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Catégorie : Remarques

L’invention du poème #42

Tenter d’inscrire une modalité de notre expérience au monde. Celle qui passe par les éléments les plus accessibles de notre quotidien. La mauvaise herbe sortant du bitume que l’on contemple avec son fils en allant à l’école. La châtaigne dont on tente d’enlever la fine écorce avec ses ongles. La dégustation d’un concombre inconnu. Une discussion passionnante avec un cultivateur d’algues, entrer dans les détails de son métier et s’amuser ensemble. L’impression que l’attention à ces tangibles nous sont profitables. Que ces occasions imprévues d’étonnements nous sont offertes. Sous le soleil. Transmettre par le poème un peu de l’impulsion et de cette joie si simple d’expérimenter.

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L’invention du poème #41 : Que peut la poésie ?

Que peut la poésie pour ce monde ? Pour nous ? Que peut cet acte de création, d’agencement de la parole, pour nous aider à vivre ? C’est à dire nous accompagner, en résonance, dans la reconnaissance des infimes variations de nos réalités. Une brise de vent, l’oscillation d’une fleur, une araignée qui court, à la première vibration de nos pas, se cacher entre la plinthe et le parquet. Des papillons envahissant les placards mais s’immobilisant dès que l’on ouvre la porte. Un regard étranger qui nous interpelle. L’irruption du bizarre et de l’incongru. Une phrase que l’on retient. Un désir qui surgit. Un « ah, il fait comme ça, lui ? »

Quelle résistance permet la poésie ? Avant l’engagement qui prendra la place de l’autre. Réduira l’autre moitié des arguments. Avant l’utilisation de la langue pour convaincre.

Quelle résistance ? C’est à dire quelle liberté de ne pas plonger tout de suite ? D’observer, de prendre son temps face au monde. De confirmer, à son rythme profond, ce désir de vie simple, sans trop de ce pouvoir saturé de paroles blêmes. Sans d’attrait pour des richesses dont la contrepartie est toujours vol du temps. Effraction dont le constat se fait trop tard, lorsque le corps, l’esprit, cèdent.

Que peut la poésie pour nous aider à suivre cette intuition qui ne cesse de se creuser, au contact des mots d’Albert Schweitzer : « Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. » ? Des mots sans saveur apparente, mais qui, au contact du réel, formulent au plus juste une éthique tenable. Une éthique sans éclats, laissant libre les ombres, les failles et les pulsions s’accommoder ensembles à l’intérieur de nous. Une qui ne nous empêche pas de tuer l’araignée, d’écraser les papillons, ou de ne pas répondre au regard de cet autre. Mais en ayant conscience.

C’est à cela que la poésie peut aider. À remédier à notre inconscience.

À dynamiser notre humanité.

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L’invention du poème #40 : Relire Tarkos

Se dire que la poésie se dit. Qu’elle vit aussi bien. Qu’un poème est avant tout une pâte de mots, patmot. Des mots qui se malaxent dans le cerveau, qui se disent, qui s’agencent, qui se combinent avant tout là-haut. Dans la tête. Avant de sortir. Du chaud, pour être déposés, travaillés, formulés avec juste la quantité d’encre ou de pixel nécessaire. Ratures. Premier jet, c’est pas grave, je l’ai.

Ce matin, avec T. on a écrit toute une chanson, la chanson du caméléon. Nous ne nous sommes pas dit « on va écrire une chanson ». On a commencé à chanter, chanter, danser, s’amuser. Et puis il a trouvé une rime. Un choc de mots. Une inattendue. Alors j’ai couru. Prendre une feuille. De papier. Pour la noter, avant l’échappée. Et puis c’est parti. Comme, comme si. On ne s’est plus arrêté jusqu’à l’heure du départ. Deux pages grattées, deux pages d’idées, à retravailler. Ce soir, dans un grand cahier.

