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Catégorie : Journalisme & design éditorial

Journal d’un journal #5

Les médias pour la jeunesse ont bénéficié de vingt ans d’avance dans leur révolution. La télévision et les jeux vidéos ont perturbés son écosystème bien avant internet, dès la fin des années 80. Ils se sont très douloureusement adaptés (disparition des grands lieux ponctuels de rassemblement, feuilletons, hebdomadaires et grandes émissions de télévision, Tintin, Pif gadget, Dorothée, des présentateurs qui faisaient le lien) au profit de flux non-stop (jeux en ligne, chaines dédiées) portés par des héros qui bouclent leurs aventures et ne passent pas la saison (aussi puissants que les anciens dispositifs, mais dans l’instant). Ces médias, y compris la presse écrite, sont toujours là, en forme. Voir en progression. Ils sont devenus adultes.

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Journal d’un journal #4

La crise de la presse ? Il y a autre chose que les baisses de diffusion. Que la disparition des habitudes. Que les fermetures de kiosques. Autre chose. Un affadissement de cette tension subtile qui fait tenir les pages entre elles. Un affaiblissement inversement proportionnel au bruit des vociférations, des images, des mots, des réactions. Une tension qui n’est plus suffisante pour vibrer et nous faire vibrer face à l’époque. Alors, on se contente du flux des contenus. Des enquêtes, des reportages, des critiques et des conversations de qualité publiés en nombre (il suffit de chercher). Mais le repas manque d’unité, d’harmonie, de quelque chose qui fasse corps. Qui trace une ligne. Une cohérence des failles. Je pense que cette émotion là viendra à manquer et que ce manque, si on n’y fait rien pour y remédier, finira par nous rendre fous.

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Journal d’un journal #3

Nous cherchons ensemble. Nous cherchons notre raison profonde de faire, malgré toutes les bonnes raisons de ne pas le faire, un nouveau journal. Pour des lecteurs. Pour nous.

Que voulons-nous ? Quelles modalités proposer pour mieux accueillir le monde ? Que n’avons nous pas, ou plus, ou pas assez, pour s’en sentir « informés », touchés par ce qui se pense, ce qui se vit, ce qui arrive autour de nous. Par l’évènement ? On sent qu’il ne s’agit pas de « comprendre le monde ». Que ça, ça ne sert à rien. Que ça, ça déborde. Ça rempli des pages, comble des doutes, rassure, mais nous laisse là. Là où on l’on se trouve. Désespéré de notre impuissance.

Alors quoi ?

Nous devrions, normalement, tous avoir confiance. Nous devenons tous médiateurs, les mains dans le cambouis. Impacté par la force d’une phrase transmise, par la violence d’une réaction, par le désastre d’un mensonge. À propos de soi, de ce que l’on a dit, de la couleur du monde. Nous devrions apprendre. Mais non, au contraire, on perd confiance. Dans nos médias. En nous.

Ce qui se joue dans cette perte, c’est peut être quelque chose qui a à voir avec la perte d’une amitié. De l’amitié à l’autre, à nous-même. De cet intime situé, dans les deux cas, à la frontière entre notre famille et le monde extérieur, intérieur. De cette amitié sur qui l’on comptait pour s’aventurer au delà de nos rêves. En imaginant au quotidien et grâce à elle un équilibre passionné de débats, de projets, d’envies, de jalousies, d’initiatives magnifiques ou pathétiques, mais réalisées. Une appropriation de la réalité qui nous permettait d’un peu mieux se situer sur la carte de nos tendresses.

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Journal d’un journal #2 : l’acrualité

Lecture, dans un vieux numéro de l’Autre Journal, du grand entretien entre Marguerite Duras et François Mitterrand. Un nom résonne comme un souvenir d’écran cathodique : M.Perez de Cuellar, secrétaire général de l’ONU. Hervé Claude ou Yves Mourousi. Les indicatifs d’Antenne 2 et les pubs Banga aux couleurs psychés. L’information ne persiste pas. Les renommées non plus. Cruel. Pas important.

