Note sur la poésie #3

L’angoissante impression de se répéter. Que ma poésie en a peut-être finie d’être utile, d’établir le cadastre du paysage où je vis. L’impression de ne plus rien avoir à faire, que tout est calme et apaisé. Que le royaume menacé a trouvé la parade, assurant ses frontières. Qu’il suffit, désormais, d’en assurer les rondes et de goûter la vie. Est-ce un mal ? Beaucoup disent qu’un écrivain passe sa vie à n’écrire qu’une seule chose. Que c’est justement là qu’on reconnait le style. Un style. La matérialisation d’une frontière, qu’il faudrait solidement établir afin que procède la reconaissance mutuelle entre soi et le monde ? La ligne à partir de laquelle on serait vraiment libre, ou la pire des geôles ? Une chose semble sûre : pas de poésie sans horizon à enchanter.

Note sur la poésie #2

On aime tourner autour de cette magie du poème. Lire, disserter dessus. Ajouter sa propre définition de la poésie, participer à cette cérémonie qui ne s’arrête pas. Cela ne se brouille pas. Cela ne se contredit jamais. Si la poésie tente de dire l’indiscible, sa définition aussi. Un jeu de miroirs, fait de caresses et d’effleurements, pour s’approcher sans paroles trop hautes. Un mot, qui ouvre sur d’autres mots. Une porte. Sur des milliards de mots qui chantent et qui s’accordent. Qui composent tous ensemble la symphonie du monde. Puisant et s’étirant à la suite du principe que l’on pressent commun.

Note sur la poésie #1

Un espace libre existe. Un espace disponible de mots, de phrases, de paragraphes et de chapitres ; de livres, de bibliothèques et de silence. Un silence cerné afin de l’investir et le charger de vide. Un vide qui ne tombe pas, qui porte et qui apaise. Qui encadre l’exercice de relier d’un seul geste et l’espace et le temps. Tenter de faire partager cet espace là, que chacun s’y repère. S’y retrouve. Sans céder à aucun mot qui ne lui conviendrait pas. Sans se sentir contraint de traduire par avance. Par ici, peut-être, se place l’invention du poème.