsou, Maram Al Masri, Edith Azam, Stéphane Bataillon, Paul de Brancion, Emmanuel Comtet, Jacques Darras, Marc Delouze, Souleymane Diamanka, Mireille Fargier Caruso, Yvon Le Men, Charles Pennequin, Jean Portante, Lysiane Rakotoson.

© 2016 Xavier Gayan / a.p.r.e.s production

> 1 DIGIPACK DVD : Versions françaises / DVD5 PAL / Multizone / 16/9
> Parution : Juin 2016

Prix public TTC : 20,00 €        > Commander
Scolaires et institutionnels :  > Contacter

L’intensité

L’instant. L’instant d’avant. Celui d’après. Nous, s’évaporant entre les deux. De rage, de rire, de passion, de colère, d’humiliation, de joie, de joies simples, de joies interdites, de poèmes échangés, d’apaisantes étincelles, de peurs, de manques, de notre peur, de notre manque, de désirs, de poèmes conservés par celui qui devait. Nous les donner. Préparer l’érosion. Entrer dans le mouvement.

L’effondrement #11

Pour les gens éveillés, il n’existe qu’un monde, qui est commun, alors que dans le sommeil chacun se détourne vers un monde qui lui est propre. C’est agréable mais… non. Pas le temps. Se bouger bordel ! Je vais le rater. Putain, mais quel con ! Bon, en courant, je peux encore y arriver. Juste reprendre les affaires étalées sur la route. Juste tendre. Le bras. De mon corps. Pourquoi tous ces gens autour de moi ? Ça va, c’est rien, elle a percuté ma vie avec bien plus que ça durant ces dernières nuits. Qu’est-ce que vous faites, là, puisque que je vous dis que ça va ! Pas besoin. Pas besoin d’être comme ça, là, autour de… Mais qu’est ce qu’il fout ? Là. Là-bas. Mon corps ?

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> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

Diriger

Trouver sa juste place. Sans complexe. Pour bien faire ce que l’on fait. Pour s’éviter la perte de temps et d’énergie. Tenir à juste force. Ni trop mais ni trop peu. Aligné, fluide, de cette force capable de dénouer les nœuds. De nos paroles, de nos contrariétés, de nos accumulations. Sans en rajouter d’autres. D’autres paroles, d’autres contrariétés, d’autres accumulations. Laisser libre le vent.

La saveur

Vous êtes le sel de la terre.
Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ?

Mt 5.13

Messe pour D. Il pleut depuis des jours. Tu parles. Tu dis qu’il ne faut pas se tromper de paroles. Que les commandements du fond de la caverne ne sont pas seuls à craindre. Qu’il faut juste écouter les huit béatitudes en approchant l’oreille. Que tous les mots alors deviennent simples reflets au cœur de la chapelle. Amour, lumière, Dieu, miséricorde, haut, bas, dedans et au-delà. Une fragmentation pour tenter de distraire cette peur d’oublier le sourire qu’elle portait. Celui pour aider l’autre et pour le réchauffer en approchant l’oreille. De toutes ses forces. À bout de forces.

Une lueur persiste et brille tout doucement, signal d’un trésor qui ne ferait qu’attendre ses prochains inventeurs. Nos regards ralliés, malgré toutes les pluies.

Mon…

Pour Jean-Louis.

J’aime mon hayré. Avec mon tata on parle de plein de trucs. Il m’apprend plein de trucs. Parce qu’il est mon abi. C’est important, un atë. Ça fait grandir un fader, réfléchir un baba, permet de s’opposer un aita. Mais sans risques. Parce qu’aitatxo nous aime. Parce qu’otosan nous berce et veille sur notre nuit. Parce que c’est un bon, mon nana. Un très bon entraineur vers les joies de la vie.

Chaque année, on lui dit, à isä. On lui dit qu’on l’aime. On n’est jamais très sûr, avec un far, qu’il est suffisant, ce « je t’aime, ttic ». Qu’il pourra durer, protéger, réchauffer, son vava toute l’année, et même un peu au-delà si on oubliait, une fois, de le lui chuchoter. Parce que comme son pai, on a parfois la tête en l’air. La tête un peu en dedans de soi. Ça arrive, quand on est aussi ata.

