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La séance de l’ornithorynque #1 : Hans Richter

Jamais à court d’idée, d’innovations fulgurantes et de larges plans de conquête du monde pour occuper le week-end, nous avons l’honneur de vous proposer aujourd’hui la première séance de l’ornithorynque. Le principe ? Vous faire découvrir à chaque séance l’univers sonore, visuel ou textuel d’un drôle de zig qui inspire, peu ou prou (le premier qui trouve l’origine de cette expression gagne un verre de Pulco brut) notre poésie. On commence cette mémorable et déjà culte série avec Hans Richter.


La séance de l’ornithorynque #1 : Hans Richter


Hans Richter ? L’un des tout premiers artiste et cinéaste Dada, né en 1888 à Berlin, maniant l’abstraction et la fantaisie dans de fantastiques films expérimentaux.


Sources : Le texte de présentation ci-dessous est issu des archives de l’excellente émission d’Arte, court-circuit. Les vidéos proviennent des sites Conaissance des artsYouTube et Dailymotion

Hans Richter embrasse tout d’abord une carrière de peintre, travaillant exclusivement dans sa ville natale de Berlin. Marqué par les thèmes tourmentés de l’expressionnisme comme l’atteste sa série de « portraits visionnaires », un détour par le cubisme prouve que le jeune homme cherche encore sa voie artistique. Son arrivée à Zurich en 1916 la lui révèlera. Point de convergence de nombreux artistes fuyant une guerre devenue mondiale, la cité alémanique baigne alors dans une effervescence intellectuelle dans laquelle Hans Richter se retrouvera. Il y fait la rencontre de Viking Eggeling, peintre suédois qui l’initiera aux formes de l’abstraction, et adhère au mouvement Dada. L’esprit de révolte persifleur véhiculé par la pensée dadaïste, tout comme la contestation radicale de l’ordre social établi marqueront définitivement Richter. Il se lance alors dans une peinture principalement abstraite, fondée sur la décomposition du mouvement.


Petite introduction en vidéo sur la peinture de Richter, réalisée à l’ocassion d’une vente de ses oeuvres à la galerie Artcurial en 2008 :


C’est en 1919 qu’il se rapproche de ses réelles aspirations en peignant son premier « rouleau » : suite de onze dessins développant un même thème sur un même support et véritable esquisse de son oeuvre cinématographique à venir. « Après 1924, il n’y eut plus de Dada, mais les dadaïstes survécurent. Eggeling et moi, nous basant sur les impulsions de mouvements contenus dans ces rouleaux, nous commençâmes, en 1920, nos premiers essais de films abstraits. Eggeling devait finalement filmer son deuxième rouleau La symphonie diagonale et moi, mon Rythme 21. Bien qu’étant abstraits, ces deux films étaient très différents par l’esprit et la manière de poser le problème, puisque Eggeling partait de la ligne, alors que moi, je partais de la surface. Eggeling orchestrait et développait des formes, alors que je renonçais complètement à la forme pour essayer d’articuler le temps à des vitesses et des rythmes variés. »
(Hans Richter, Dada Art et Anti-Art, éd. de La Connaissance, Bruxelles, 1965.)

1921 – Rhythmus 21 (Allemagne, n&b, 3min) :


 


1923 – Rhythmus 23 (Allemagne, n&b, 2min) :

 


Pour Richter, les années 20 sont en partie consacrées à la théorisation et l’écriture. Il collabore ainsi à De Stijl, revue apparentée au mouvement du même nom, qui prône la radicalisation d’un ordre géométrique et instaure un langage nouveau fondé sur la diffusion des formes abstraites et sur la synthèse des arts de l’architecture, des arts décoratifs et des arts plastiques. Il devient par ailleurs le créateur de G., publication pour artistes dont la typographie révolutionnaire serait à l’origine du « Constructivisme » qu’adoptera le jeune régime soviétique.
Mais cette décennie marque surtout le passage définitif de Hans Richter au cinéma.

Film Studie (1926) clôt une première phase d’expérimentations où Richter tente de reproduire un rythme et un mouvement spécifiquement cinématographiques.


1926 – Filmstudie – Film Study (Allemagne, n&b, 3 min 40) :

 


Avec Ghost before Breakfast (1928), il abandonne un temps ses abstractions pour tourner un faux documentaire sur une « chasse au chapeaux ». Éminemment dadaïste, de par sa satire des signes extérieurs de richesse d’une bourgeoisie ridiculisée (annonçant les provocations surréalistes de L’Âge d’or de Luis Bunuel) et l’usage d’effets désorientant les habitudes des spectateurs de l’époque (dédoublements des personnages, surimpressions, répétition continue d’un même geste,…), ce film crée une dynamique insolite où le mouvement général des objets et des corps épouse un rythme de plus en plus frénétique. Il signe la même année Inflation, parabole caustique sur la situation économique régnant alors en Allemagne et qui déboucha sur la crise de 1929. L’avènement du nazisme portera un coup décisif aux productions de Hans Richter : Ghost before Breakfast est qualifié d’« art dégénéré » et interdit. Son auteur se réfugie alors en U.R.S.S. où il tente vainement de réaliser Metal, un documentaire d’avant-garde.


Avant de voir ces deux films, petite introduction de Philippe-Alain Michaud, commissaire de l’exposition « La subversion des images » ayant eu lieu au Centre Pompidou du 23 septembre 2009 au 11 janvier 2010 sur Ghost before Breakfast :

 


Passons à la version originale du film…

1928 – Vormittagsspuk – Ghost Before Breakfast :


 


1927/1928 – Inflation (Allemagne, n&b, 3 min) :


 


1929 – Rennsymphonie – Race Symphony (Allemagne, n&b, 7 min) :


 

 

1929 – Zweigroschenzauber – Two pence Magic (Allemagne, n&b, 2 min) :


 


1929 : Everything Turns Everyting Resolves – Alles dreht sich, alles bewegt sich (Allemagne, n&b, 3 min) :


 


Les États-Unis lui permettront de donner un deuxième souffle à sa carrière. Parallèlement à sa fonction de directeur de l’Institut technique du film au City College de New-York, il réalise Dreams that Money Can Buy (1947) en collaboration avec divers artistes européens exilés comme lui (Fernand Léger, Marcel Duchamp, Max Ernst, Man Ray entre autres). Richter filme des séquences imaginées par ses pairs et y ajoute la sienne, inspirée du mythe de Narcisse. Héritier d’un surréalisme alors obsolète, Dreams that Money Can Buy influencera néanmoins nombre de réalisateurs de l’avant-garde new-yorkaise.


1947 – Dreams That Money can Buy (USA, Couleur, 3 min 12 ) :


 


L’expérience du film collectif se renouvellera en 1956-1957 avec 8X8 (auquel participent Jean Cocteau, Alexandre Calder, Paul Bowles, Jacqueline Matisse et Marcel Duchamp) basé sur le thème du jeu d’échecs et en 1961 avec Dadascope pour lequel il convie ses camarades des années Dada : Arp, Duchamp, Hausmann ou encore Huelsenbeck. Ce sera son dernier film. En 1964, Hans Richter publie Dada Art and Anti-Art, livre testament dans lequel il se remémore les rencontres et les évènements décisifs à l’élaboration de son oeuvre. Il meurt à Locarno (Suisse) en 1976.


1957- 8 X 8 : A Chess Sonata in 8 Movements (USA, Couleur, 80 min)


 


C’est tout pour aujourd’hui ! À très bientôt pour une seconde séance de l’ornithorynque.


Publié dans Notes de blog

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