Invité de l’émission Ondes poétiques sur Radio Fm-Plus (à écouter en podcast)

Le dimanche 25 juillet 2021, j’étais au micro de Christian Malaplate pour FM-PLUS à l’occasion du Festival Voix Vives de Sète afin de parler de mon travail de poète et de journaliste, ainsi que de mon dernier recueil, Contre la nuit, paru aux éditions Bruno Doucey.

Réécoutez l’émission :

Lien de l’émission : http://www.radiofmplus.org/voix-vives-ondes-poetiques-25-juillet-2021/

Merci à Christian Malapatte et Guylène Dubois pour leur chaleureux accueil.

Un essai dans la revue des livres pour enfants N°317

La revue des livres pour enfants de la Bibliothèque Nationale de France m’a ouvert ses pages à l’occasion d’un passionnant numéro sur l’art du bref. Des réflexions, mon expérience et mon amour d’une “parole à hauteur d’herbe” à découvrir dans le numéro 317 de Février 2021, en très bonne compagnie avec, entre autres, l’ami Bernard Friot et une superbe couverture de Serge Bloch. Merci à Anne Blanchard, sa rédactrice en chef, pour cette belle invitation.

Informations et commandes : http://cnlj.bnf.fr/fr/page-editorial/la-revue-des-livres-pour-enfants

 

 

Gustave, une bande de po(è)tes, par Philippe Milbergue

Philippe Milbergue a consacré il y a quelques semaines un article très fouillé à l’aventure de Gustave sur le site de l’association “Les Morfals”. Un grand merci à lui pour ce temps passé à analyser le journal et à le faire découvrir à d’autres. En voici la reproduction :

 

” J’ai découvert GUSTAVE en février 2018 (N°71). En ce temps-là, car il s’agit déjà d’une autre époque, le virus de la COVID n’était pas révélé (existait-il ?) et nous nous dirigions lentement mais sûrement vers un libéralisme anglo-saxon et Thatchérien de la plus belle eau. En sommes-nous sortis ? C’est un autre débat qui dépasse largement le cadre de cette chronique et qui ferait, mais j’en suis coutumier, de trop grandes digressions.

Revenons à GUSTAVE qui se voulait, à cette époque, être le lien entre un poète, Stéphane Bataillon, et ses lecteurs. En l’occurrence, j’en étais depuis la parution de « Où nos ombres s’épousent » (Éd. Bruno Doucey, 2010 – Réédition augmentée en 2016). En fait, pour être précis, j’avais déjà « repéré » son nom en 2008 à l’occasion de la sortie de « Poésies de langue française, 144 poètes d’aujourd’hui autour du monde » publié aux Éditions Seghers et dont il était l’un des maîtres d’œuvres (avec Sylvestre Clancier et Bruno Doucey).

J’avais, je ne sais plus comment, reçu (est-ce bien le bon mot ? « eu accès à» serait plus juste) ce numéro 71, sous-titré « Mensuel d’action poétique » et je m’étais étonné de ce singulier. D’ailleurs, deux numéros plus tard, ce sous-titre disparaitrait au profit de « Journal poétique », puis, pour le numéro 75 « Mensuel poétique instantané » pour se stabiliser quelques temps sur la formule « Mensuel poétique ». Ces hésitations me plaisaient. Elles montraient, pour moi, la difficulté de qualifier l’objet poétique offert en lecture. Relevait-il du champ militant ? Du champ de l’intime ? Du simple périodique ? Plus tard, ces hésitations reviendront et GUSTAVE sera sous-titré « Lettre poétique », « un simple journal de poésie », avant de devenir « l’hebdomadaire poétique », en se positionnant comme l’unique hebdomadaire du secteur, ce qui, sauf erreur de ma part, était (et reste) vrai. Pour le N°100, il se transforme, en changeant sa périodicité, en « quinzomadaire de poésie », formule qui ne durera que le temps d’un été, GUSTAVE redevant un « mensuel de poésie » à partir du N° 104, avec parfois des mois un peu longs puisque le N°105 parait début novembre et le 106 fin décembre 2020 (daté Janvier 2021ce qui en fait une revue d’anticipation).

