Gérard Bocholier chronique « Où nos ombres s’épousent »

Dans le numéro 173 de la revue en ligne Recours au poème, Gérard Bocholier consacre sa rubrique « Chronique du veilleur » à la réédition d’Où nos ombres s’épousent-Vivre l’absence. Un grand merci à lui.

« Bientôt dix ans qu’elle est partie. Par pudeur ou pour sublimer sa lumière persistante, je ne l’ai jamais nommée dans les pages du livre. » Tout est presque dit dans ces phrases d’aujourd’hui, faisant suite à ce livre de 2010, livre de douleur et de silence, d’un lyrisme retenu, qui marqua l’entrée de Stéphane Bataillon en poésie. Le poète y parle de ce deuil cruel, de la perte de sa bien aimée, mais s’y interroge aussi sur l’indicible qu’il faut pourtant exprimer. Sa jeunesse se confronte déjà à toutes les grandes questions de l’écriture poétique :

Conserver seulement
ce qui est nécessaire

Ne garder que les mots
et puis les écouter.

« Une force vibrante », selon sa belle expression, porte toutes les pages de ce livre, les soutient comme un fardeau miraculeusement suspendu dans les airs. « Et puis il y a cette source, cette source de larmes chaudes qui ne s’arrête jamais malgré les embellies. » Ces larmes rejoignent les éléments, les sensations, « l’eau de la rivière », « l’herbe nouvelle », le sel qui « pique la peau », l’île et la forêt. Elles semblent les irriguer d’une sève étrange, qui les régénère et les purifie. Stéphane Bataillon relie le plus humble au plus grand, comme il tente de relier la mort et la vie.

Il ne reste de nous
que les mots les plus simples
ceux qu’on refuse de lire
sûr de les retrouver

Le parfum de la cendre
qui envahit l’auberge
annonce enfin la course
dans la grande forêt

L’espérance reste cachée, comme une eau pure sous la mousse. On la sent battre au cœur des poèmes qui, finalement, n’en forment plus qu’un, souvent à l’infinitif, mode d’une résolution à prendre, d’un sursaut à produire :

Laisser monter le chant
pour rester au plus proche
de notre découverte

Espérer qu’un matin
on saura le reprendre.

L’impersonnel permet aussi de prendre une certaine distance avec le tragique, il tend déjà à signifier un « nous » où tout humain éprouvé par la souffrance se retrouve et s’arme avec le poète pour continuer à vivre :

On rassemble les fils

éparpillés au sol
pour tresser une étoffe

On sent qu’elle peut tenir.

Cette « étoffe » du poème de Stéphane Bataillon est belle et réchauffe son lecteur qui se laisse envelopper par elle. Elle devient rempart au bord du vide, tissé de fragilité et de force. On n’a qu’envie de la conserver contre soi, à même le cœur.

GÉRARD BOCHOLIER

Pour lire l’article complet : http://www.recoursaupoeme.fr/chronique-du-veilleur-28-stephane-bataillon/

Écoutez l’émission « De la poésie pour vivre le temps du deuil »

rcfMercredi 2 novembre 2016, j’étais, avec Laurence Bouvet, l’invité de Stéphanie Gallet sur la radio RCF pour une belle émission ayant pour thème  » De la poésie pour vivre le temps du deuil », à l’occasion de la sortie de la nouvelle édition augmentée d’Où nos ombres s’épousent, mon premier recueil.

Vous pouvez (re)écoutez cette émission ici :

Écoutez l’émission Grand Angle sur RCF

rcflogoMardi 19 avril de 17 à 18h, j’étais l’invité de Christophe Henning pour l’émission Grand angle de RCF qui avait pour thème « la poésie, musique de l’âme ». Vous pouvez réécouter l’émission :

Écoutez l’émission RCF-Grand-Angle du 19 avril 2016 :

On croit qu’elle plaît surtout aux contemplatifs ou qu’elle agace les cartésiens, la poésie réunit plus qu’on ne le pense les uns et les autres car elle laisse entrevoir le coeur de l’homme. « On n’est pas dans les idées, dans la désincarnation, c’est un art total« , explique François-Xavier Maigre. En tant que lecteur, Stéphane Bataillon dit aimer trouver dans un poème « une énergie qui nous fait prendre conscience de nous, nous aide à nous reconnecter au monde dans ce qu’il a de plus simple de plus infime, ce dont le traitement médiatique ne parle même pas« . Dans un monde où tout semble aller très vite, dans une « période de la parole humiliée », disait Jacques Ellul, la poésie fait sortir la parole de sa « fonction utilitariste« . Un autre rapport à soi, au temps, au monde, comme une brèche que l’on peut ouvrir à tout instant de la journée.

« La poésie c’est d’abord une voix humaine, un timbre, j’aime cette singularité qu’il y a chez chacun« , confie François-Xavier Maigre, qui est journaliste mais aussi poète. Il est à la portée de chacun de s’émerveiller de ce pouvoir de la poésie de rejoindre chacun au plus profond. Le rédacteur en chef de Panorama se souvient de sa « première édition des Fleurs du mal, celle de 1921, 100 ans après la mort de Baudelaire » dont il aime « les traces d’humidité » venues avec le temps: « ça fait partie de ma vie, ce sont des marqueurs importants, des balises« .

Sylvie Taurelle insite sur la dimension concrète et matérielle de l’acte d’écrire, qui est comme « sculpter dans la matière des mots« . Pour elle, qui confie entretenir un rapport très fort à la nature « immanence et transcendance fusionnent » dans l’acte poétique. Et si la poésie a souvent affaire avec le spirituel, même des poèmes d’artistes comme Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet ont une dimension sprituelle. « La poésie ce n’est pas un catéchisme avec des rimes », pour François-Xavier Maigre. « c’est une insurrection intime », selon Stéphane Bataillon, auteur du blog « Poésie & écritures numériques ».

 

Invité de Ping Pong sur France Culture

ping-pongLe 29 janvier 2016, j’étais invité à l’émission Ping Pong de France Culture pour parler de poésie et de numérique. Vous pouvez écouter l’émission ici (seconde partie) :

Écoutez l’émission Ping Pong du 19/01/2016 :

http://www.franceculture.fr/emissions/ping-pong/journee-numerique-quand-la-litterature-la-peinture-et-la-musique-crevent-lecran