Car il y a autre chose, dans un autre numéro de l’Autre Journal. Un autre grand entretien avec Michel Jobert par Claude Sérillon. « L’art de gouverner ». Quatorze pleines pages (14 !). Juste 5 petites photos, 22 questions courtes, autant de questions longues. Il est question de Pompidou, de Mitterrand, de Kadhafi, de Tatcher, de Balladur, de Barre, de Bérégovoy. De ce qui est en train, en mai 1986, de s’agiter, de ce ce qui pourrait avoir lieu dans notre passé. Des problèmes d’en ce temps là. Et pourtant, l’entretien est d’une étonnante actualité, d’un étonnant éclaircissement sur les raisons profondes et les stratégies adoptées par les hommes pour exister. L’article tient la distance. Et l’on se dit que l’on ne peut lire ça (14 pages, 14 pages de pensées développées, confiantes, remuantes) de plonger dans la lecture comme ça, d’avoir cette intimité avec une expérience qui se raconte, nulle par ailleurs. Ni dans un livre, ni sur le net, ni à la radio ou à la télé. Seulement dans un journal papier. Touché.

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Journal d’un journal #1

Depuis sept jours, je suis quelque part avec quelques autres. Nous sommes installés dans un incubateur pour imaginer un journal. Un incubateur c’est un lieu, à la fois ouvert et un peu secret. Une fabrique pour start-up où s’invente ce qui se fait et les mots pour en parler. Pour joindre l’acte à la parole. En 360°. Et la première question qui se pose est celle du pourquoi faire. Pourquoi faire encore un autre journal ? Pourquoi tenter l’impossible ? S’acharner sur ce qui passe pour la plupart pour un anachronisme. Pour la plupart de ceux qui y ont tout intérêt. Mais pas que. Pour ceux qui n’envisagent pas, ou plus, ce rapport intime et anonyme, sensuel et valorisant avec la matière. Avec le papier et l’encre. Avec les paroles chuchotées, les idées proposées, les émotions partagées, à la tourne du monde.

Pour quoi faire ? La question se pose. Nous obsède depuis le début du projet, Pourquoi ? Pour répondre à quelle inquiétude ? Pour transmettre quelle étincelle ? Répondre à quel besoin ? Proposer quelle inspiration ? Et pour quel lecteur ? Quel vrai lecteur, pas celui façonné dans la soufflerie de nos rêves ? Pour quel « nous » non-déclaratif ? Quelle raison d’être ? Nous avons des valeurs. Des lecteurs. Des idées de rubriques. Mais ce n’est pas ça. Pas là. C’est plus essentiel. Plus vital. Plus mystérieux et plus insaisissable aussi. Ça nous appelle. Nous rappelle. Quelque chose.

Nous cherchons. Après d’autres. Sans nous arrêter. Tous. Jour et souvent nuit. En nous. Autour de nous. C’est passionnant. Mais ce n’est pas léger. C’est même dur. Épuisant comme jamais. Car il faut abandonner. Tout. Ses certitudes patiemment construites. Ses assurances professionnelles. Ses enthousiasmes que l’on croyait inaltérables. Pour écouter. Vraiment. Ce qui se dit. Ce qui se fait. Ce qui s’invente. Maintenant. Confronter les paroles aux rêves et au béton. Désarmé. Partager ses angoisses et se rendre compte qu’hier, une fois rentrés, nous nous sentions tous dépassés. Par le temps, la vitesse, les injonctions à être scalables, agiles, proactifs. Que nous voulons autre chose. Pour notre vie à venir. Vers l’azur.

Et puis sentir aujourd’hui que tout commence à se raccorder, mais différemment. Comme le poème trouve sa place, après des jours d’errances et de tractations, dans les pages d’un recueil. La seule place possible. Juste. S’illuminer des solutions des autres. S’entendre dire que « oui, surement, il y a quelque chose à tenter de ce côté là ». Sans bien savoir encore, quelque chose d’humble et de fou ; de beau et d’accessible, de profond et d’excitant. Un désir. Généreux. Continuer à en parler avec nos invités. Sentir monter chez eux, chez nous, ce quelque chose qui manquait jusqu’alors. De l’urgence. De l’électricité. Une énergie nécessaire pour donner vie à la machine. Pour faire d’une rêve une utopie que l’on pourra écrire. Un jour. Par maintenant. Pas encore. Laisser faire. Monter. L’espoir, le temps, la vitesse, les conjonctions et les hasards. Goûter, encore un peu, de cette liberté.

Jeu-concours : Les titres des 4 magazines créés par Michel Butel se sont retrouvés un peu involontairement glissés dans ces phrases. Saurez-vous les retrouver ?

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