Les gardiens (propos de campagne)

Quelque chose arrive, se brise. Est déjà là. Cela n’a rien à voir avec les résultats des élections de dimanche. Dimanche prochain. Dimanche dans deux semaines. Cela n’a rien à voir avec qui sera vainqueur.

Peut-être n’avons nous pas assez pris le temps de nous écouter. Pas pris le temps de mesurer les failles. D’estimer, lors d’une grande assemblée de copropriétaires, les travaux à effectuer d’urgence.

Mais il y avait trop. Trop de notifications. Alors, nous nous sommes mis à classer, à se classer. Bien étiquetés. De la raison. Bien gardée.

Il est tard. Trop tard. Deuxième nuit sans sommeil. Je médite sur ce proverbe Navajo : Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.

Nous ne sommes peut-être d’accord sur rien. Mais nous avons encore la chance de pouvoir le dire. Ce bien est notre précieux. Nous en sommes tous les gardiens.

Minimal Stadium #10 : Come out – Steve Reich (1966)

Prendre la voix. La répéter. Pour rassurer l’enfant qui ne désire qu’apprendre. Découverte dévoilée, syllabe après syllabe, mais en se déplaçant. D’un pas. Pour créer la surprise, forcer l’adaptation, porter en direction d’un continent de sens. Et puis, et puis la répétition se couche, se multiplie, brouille les pistes. L’oreille s’est accrochée à la bande magnétique. Ligne d’hameçon. Come out to show them. Viens leur montrer qui en sortira vivant.

Armand Gatti

Armand Gatti s’en est allé. Je me souviens d’un long déjeuner avec lui, fin 2013. Il m’avait parlé avec détails, comme à beaucoup d’autres, de son père. Nous étions ensemble lors d’un Festival et, j’avais écrit ce poème, pour lui. Pour lui offrir en souvenir de cette rencontre. Pour continuer la légende.

TIR

Il m’a dit
– Porte-toi bien

Puis il s’est envolé
avec mon message

J’ai balayé
jusqu’à la nuit.

Relecture

Lecture. Nous discutons de l’absence et des morts. Dans la pièce, le béton armé libère sa chaleur. Il y a des sourires et des hésitations. Je lis un poème. Tremble. Vous êtes là, tout prêt. À vous attendrir ? À vouloir m’attendrir pour mieux me dévorer comme dans Le Parfum de Süskind ? Je ne sais pas, je ne perçois rien de votre silence. J’ose juste espérer.

Relecture. The Show must go on, de Freddie Mercury. Cette chanson a prévenu des drames. J’y ai puisé tant et tant d’énergie. De cette voix transmise de l’autre côté du monde. Cette distance qui sépare de l’arrivée des ombres, aménagée pour que nous nous rendions tous à notre poste de combat. Tic tac tic, juste le temps nécessaire pour grandir, se préparer au pire. Et puis avoir la force de tout recommencer.

B.o.p (bande original du poème) : Alex Beaupin – Loin