Credo #51

Comment est-il,
ton Dieu ?

Dans la répétition des gestes
que tu fais chaque jour
pour apaiser l’étang

Comment est-il,
ton Dieu ?

A l’arrière des paroles
aux couleurs changeantes
de ton silence

Comment est-il,
ton Dieu ?

Peux-tu,
je t’en prie,
ne pas me le décrire ?

Credo #50

Marcher au rythme lent
du balancement des feuilles

Se maintenir en place
pour l’accueil du matin.

Se laisser surprendre. Rester à la fois en éveil mais sans but. Dépasser un “ego”, objet devenu obscur et insaisissable à force d’être accusé de texte en texte, de paroles en parole, dans toutes les traditions.

Se laisser surprendre ? Simple à dire, difficile à faire. Peut-être parce que l’on veut, justement, que l’on veut, se dessaisir, “lâcher prise”, mais en ayant encore comme objectif quelque chose à acquérir : un nouvel état d’être que certains nomment “bonheur”. Et que cette intention crispe le corps, empêche la souplesse, empêche d’être attentif à autre chose qu’à “sa” transformation. Fausse route.

Un chemin emprunté, moins raisonnable, serait à indiquer sur la carte de nos rêves. Celui qui court le long de la rivière du temps. La reconnaissance de la force, de la puissance de ses courants, mais aussi de la source fraîche que ce défilement d’instants nous livre.

Lorsque, faisant notre part, nous lâchons non pas la prise, mais ces identités qui bloquent la circulation, en renonçant (toujours à quelque chose, statut, possession, signes de reconnaissance qui pourraient ne plus venir) alors, au fil des jours, plusieurs choses se produisent : de nouvelles rencontres, de nouvelles propositions, de nouveaux signes. Y étions-nous sourds et aveugles avant ? Reste que ces nouveaux flux, pas forcément importants, pas forcément estimable en terme d’efficacité, de gain, de position, nous offrent, assez rapidement, une impression exquise : celle que la vie nous traverse.

Déjà 50 “épisodes” de ce journal spirituel Credo, entamée dès 2007 par ce poème, que l’on retrouve dans Où nos ombres s’épousent :

L’orage gronde.
Nous parlerons toute la nuit
Pour protéger la cathédrale.

Cette série, commencée par hasard, mais pourtant poursuivie année après année, dit quelque chose de ce qui motive intimement mon écriture. Une recherche, toujours méfiante face à des mots qui emprisonnent sous prétexte d’allégeance. Un creusement, pour encercler lentement la formulation de ce qui m’intrigue et me passionne : ce qui est au-dedans et qui, plus que venir, surgit au cœur. À quel rythme, à quel nom ? Là est le mystère.