Dès le début, GUSTAVE fut pensé comme un périodique gratuit à diffusion libre. Un objet dématérialisé comme un lien favorisant une  « proximité poétique » autour de Stéphane Bataillon qui, jusqu’au N° 91 était le seul contributeur « textuel », soutenu par les illustrations de son complice Saint-Oma dont le trait me rappelle furieusement le travail de certains de mes amis illustrateurs des années ’70 ou le stencil servant à nos fanzines imposait l’usage de certaines techniques graphiques.

La « gratuité » n’est pas un concept dont je raffole vraiment, surtout en matière de production artistique. C’est nier, le terme est un peu fort, disons dévaloriser le travail de l’artiste et, pardonnez-moi cette approche un peu syndicaliste (voire évangéliste) mais, pour moi, tout travail mérite rétribution puisque « l’ouvrier mérite son salaire » (Luc 10:7). Nous pourrions ouvrir ce débat, je le ferai prochainement, mais disons simplement que lorsque la gratuité est l’un des éléments d’un échange (théorie de la réciprocité), comme à l’origine du projet GUSTAVE (je te donne ma revue, elle est la vitrine de mon travail, tu achètes mes livres), je comprends l’utilité de la gratuité comme outil de promotion. D’ailleurs, c’est ce que nous faisons également avec cette chronique et, plus largement, le développement de notre site.

Mais revenons à GUSTAVE, nous parlerons marketing et stratégie de communication ailleurs, en un autre temps.

De cette première période, je garde quelques courts, très courts poèmes, parfois des aphorismes comme

L’aventure

c’est de ne pas savoir

pour quels mots, ce matin

nos forces s’uniront.

 

Ou

 

Au fond des solitudes

effleurer une confiance

et pouvoir en douter.

 

Souvent des Haïkus, même si le formalisme des 17 mores n’est pas toujours respecté

 

Tu reviens du désert

bardé de ton silence

Je scrute ton sourire.

 

Chenille dressée

à l’attente du printemps

Mousse dans le jardin.

 

Sur un vieux vélo Peugeot

je croque une graine de maceron

Parfum de vacances d’outre-temps.

 

Ils restent dans la tradition du Haïku français telle qu’elle se distingue depuis Julien Vocance.

Quelques proses s’invitent aussi, au gré des numéros, comme des respirations aux silences des poèmes :

22/12 jour d’hiver. asymétrique. déflagration de blanc. bruit sourd. côté gauche atteint. 12 ans que. 12 ans que tu. loin. proche. au cœur. de mes jours. de mes nuits. du temps aboli. vitesse supersonique. Je t’entends dire bonjour. rire. me dire. je t’aime. lui raconte. Lui explique. il. me dit : “c’est galère, le cancer, hein?”. In a manner of speaking / I just want to say. parler de toi. un jour d’hiver. symétrique. explosion de lumière. côté gauche. moins éteint.

La phrase est minimaliste. Injonctive.  Fragmentaire. Parcellaire. Poème du souffle brisé plutôt que prose. L’absence de capital rend le point séparateur comme provisoire. Un point augmenté. Le fameux « point en haut » des grecs, des arabes et de Louis Jouvet.  Une autre approche de la respiration. Syncope des systoles.

Parfois, l’éditorial se fait poème, comme pour le N° 82 dont la seule phrase « Une poésie exercée comme écologie de la langue, dans le silence des pages, des écrans, inscrite pour résonner. » explique en grande partie le travail d’abrasion du langage mené par Stéphane Bataillon. Retirer tous ces intrants qui polluent la phrase au risque de troubler le sens, ou d’en retrouver l’origine, selon. « L’une des actions possibles pour permettre aux mots de retrouver leur poids, leurs sens, leur dignité. De reporter la langue au niveau du sacré sans système à défendre. »

Il s’agit, bien sûr, d’un possible et non d’une vérité. Un « possible » qui résonne particulièrement dans le travail sur les formes brèves. Laisser le lecteur compléter l’expérience et se fier à sa sensibilité. Il s’agit là d’une catharsis au sens esthétique et aristotélicien du terme. Un retour aux préceptes et aux archétypes. Le « sacré », comme antithèse du « profane » et non comme valeur politique, est naturellement au cœur de ce dispositif puisque nous sommes hors « système à défendre »

