Credo #46 : du moindre mal

Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. Albert Schweitzer

Il y a ce tremblement. Cette incertitude qui nous saisit et nous angoisse parfois. Face à des questions posées. Des comportements. Des gestes accomplis. Ceux qui sont aux frontières de cette phrase d’Albert Schweitzer.

Il y a ce tremblement de nos doutes, de nos insuffisances. De nos regrets et de nos impuissances qui empêchent de trancher. De s’embarquer. De faire un premier pas. Menaçant de sur place. De pourrissement. Alors, peut-être, dans ces cas là, choisir le moindre mal.

Un « moindre mal » qui permet la souplesse d’une vie vécue parmi les autres. Qui laisse un peu de place au soin et à l’empathie derrière toutes nos colères. Y compris pour son adversaire. Pour cet enfant terrible venu dormir chez nous sans y être invité. Le raccompagner, au pas de la porte. Mais sans violence. En lui déposant ses affaires à côté. Lorsqu’il se réveillera.

 

Credo #45

« L’éthique est la recherche de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes. » Paul Ricœur, Soi-même comme un autre.

Il y a la mort. Il y a des morts. En permanence. Il y a la naissance. Des naissances. Entre les deux, toujours, pour tout, cette énergie. Cette baraka. Cet amour. Cette impulsion qui nous porte d’un point à un autre. De ce que l’on a pris vers ce que l’on est. Juste. Inattaquable. Aligné comme les atomes d’un poème de diamant. Vers cette entière cohérence faite de tout ce que l’on a vécu, entendu, ressenti, se mélange. Qui dans un moment se cristallise. Se transforme en une même couleur. Peut servir à la composition du tableau. De ce qui deviendra, sans le savoir, notre œuvre. Comme une peinture de Soulages. Avec du noir, de l’ombre, des reflets, de la lumière. Tout changeant. Tout le temps. Toujours en mouvement. Sans forcer le rythme. En s’adaptant au rythme. De notre cœur. Et donc choisir. De tendre. Vers la mort. L’arrêt. La décomposition de cette cohérence. Ou vers la vie. Vers l’intensification de cette lumière. De cette joie. De ce sourire d’enfance. De ce sourire de nous. Enfant. En vie.

« Pour ceux qui se perdent, c’est une odeur de mort qui donne la mort. Pour les autres, c’est une odeur de vie qui donne la vie. Mais qui est capable de faire un tel travail ? » (2 Corinthhiens 2 : 16).

Credo #44

On perd. Tous. Nos illusions et notre confiance. Parce que l’on bute sur les obstacles. Sur des bouches fermées. Sur des regards éteints. Au début, on se dit qu’ils sont tristes. Que c’est triste. Et puis, peu à peu, leur harmonie nous prend. Et l’on se laisse aller. À ne plus croire. Que quelque chose. Au-delà d’eux. Au-delà de nos craintes. Au-delà de ces portes, de ces bouches, de ces regards. Que ce quelque chose peut rendre possible le survol des plaines de notre dernier rêve. Parfois, pourtant, on le ressent. Assis au calme dos à une porte, à l’écoute d’une chanson qui ravive notre élan, à un regard posé qu’on croyait révolu. Alors on retrouve. L’énergie.

 

Credo (43) : Shaddaï, le lieu

Quelque chose à découvrir, pas dans le mot, mais dans le

 

 

entre le noir des lettres tracées sur ta poitrine.

 

Notes

– En hébreu, « Shaddaï », l’un des noms de Dieu, signifie également « qui a des seins ».

– « (…) en novembre 1975 une lettre de Carmélia Benveniste m’informait que le Professeur (le linguiste Emile Beneveniste, ndlr) demandait expressément à me voir. Il arrivait encore à exprimer ses désirs, et se rappelait ceux qu’il souhaitait revoir.

   Au cours d’une de ces rencontres, c’était à l’hôpital de Créteil, il me demanda de m’approcher de son lit, se redressa, tendit l’index comme sur la photo reproduite ici et, très timidement, avec ce même sourire adolescent, se mit à « écrire » sur le chemisier qui recouvrait ma poitrine. Surprise, bouleversée autant que gênée, je n’osai bouger et ne pus deviner ce qu’il souhaitait écrire ou dessiner dans ce geste étrange. Je lui demandai s’il voulait quelque chose à boire, lire ou entendre. Il secoua la tête en signe de négation et recommença à tracer sur ma poitrine ces signes aussi troublants qu’indéchiffrables. Je finis par lui tendre une feuille de papier et un stylo Bic.   Alors, de la même écriture en lettres capitales d’imprimerie qu’il avait choisie pour me dédicacer son livre, il traça : THEO. »

Julia Kristeva, Préface à Emile Benveniste, Dernières Leçons, Collège de France (1968-1969), Seuil, 2012

Credo (42) : Adonaï 65

Je m’invente sans fin
pour devenir celui
qu’on ne pourra nommer

Et je ferai silence
jusqu’à ce nom absent.

 

En Hébreu, le nom Adonaï dit le nom du tétragramme de Dieu, YHWH, imprononçable.
La valeur numérique du mot « Adonaï » est 65, qui est égale au mot « silence » ou à l’impératif « faites silence ».