Les rencontres du Festival Voix Vives 2016 de Sète en vidéo

En souvenir du Festival Voix Vives 2016 à Sète, où j’avais le plaisir d’être invité, trois vidéos capturant ces instants de lecture et de partage :

Lecture à la chandelle (26 juillet 2016) :

Un poète et son éditeur (28 juillet 2016) :

Lecture sous l’arbre avec Maksoud Grèze :

(Vidéos : Murielle Szac)

L’effondrement #13

À qui ne se couche pas, comment quiconque pourrait-il échapper ? Je suis aspiré. D’un flash. Deux voix me parlent. Me bombardent. De mes doutes. De mes remords. De mes joies persistantes dans cette agitation. De toutes mes questions. Je revois les visages qui ont tracé ma vie. Des liens en noir et blanc d’où explose le rouge. Je sais que c’est elle. Mais je ne sais pas quand. Quand nos regards passaient leurs jours à délier nos corps ? Quand ils ne s’arrêtaient plus en se croisant ? Quand ils jouaient à qui tiendrait le plus longtemps, pour ne pas abdiquer face à la déchirure ? Je sais bien que c’est elle. Mais ce rouge ? Notre sang ? Mêlé ? Tout a merdé. Tout doucement. C’est l’attaque des Titans. Seid ihr das Essen ? Nein, wir sind der Jäger ! Êtes vous les proies ? Non, nous sommes les chasseurs.Êtes vous les proies2

L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

Festival Voix Vives de Sète : le programme des trois derniers jours

Capture d’écran 2016-07-21 à 11.54.49Le Festival de poésie de Sète, Voix Vives se poursuit dans la joie des rencontres et le partage des textes de toutes les rives. Avec une équipe formidable et plus de 100 poètes du monde entier invités. Au programme aujourd’hui et demain en ce qui me concerne :

JEUDI 28 JUILLET
17h à 18h : Un poète et son éditeur. Lecture / débat en compagnie de Bruno Doucey. Place du Livre (Place du Pouffre)
18h à 19h30 : Dédicaces sur le stand des éditions Bruno Doucey

VENDREDI 29 JUILLET
11h00 : Poésie en langue des signes / Lecture /débat. Traduction simultanée en langue des signes. Pour les publics sourds et tous les publics.En collaboration avec l’association Arts Résonances. Jardin Angle Grande Rue Haute/rue Garenne.

Sortie de Donc revue sonore de poésie le 1er septembre

19-20h : Lancement de la revue sonore de poésie Donc, des éditions Thélème (avec lectures et musiques d’Aurélia Lassaque, de Mâya Defay, de Perrine Griselin, de Juanito Sanchez et de Stéphane Bataillon) suivi d’un apéritif. Podium de la Place du Livre (Place du Pouffre)

SAMEDI 30 JUILLET
10h00 : Lecture et croissants / Lecture au petit-déjeuner, en terrasse. Terrasse du bar du Plateau.

18h : Signature Place du livre (Place du Pouffre)

Plus d’infos sur le site : http://www.sete.voixvivesmediterranee.com/

Les regards

Tu as peur parfois,
du monstre, des bruits de pas
du loup au fond des bois

Tu as peur parfois,
tu aimerais tellement ça
que ça, ça ne soit pas

Alors tu penses très fort
à une lumière d’or
qui viendrait s’allumer
pour éclairer très fort

Alors tu pourrais voir
au fond de leurs regards
que le monstre, ceux des pas
le loup au fond des bois
ont aussi peur que toi

Que tu n’acceptes pas
de leur dire tout bas
– Il y a une place pour toi.

Capture d’écran 2016-07-21 à 11.54.49Lecture de ce poème ce jour au Festival Voix Vives de Sète : Rendez-vous à 15h00 : Poésie les pieds dans l’eau (pour les enfants) Lecture avec petits bateaux/poèmes autour du bassin. Bassin Place Aristide Briand

Et aussi :

De 18h à 18h45 : dédicace de l’anthologie de haïkus  » une fleur à l’autre » sur le stand de la lune bleue

De 19h à 19h30, rue Gambetta, une première performance de spatiale-fiction. Historique !

