une voix habite
en moi
comme dans une chambre
elle possède toutes les clés
tour à tour
elle déverrouille
une voix
qui me traverse
nue
de pièce en pièce
descend
les ponts-levis
appelle et me convoque
une voix qui est
un lieu
en moi
et où j’écoute aux portes
Sara Balbi di Bernardo
Les Fenêtres, suivi de Quoi,
Éditions de Corlevour, 128 p., 19 €.
Avec quoi créer ? À partir de quelles sensations, de quels souvenirs ? Et ce lieu commun d’une souffrance nécessaire dans le processus d’écriture est-il vérifié ? Pour son second recueil, Sara Balbi di Bernardo tente de répondre à ces questions au fil d’une introspection poétique remplie de figures référentes (Marguerite Duras, Louise Bourgeois ou Wim Wenders) et d’images frappantes : « Les cris des mouettes/ont hacké/l’azur. » Avec Les Fenêtres, elle ouvre plus largement sur ce que nous désirons faire de toutes nos expériences, de nos bribes de paroles échangées, de ce qui est maîtrisable et qui découle de nos choix de vie, et de ce que nous devons apprendre à accepter et contempler. « Je m’accroche aux saisons/j’avale des gélules de patience », écrit-elle, traitant tous ces enjeux comme si, en médecin de la parole, elle en tirait un diagnostic pour trouver le meilleur des remèdes. Celui de prendre, chaque matin, contact avec un poème.
Stéphane Bataillon
(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°318 du 31/01/2026)