Enfin, il y a des « poèmes », aux formes plus habituels. Et si, sur cette période, je ne devais en retenir qu’un, ce serait celui-ci :

 

GRATIFICATION

Tu postes. Tu tweet. Tu poke. Tu follow

Tu estimes. Tu aimes. On t’estime. On

t’aime. Tu

Like

 

Tu repostes. Tu attends. Un retour

que l’autre poste. En retour de

Like

 

Tu te vexes. T’impatientes. Tu

t’angoisses. Tu profiles tous les

autres. Eux qui ont tous des

Like

 

Tu rerepostes. Tu reretweet. Tu dépoke,

Tu unfollow. Mets à jour ton statut pour

leur dire que t’es bien. Bien là. En

haut. D’eux. Du fil actualisé de leurs

putains de

Like

 

Mais tu n’en peux plus

tu ne peux plus suivre

la course au

Like

 

Alors tu te dénudes. Mais ça ne suffit

plus. Alors tu brûles. Mais même ce feu,

ne brille plus. Aucun

Like.

 

Il y a une colère, une force, ici qui m’a surpris et qui est un « pas de côté », ce me semble, dans le travail poétique de Stéphane Bataillon. Ce n’est pas tant dans la forme ou dans le vocabulaire mais dans l’intention, dans l’adresse. Ce poème observe et décrit l’acte d’un(e) autre alors que la grande majorité des poèmes de GUSTAVE première période, et, en général, de l’œuvre de Stéphane Bataillon, relève de l’intime ou de l’extime. Du regard de soi sur soi au regard de soi sur l’autre et, parfois, du regard de l’autre sur soi. Et puis, ce poème « raconte » quelque chose, avec une continuité temporelle, une progression, une chute. Le contraire d’une « poésie exercée comme écologie de la langue ». Ce n’est pas la première fois, plusieurs des poèmes proposés sont aussi des narrations mais rarement avec une temporalité si affirmée. Si je prends un autre texte que j’aime beaucoup :

 

La vague (Pour Éléonore et Pascal)

À l’écoute d’une vague

on se rapproche tout bas

apprivoisant nos peurs

et nos désirs d’enfants

 

À l’écoute d’une vague

on récolte le sel

pour déguster nos rêves

 

À l’écoute d’une vague

on s’échange ces silences

qui disent tout de nous

 

À l’écoute de cette vague

qui nous as submergé

on embrase deux mondes

se rencontrant enfin.

 

Nous sommes dans une temporalité « arrêtée », un « instantané ». Une photo. Alors que GRATIFICATION est un film. Et même un fil noir. Un drame de la solitude lorsque La vague est un instant partagé.

À partir du N° 92, GUSTAVE se transforme et, de lien entre un auteur et son lectorat, il devient un « magazine ». Ce changement coïncide avec l’ouverture de la période de confinement liée à la politique sanitaire mise en place pour lutter contre la pandémie de la COVID et, autre occurrence, le changement de périodicité où GUSTAVE de mensuel devient hebdomadaire. Stéphane Bataillon s’en explique dans son éditorial en ces termes :

 « … Alors, comme d’habitude en période d’apocalypse, appeler ce qui nous reste à la rescousse : la parole. Le poème. Pour nous aider à voir ce qui se passera en nous, d’abord. À discerner les chants et à les entonner. Alors, on s’est appelés ce week-end. Et on a décidé, rencontres de notre Printemps annulées, de ne pas baisser les bras. De vous offrir ça. Un hebdomadaire de poésie. Tous les lundis.

Rien que ça. Pour entrer dans la ronde. Et tenter une danse malgré les catastrophes. »

La pagination augmente un peu et passe de 4 à 5 pages. GUSTAVE accueille alors

 

Aurélia Lassaque, Poétesse occitane que j’avais eu le plaisir de découvrir dans les anthologies Voix Vives » (2013, 2015, 2017 et 2020) et de retrouver dans d’autres anthologies comme Courage ! ou L’ardeur (aux Éditions Bruno Doucey). Elle a publié plusieurs ouvrages, dont une petite dizaine de livres d’artistes, et trois recueils :

Cinquena sason (Édition Letra d’oc – 2006)

Pour que chantent les salamandres (Éditions Bruno Doucey – 2013)

En quête d’un visage (Éditions Bruno Doucey – 2017)

 

Ici, elle livre un inédit qui m’a particulièrement touché et dont je ne peux m’empêcher de vous livrer un extrait :

 

Toi qui as vu le sommet des montagnes

Toi qui sais comme elle crisse, la neige

Remonte jusqu’à la naissance

De ma source

Pose tes lèvres à l’échancrure

Que je t’abreuve

D’un mirage

 

Puis elle reviendra dans le N° 95 pour la traduction d’un poème de Zingonia Zingone et dans le N° 100 avec une courte prose.