Vader, c’est compliqué, comme métier. Parfois, on s’inquiète, on s’angoisse on se reproche, comme tout abba. On n’est pas sûr de bien faire. Mais un cœur découpé, un dessin colorié, quelques mots griffonnés en simili-poème nous rassure d’être pepe. On est bien le papi de la situation. On est bien. On aime bien. On aime comme soi-même, et un peu au-delà. Fils et pateras. Daddy et fils.

Alors, encore une fois, et pour chaque jour du monde, et un peu au-delà, « je t’aime, papa ».

L’effondrement #10

Tenir. Ou lâcher. Le premier grain de matière était-il ombre ou lumière ? Et ça ne gène personne, non, ça ne gène personne de ne pas savoir ce qui constitue l’univers à 99% ? Hé oh ! Y’a quelqu’un ? Bordel. Chambre. Froide. Seul. Plus d’énergie. Je vais partir. Je fous quelques habits dans mon sac. Prends un billet de train en trois clics, le premier, vers le Sud et sors. Elle a les enfants ce week-end. Je les appellerai. Respirer. Prendre l’air. La poudre d’escampette. Pas fait ça depuis l’adolescence. Et puis pourquoi pas, après tout. S’amuser, s’amuser un peu. Boire. Danser. Sourire. Parler. Baiser peut être bien. Brûler. Ses ailes. Le feu jugera et s’emparera de toutes choses. Qui sait ? Hein, qui ? Train dans cinq minutes. Liberté, j’écris ton nom. Souffle. Essouffle. Et. Voiture. Me percute. 18h46.

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> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

Sensation

Alors là. Là on sent. On sent que ça va changer quelque chose. Que ça réconforte. C’est doux mais que aussi, aïe aïe, ça pique un petit peu. Comme un minuscule éclat de verre dans le pied. Qui ferait qu’on avance, mais tout en se disant qu’il va falloir enlever sa chaussette même si, au passage du doigt, on ne sent rien, mais que si, quand même, ça remue. Ça pique, quoi. Les yeux. Mais on est heureux d’avoir entendu ça. Nous a bercé. Dans le vide. Au-delà. Pas compris. Tout.

 

L’effondrement #9

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Tout. Nos disques de Garbage. Le chant des oiseaux le matin. L’odeur du café chaud au réveil. Leur garde. La petite boite à clés. Le disque dur et ses photos. Le canapé acheté à la Foire de Paris. Les excuses. Le recueil de poèmes de Guillevic. Les références de la peinture du salon. Leur garde. La bague de fiançailles. Les épisodes de Sex and the city. L’oreiller en plume d’oie. Les montres. Les couverts. Les trois ordinateurs. Leur garde. Une pension.  Le soleil chaque jour nouveau. Les petites balles relaxantes. Les sourires. Les caresses. Les baisers. Leur garde. Le produit lave-vitre. La bouteille d’huile d’olives de Nyons. Les livres mêmes jaunis. La bouteille de Nikka 40 ans, leur garde, le chien floppy, le poisson rouge sans prénom. Les idées. Les amis. Les idées des amis. La collection de cendriers. Le reste de désir. Elle a tout. Gardé.

> L’effondrement. Feuilleton à partir des Fragments d’Héraclite – Dessin : Saint-Oma

L’effondrement #8

Manquer d’oxygène. Avoir la tête qui tourne. J’ai rendez-vous chez le juge pour les mille amendements d’une vie en morceaux. Tout sera disséqué. Pesé. Estimé. Au poids de nos sourires, de nos étreintes, de nos enfantements. En concentrant l’orage jusqu’au plus fort éclair. La foudre gouverne tout. La foudre est le feu éternel, un feu sage et auteur de l’administration du monde. Qu’elle s’abatte et que notre ciel explose. Derrière, juste la nuit, teintée d’un rouge sang. Fausse couche du bonheur.

un feu sage et auteur de l’administration du monde  copie

Dessin : Saint-Oma