UPPLR#41 : Le château de Fleurville, par Ariane Dreyfus

D’un jaune pâle et crémeux, les primevères
D’elles-mêmes se sont mises en bouquet
Camille et Madeleine assises pas loin l’une de l’autre
Et de minuscules vêtements étalés sur la pelouse
S’occupent à coiffer leurs poupées

Quand c’est fait,
Camille dispose les petits lits au pied de l’arbre
Madeleine apporte assez de planches
Pour les pièces où elles vivront
Mais s’interroge sur les courants d’air
Que toutes les dames craignent

Puis Camille préfère courir et Madeleine veut bien
Ceux qui vont loin ne savent pas ce qu’ils perdent

Ariane Dreyfus


Sophie ou la vie élastique
, Le Castor Astral, 112 p, 12 €.

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :

 

C’est une très belle idée. Reprendre les personnages de la Comtesse de Ségur, Sophie, Paul et les autres, entre conte et vie quotidienne, pour souligner et formuler les mouvements subtils et précieux qui animent une enfance. Qui permettront plus tard, adulte devenu, de ne pas se retrouver submergé et dévitalisé, comme dans ce recueil la pâle Madame de Réan.

Attachée au souci de l’élémentaire, la poète cite Guillevic : « On ne sait jamais / Ce que fera la branche, / la prochaine fois. » Ce pourrait être la règle de notre prochain jeu, juste après la lecture, sous l’ombre d’un grand saule.

Stéphane Bataillon

Retrouvez ce poème dans La Croix L’Hebdo du 18 et 19 juillet 2020.

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