Alexis Bernaut, qui deviendra un habitué (N° 93, 94, 96, 100, 101, 103, 104, 105) dont j’apprécie l’humour et la sensibilité :

 

LA MÉSANGE

Une mésange est venue

toquer du bec sur la vitre

Interrogeant le son

la résistance

elle insistait

L’oiseau sans doute

ne sait-il rien du verre

Mais nous aussi nous connaissons

ces transparences

qui nous interdisent

Il a publié en mai dernier « un miroir au cœur du brasier »  chez Le temps des cerises Éditeurs. Une très belle découverte pour moi.

Florence Valéro, qui reviendra périodiquement (N° 94, 96, 100 et 102) et qui a publié, notamment, Où je dors de te méconnaitre et Contre la tempe des pierres aux Éditions de L’arbre à paroles, ou encore L’instant des fantômes chez L’herbe qui tremble Éditions. Je lui consacrerai bientôt une chronique « découverte » tant son univers me touche. En attendant, pour le plaisir, un petit inédit proposé dans le N°92 de GUSTAVE :

 

TOURNER EN ROND

tourner en rond

au bord des fenêtres

toujours au bord

comme un silence

et rien d’autre dans mes yeux

que tout

à raconter

 

Bruno Doucey, que je ne présente plus, guest de ce numéro et du suivant, et qui nous livre deux textes sur la relation à l’autre : COÏNCIDENCES et RENCONTRE dont j’extrais ces quelques vers « Dans la ville en archipel / Le bateau des mots / Prend langue avec l’avenir. » qui me renvoie à la fonction première du langage, communiquer.

Arianne Lefauconnier, futur contributrice régulière de GUSTAVE où elle apparait dans les N° 94, 98, 102, 104 et 105. Elle n’a, à notre connaissance, pas encore publié en recueil ou en Anthologie mais cela ne devrait pas tarder tant son vers et sa prose sont profondément personnels.

 

SE RETROUVER

dans des lieux sombres on se retrouvera. dans des lieux sombres ma peau phosphorescente te guide jusqu’à l’éveil. il fait nuit, les bars sont fermés, viens chez moi. j’aurai pour toi des mots tendres et des caresses à faire passer les saisons. plus rien n’existe. je verserai des vins d’ailleurs entre tes lèvres. n’oublie pas de m’embrasser. n’oublie pas les corps dans les caves, les corps dansant, les corps qu’on déshabille. tout reviendra. viens me chercher. nous traverserons l’hiver dans des chambres chaudes où ils ne nous trouveront pas.

Et puis, bien sûr, pour organiser tout cela, le duo Stéphane Bataillon et Saint-Oma, Saint-Oma qui nous livrera un épisode, parfois plusieurs, d’ONDE DE CHOC par livraison jusqu’au N° 105.

L’équipe accueille de nouveaux auteurs régulièrement. Certain(e)s deviennent des habitué(e)s.

Orianne Papin arrive au N° 94 et est présente dans presque tous les numéros (sauf N° 98, 102, 103 et 105).  Je l’ai retrouvée avec plaisir dans le Polder 185 de la revue Décharge / Gros Textes pour un recueil intitulé « Poste restante ». Elle nous livre ici de petites scènes « quotidiennes », prétextes à une poésie délicate, proche de ces instants fugitifs où l’on rencontre « l’autre », parfois inconnu, souvent aussi perdu que nous.

 

ASTUCE

Perds-moi loin de mon amour

juste le temps d’un poème :

tu sais bien qu’il n’y a

que dans l’espace

entre toi et moi

que les mots

me trouvent.

