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Mois : avril 2017

Les gardiens (propos de campagne)

Quelque chose arrive, se brise. Est déjà là. Cela n’a rien à voir avec les résultats des élections de dimanche. Dimanche prochain. Dimanche dans deux semaines. Cela n’a rien à voir avec qui sera vainqueur.

Peut-être n’avons nous pas assez pris le temps de nous écouter. Pas pris le temps de mesurer les failles. D’estimer, lors d’une grande assemblée de copropriétaires, les travaux à effectuer d’urgence.

Mais il y avait trop. Trop de notifications. Alors, nous nous sommes mis à classer, à se classer. Bien étiquetés. De la raison. Bien gardée.

Il est tard. Trop tard. Deuxième nuit sans sommeil. Je médite sur ce proverbe Navajo : Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.

Nous ne sommes peut-être d’accord sur rien. Mais nous avons encore la chance de pouvoir le dire. Ce bien est notre précieux. Nous en sommes tous les gardiens.

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Minimal Stadium #10 : Come out – Steve Reich (1966)

Prendre la voix. La répéter. Pour rassurer l’enfant qui ne désire qu’apprendre. Découverte dévoilée, syllabe après syllabe, mais en se déplaçant. D’un pas. Pour créer la surprise, forcer l’adaptation, porter en direction d’un continent de sens. Et puis, et puis la répétition se couche, se multiplie, brouille les pistes. L’oreille s’est accrochée à la bande magnétique. Ligne d’hameçon. Come out to show them. Viens leur montrer qui en sortira vivant.

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Armand Gatti

Armand Gatti s’en est allé. Je me souviens d’un long déjeuner avec lui, fin 2013. Il m’avait parlé avec détails, comme à beaucoup d’autres, de son père. Nous étions ensemble lors d’un Festival et, j’avais écrit ce poème, pour lui. Pour lui offrir en souvenir de cette rencontre. Pour continuer la légende.

TIR

Il m’a dit
– Porte-toi bien

Puis il s’est envolé
avec mon message

J’ai balayé
jusqu’à la nuit.

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Relecture

Lecture. Nous discutons de l’absence et des morts. Dans la pièce, le béton armé libère sa chaleur. Il y a des sourires et des hésitations. Je lis un poème. Tremble. Vous êtes là, tout prêt. À vous attendrir ? À vouloir m’attendrir pour mieux me dévorer comme dans Le Parfum de Süskind ? Je ne sais pas, je ne perçois rien de votre silence. J’ose juste espérer.

Relecture. The Show must go on, de Freddie Mercury. Cette chanson a prévenu des drames. J’y ai puisé tant et tant d’énergie. De cette voix transmise de l’autre côté du monde. Cette distance qui sépare de l’arrivée des ombres, aménagée pour que nous nous rendions tous à notre poste de combat. Tic tac tic, juste le temps nécessaire pour grandir, se préparer au pire. Et puis avoir la force de tout recommencer.

B.o.p (bande original du poème) : Alex Beaupin – Loin

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Gérard Bocholier chronique « Où nos ombres s’épousent »

Dans le numéro 173 de la revue en ligne Recours au poème, Gérard Bocholier consacre sa rubrique « Chronique du veilleur » à la réédition d’Où nos ombres s’épousent-Vivre l’absence. Un grand merci à lui.

« Bientôt dix ans qu’elle est partie. Par pudeur ou pour sublimer sa lumière persistante, je ne l’ai jamais nommée dans les pages du livre. » Tout est presque dit dans ces phrases d’aujourd’hui, faisant suite à ce livre de 2010, livre de douleur et de silence, d’un lyrisme retenu, qui marqua l’entrée de Stéphane Bataillon en poésie. Le poète y parle de ce deuil cruel, de la perte de sa bien aimée, mais s’y interroge aussi sur l’indicible qu’il faut pourtant exprimer. Sa jeunesse se confronte déjà à toutes les grandes questions de l’écriture poétique :

Conserver seulement
ce qui est nécessaire

Ne garder que les mots
et puis les écouter.

« Une force vibrante », selon sa belle expression, porte toutes les pages de ce livre, les soutient comme un fardeau miraculeusement suspendu dans les airs. « Et puis il y a cette source, cette source de larmes chaudes qui ne s’arrête jamais malgré les embellies. » Ces larmes rejoignent les éléments, les sensations, « l’eau de la rivière », « l’herbe nouvelle », le sel qui « pique la peau », l’île et la forêt. Elles semblent les irriguer d’une sève étrange, qui les régénère et les purifie. Stéphane Bataillon relie le plus humble au plus grand, comme il tente de relier la mort et la vie.

Il ne reste de nous
que les mots les plus simples
ceux qu’on refuse de lire
sûr de les retrouver

Le parfum de la cendre
qui envahit l’auberge
annonce enfin la course
dans la grande forêt

L’espérance reste cachée, comme une eau pure sous la mousse. On la sent battre au cœur des poèmes qui, finalement, n’en forment plus qu’un, souvent à l’infinitif, mode d’une résolution à prendre, d’un sursaut à produire :

Laisser monter le chant
pour rester au plus proche
de notre découverte

Espérer qu’un matin
on saura le reprendre.

L’impersonnel permet aussi de prendre une certaine distance avec le tragique, il tend déjà à signifier un « nous » où tout humain éprouvé par la souffrance se retrouve et s’arme avec le poète pour continuer à vivre :

On rassemble les fils

éparpillés au sol
pour tresser une étoffe

On sent qu’elle peut tenir.

Cette « étoffe » du poème de Stéphane Bataillon est belle et réchauffe son lecteur qui se laisse envelopper par elle. Elle devient rempart au bord du vide, tissé de fragilité et de force. On n’a qu’envie de la conserver contre soi, à même le cœur.

GÉRARD BOCHOLIER

Pour lire l’article complet : http://www.recoursaupoeme.fr/chronique-du-veilleur-28-stephane-bataillon/

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