Vogue

On part au large
On prend le large
on largue tout

pour oublier
qu’on ne peut pas
prendre trop d’avance
et s’échapper

de soi.

Capture d’écran 2016-07-21 à 11.54.49Lecture de ce poème ce jour au Festival Voix Vives de Sète : Rendez-vous à 15h00 pour Toutes voiles dehors (Voilier le Laisse-Dire) / Lecture en mer à bord du Voilier Le Laisse dire en collaboration avec l’association Cap au large. Tarif bateau 15€ (réservation conseillée auprès du Bureau du Festival). Voilier Le Laisse Dire, départ bout du Môle Saint-Louis, base Eric Tabarly.

Posture (2)

Rien à chercher
rien à gagner
rien à obtenir

Juste s’asseoir
juste

Et faire pleinement le vide
et faire briller le noir
jusqu’à ne plus rien faire

Déjà, ce lâcher prise
nous est insupportable.

Design du poème #36

Écrire le poème, c’est faire sa part du monde. Certain de sa force, convaincu, dur comme fer, contre toute matière. Comme ces ermites priants. Au risque d’être inutile.

Écrire le poème, c’est tenter d’éclairer et de transmettre par les mots ce que l’on a pas encore expérimenté, mais que l’on pressent, profondément, depuis l’enfance. Que l’on ne sait pas, pas encore. Et encore. Et encore.

Prophète minuscule, prophète intime, ce non-accomplissement de ce qui est inscrit nous garde humble. L’ego reconnu, accueilli comme avec nos autres monstres, dans cette ménagerie qu’on transforme en spectacle, alternant chaque jour le soleil dans la nuit.

B.o.p (bande originale du poème) : A Mess like this – The Dø

Design du poème #35

Le poème n’en finit jamais de cerner le silence. À force, il pourrait aboutir à la concision extrême d’un seul mot, mot vibrant, en mouvement. Celui de ce principe qui nous est commun. Mais ce n’est pas suffisant. Pas tout à fait reconnaissable encore. Alors, soudain, dans un renversement de proie à prédateur, le silence prend place au cœur du poème. L’irradie, le submerge, l’anéanti totalement, avec son consentement. Ayant effacé jusqu’à sa trace, cet obscur et silencieux silence lui offre une forme d’éternité. Second retournement, le poème gagne alors l’empreinte profonde et invisible qui nous le rend définitivement utile.
Le poème use la parole, ôte sa gangue d’intelligence pour révéler sa transcendance dans un geste, libre et aimant. Dans la lumière de nos sourires, dans la chaleur de nos caresses. Doux et tranquille comme un matin d’été.

L’effondrement (12)

Toujours là. L’ambulance arrive. Ils me mettent sur un brancard. La sirène retentit. La police est là, aussi. Elle parlemente, prends des notes, relève les indices d’un homme effondré. Il n’a pas vu. Il ne m’a pas vu. Le feu était bien au vert. Il croit. Il ne sait plus. Il commence à douter mais. Il se sent mal. Il repense à son fils. Tué il y a trois ans. Accident de moto. Cette moto qu’il s’était payé avec ses premiers salaires, investis dans chaque pièce de métal. Avec amour. Il tombe. Les choses froides se réchauffent, le chaud se refroidit, l’humide s’assèche, le sec s’humidifie. Nous sommes deux. Je suis seul à le voir.

effondrement12

L’effondrement. Un feuilleton conçu à partir des Fragments d’Héraclite. Dessin : Saint Oma. Texte : Stéphane Bataillon.

 

Graine de moutarde #2 : Béthanie

On court, on s’agite, on s’affaire et on parle. Et l’on parle plus fort pour recouvrir le bruit. Des autres qui s’agitent, qui s’affairent et qui courent. On ne murmure pas. Ou bien avec ces autres, pour médire tous ceux qui ne tiennent pas le rythme. Ne courent pas, ne s’agitent pas, ne s’affairent pas. Ceux qui sont inutiles, qui ne participent pas. Au mouvement. Et l’on n’écoute plus, et l’on n’ose plus. Se poser. Les questions. De peur d’une pause qui serait stagnation. D’une douce lumière d’été au cœur de l’hiver.