 

Yves Leclair, lui, s’invite à partir du N° 93. On le retrouve ensuite dans tous les numéros sauf le N° 100 (peut-être était-il en vacances ?).  Yves Leclair est un auteur d’importance, (voir son Wikipédia) et plus d’une quarantaine d’ouvrages publiés dont une bonne vingtaine de recueils poétiques.

Ici, à partir du N°94, il propose une suite de texte intitulée « Exercice de taologie quotidienne ». Très souvent proposés sous la forme à peine modifiée de Tanka (inversé ou non), ces exercices tendent à rapprocher l’instant de la sensation. Ce que l’on voit, ce que l’on ressent. Dans les formes « courtes » le Tanka est celle qui me touche le plus, sans doute parce qu’elle est plus « directe » que le Haïku.

 

le pigeon haut perché

sur le rond capuchon

du réverbère

tourne la tête

à droite à gauche

 

Maïa Brami elle aussi apparait pour la première fois dans le N° 93, qui est sans aucun doute le numéro qui matérialise la transformation de GUSTAVE en « magazine ». Elle y présente un poète américain, inconnu de moi : Pierre Boening-Scherel. Puis elle revient dans le numéro 98, toujours comme traductrice mais cette fois d’une poétesse anglophone : Charlotte Leport. Est-elle anglaise ? galloise ? écossaise ? irlandaise ? américaine ? sud-africaine ? australienne ?… Comme j’aime bien le style de Maïa Brami, je me laisse prendre aux rythmes réinventés de la traduction.

Let me be your ark

Night and day

Sailing on through shadow

Of ravens wing-

Laisse-moi être ton arche

Nuit et jour

Voguant au travers l’ombre

Des ailes du corbeau-

 

Puis, dans les numéros 100, 102, 103, 104 et 105, elle nous propose ses propres rythmes avec, notamment, une très vive déclaration d’envie dans ce poème-ci :

 

S’ASSUJETTIR

Devant sa jeunesse sage, sa verte vigueur

L’envie d’effleurer son cœur

Savoir d’instinct que le heurt en sera solide

Étouffé comme celui d’une pendule rustique

Vouloir s’assujettir à la ligne tendue de ses épaules

Vouloir s’assujettir à sa force

Basculer à la renverse, sciemment se laisser piéger

Pour mieux le plier à mon désir

Dans ses yeux neufs, sous ses grandes mains

Me refaçonner

Avide

 

Ce poème a dû également plaire à GUSTAVE qui le propose en page 10 et en page 15 de son numéro 104. Qu’il se rassure, je l’ai lu deux fois avec le même plaisir.

Maïa Brami est l’autrice d’une vingtaine ouvrages (romans, romans jeunesses, nouvelles, poésies, essais, beaux livres…) et a collaboré à plusieurs projets collectifs. Pour ma part, je mettrais volontiers en avant le très sincère « Cocteau à Milly-la-Forêt – Lettre au poète » chez Belin (2014) parce que, s’il faut une raison, Cocteau m’accompagne de toujours.

Tom Buron nous propose un court poème dans le N° 93 puis revient pour le N° 100 avec, en guise de cadeau, une ballade d’attrape-cœur adolescent et de FEUTRE BLEU en Bruxelles. Nous le retrouverons au sommaire des numéros 104 et 105, installant ses pénates et son style si proches des surréalistes et des écritures semi-automatiques (à la Kalachnikov en fait).

 

SCORIES

Escale des communiantes

Et des sisyphes indigènes qui

Mettent le cap vers les profondeurs

Puis rendent leur vin sucré aux racines brunes

Creusent loin au sein de tes fragments d’embrassement

Accouchent d’une chair obsidienne peignent leurs cheveux

De ta lumière bronze en tigres éborgnés sur tes cimes démentes

Nulle mer nulle rivière nul océan nul frère nul dieu il est temps d’avaler les

Charbons et de nous faire stratovolcans                                       en vérité il est temps

 

Merci à GUSTAVE de me l’avoir révélé, je ne le connaissais pas.

Tom Buron a son Wikipédia. Il a notamment publié en 2016, chez MaelstrÖm, « Le blues du 21ème siècle » étendard d’un certain underground parisien (sincèrement, je ne sais pas ce que cela veut dire…). Il faudra que je le lise, l’extrait en ligne me plait bien. Il a la tonicité des chansons d’Hubert-Félix Thiéfaine.