Relire Christophe Tarkos. Presque plus pour ce qu’il y a autour. Pour cette soucieuse liberté d’utiliser la langue sans l’instrumentaliser. Relire ses amis. Dans CCP, dans L’enregistré. Mettre le DVD dans le lecteur. Écouter. Regarder. Retrouver le désir du poème. Comprendre de nouveau pourquoi cela persiste d’entre nos activités. Se dire qu’on a envie de s’amuser avec. Qu’il n’y a rien de plus à attendre et que, déjà, la prétention est immense de se mettre à tracer. Un mot. Trouvé ensemble.

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Minimalisme

Lecture de MIN, un livre inspirant de Stuart Tolley sur le design graphique minimaliste ( Ed. Pyramid). Tout ce que j’aime profondément, de la poésie à la musique, du design à la spiritualité, se rapporte à cette esthétique. Un art de vivre, une élégance dépouillée, mais qui ne manque ni de chaleur, ni d’humour. C’est mon petit défi, mon alliage rêvé, le but de ce que je tente de produire en m’amusant des formes. J’écoute deux fois à la suite une émission sur mon idole, Bernard Heidsieck, C’est bien l’été.

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L’invention du poème #39

Faire. Faire du beau. Le trouver, ou l’inventer, ce qui revient au même. Le but du poème est de changer la vie de celui ou de celle qui le recevra. Changer le cours de ses pensées et de ses émotions par une résonance qu’il ou qu’elle n’attendait pas. Être surpris du monde pour être surpris de soi. Et que son prochain pas se pose sur la terre d’une pression différente.

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L’invention du poème #38

Il faut être prêt pour la rupture. Prêt à combler le vide au centre du cyclone pour ralentir le geste et aller vers son risque. Formuler son désir sans les flammes des rancœurs ou les reflets au loin. Avec pour seul amour celui de nos plus proches lors de la traversée. D’un poème.

Ces raisons là qui font que nos raisons sont vaines.
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard.

Jean-Jacques Goldman. Veiller tard.

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L’invention du poème #37

Écrire, ce serait aller au-delà du rêve que l’on a fait de soi. Pas trop au-delà, pas jusqu’à briser le miroir, mais jusqu’à saisir l’ombre du plis de l’étoffe. Celle qui donne du relief. Celle qui souligne ce mouvement particulier qui module notre voix.

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L’invention du poème #34

Avoir confiance en soi ? Avoir confiance suffit. Ou alors, un « en soi » pour désigner le lieu. Cette confiance qui permet le lâcher du poème et rend possible, par le dénuement qu’elle engendre, de ne plus considérer que deux choses : le mouvement et l’échange qu’il réalise. Comme le secret murmuré à l’enfant que nous étions : « tu vois, je me suis bien occupé des escargots ».

 

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L’invention du poème #33

Parfois, le poème résonne. Il nous met en mouvement lorsqu’il arrive à créer cette relation avec nous, durant son écriture, sa lecture ou son écoute. Il crée la dynamique qui est, qui fait la vie. Espace et temps précipité dans l’expérience sensible d’une parole hors d’usage.

Poésie, seule transcendance, non violente, non criminelle.
Jacques Roubaud, Poétique Remarques. Ed. du Seuil, 2016

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L’invention du poème #32

 

Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t’entoure.
Proverbe Navajo

La poésie est exercice de notre puissance. De son usage, de ses limites, de sa maîtrise. Elle nous estime au plus juste. Nous accompagne, par la parole, afin de discerner quand engranger, retenir ou dépenser notre énergie. Qu’elle ne se disperse pas, ou le moins possible.

La poésie n’est pas accès à un « au-delà », mais bien à un « en-dedans », cette partie intime endormie par le flot des paroles. Elle témoigne des interactions faibles du monde : la contemplation d’un visage, la saveur d’un silence qui s’invite entre nous,  la tulipe qui s’ouvre chaque matin un peu plus par la force irrésistible du réel.

Chaque poème est cette étincelle qui allume ce que nous avions cru perdu. Tous nos poèmes ensembles, ceux écrits, ceux lus, provoquent un crépitement qui annonce l’embrassement. Un état d’urgence.

 

 

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