Notes sur la poésie #55

Quelle visée pour le poème ? Le cœur. Non pour l’impressionner, le clouer sur place, le toucher en plein – crise cardiaque. Mais pour le laisser entrer en résonance avec l’onde portée. Sans pudeur. Avec courages. Courage du dévoilement, courage de l’abandon. Qu’en un instant, deux voix venues d’ailleurs vibrent le même espace.

Notes sur la poésie #53

Il y a une condition. Celle de tout consacrer à l’énigme du poème. À son doute. Ce doute-énergie qui le fait résonner et survivre dans une parole recommencée. Cette obscurité douce qui distingue l’agencement de ses mots d’un astre mort. Cette liaison imprenable.

Notes sur la poésie #52

C’est dur. Dur de sortir du style, de laisser les mots dériver, sans trop virer de bord. Sans manœuvrer brut. Parce qu’on le sait bien, qu’il faut jouer, sur l’émotion. Sur les larmes. De tristesse. De joie. Faire les montagnes russes avec. Comme dans un bon scénario. Que ça s’apprend, désormais, la poésie. Que ça s’appelle le creative writing. Que Kenneth Goldsmith, lui, préfère le terme et la pratique d’Uncreative writing. Que c’est très intéressant, de faire avec ce qui existe déjà. Le fabuleux livre théorique de ce nouveau segment d’études littéraires vient d’ailleurs de paraitre chez Jean Boite, traduit par François Bon sous le titre L’écriture sans écriture. Alors, oui, c’est dur, l’écriture. Dur de fabriquer de la poésie. Parce qu’il y a des impondérables. Non contrôlables. Des mots qui coulent. Qui débordent. Qui prennent le pas. Des défauts qui rendent beau, qui sentent bon. Qu’il faut pétrir. Comme une pâte à pain. Dur. Et en même temps très fragile, tout ça. Ce ça qui fait du poème une matière vivante. Un levain.

Notes sur la poésie #51

Une poésie engagée ? Bien sûr que non, évidemment oui. La pensée se structure. Se construit. Sans impératif extérieur, mais avec, plus qu’avant, le regard tourné vers l’autre (et lentement, et faiblement, et difficilement. — Trop d’adverbes). Au gré des rencontres, prendre plaisir à redéfinir sa vision du monde et des gestes qu’on y pose dans un hasard amical. Comme en poésie, où un poème dévoile un poète, qui nous présente ensuite ses amis, ses inspirations, pour nous guider, de sa voix, à travers l’espace-temps des textes. Ici, des intuitions : la décroissance, le simplicité, le minimalisme. La gène d’une surveillance, le prix d’une intimité, les conditions à défendre d’un émerveillement possible. Qui vont au combat contre le pouvoir et le contrôle (celui des autres, éventuellement, mais surtout le sien propre). Qui vont au combat contre la tristesse promise. De cette vie là. De la mort dans cette vie-là, que l’on ne pressent que trop.
Des voix et courants proches, pour frayer en confiance : Jacques Ellul, Emmanuel Mounier, Albert Schweitzer. Pour ne pas perdre l’espoir de trouer l’horizon.