Claire Kalfon, enfin, rejoint GUSTAVE pour le N° 94. Elle reviendra 7 fois en 12 occurrences (N°97, 99, 100, 101, 103, 104 et 105) ce qui la place dans le quatuor de tête avec Maïa Brami, Yves Leclair et Alexis Bernaut. Elle apporte à GUSTAVE une spatialité ancrée entre un ciel et une terre de solitude. J’y retrouve l’ambiance des toile d’Edward Hopper, où le vent, la chaleur, les éléments laissent les mots à l’intérieur de nous, fleurs encore en oignons.

 

ICI ET POURTANT

Les bretelles de l’horizon

Ont lâché

Terre et ciel

Étendues et bordures

Tout se confond

Tout se répand

Et vibre

De l’absence de limites

Claire Kalfon publie depuis quelques années maintenant, en revues et en recueil. Chez Unicité, elle a publié « Ici et pourtant » (2020) et « Poèmes des intervalles » (2019). Son premier recueil « Delta » est paru aux Éditions Encres Vives en 2016.

Au fil des numéros, d’autres poètes sont venus, une fois, deux fois, trois fois, présenter leur travail. Je ne peux pas tous les citer, qu’ils me pardonnent, je les ai tous aimés car je suis Morfal et j’aime tout. Je garde de ces lectures leurs noms en mémoire, ils me reviendront en d’autres occasions.

Et demain ?

La transformation de GUSTAVE s’est accompagnée d’une augmentation de la pagination qui des 4 pages originelles a évolué jusqu’au 16 pages du N° 100, ce qui a créé un nouvel appel à contributions. Après, le format revient à 8 pages, puis 10 puis 15 puis 8… En fonction, je suppose, des poèmes reçus et des envies de publier, GUSTAVE varie. C’est l’avantage du support. J’ai suivi ces évolutions avec un plaisir toujours renouvelé, l’attente aiguisée de l’incertitude, quel format ? Quels poètes ? Quelle périodicité ?

Cependant, l’éditorial du dernier numéro (N° 106) définit de nouvelles priorités avec un retour à la pagination d’origine, quatre pages et un nouveau sous-titre : « Bref mensuel de poésie ». Il est vrai qu’entre le N° 91 et le N° 105, les poèmes se sont développés et la forme « courte », voire « très courte » n’apparaissait presque plus. Cela, personnellement, ne me gênait pas, j’aime tout je vous l’ai dit, mais je comprends cette envie de revenir aux racines du projet.

Cela dit, « les racines du projet » étaient de créer un lien entre Stéphane Bataillon et son lectorat, il en était le maître d’œuvre et le seul artisan textuel. L’ouverture à d’autres voix a largement modifié ce projet initial. Est-ce à dire que GUSTAVE va redevenir une « simple lettre » ? Ou que le choix éditorial est d’être un mouvement du « court » ? Du « bref poétique » ?

Il existe déjà des revues consacrées aux formes brèves : La revue du Tanka francophone par exemple, ou la revue GONG ou L’ours dansant, mensuel en ligne (gratuit) dont le premier numéro est paru en octobre dernier.

Et même si nous quittons ces formes « japonisantes » la très belle Revue Méninge propose beaucoup de textes « courts » dans ses pages. Elle est également disponible gratuitement, puisqu’il semblerait que c’est la tendance, en format pdf.

Le « court » est en vogue. Je ne m’en plains pas. Certains poètes travaillent sur le format twitter. Et pourquoi pas ? Tant que cette approche reste un possible et non un mal du siècle. Cette mode va de pair avec l’inscription de l’acte de lire dans un compartiment – temps restreint au profit des autres compartiments – temps (travail, famille, patrie) qui nous assujettissent. Ne peut-on prendre le temps de se plonger dans un paysage marin, une ode, une ballade aux frères humains dont la période dépasse les quelques secondes de l’instantané ?

Encore une fois, je n’ai rien contre cette approche et ceux qui me connaissent et me lisent savent qu’elle est inhérente à mon travail même si, ici, j’ai largement dépassé les 280 caractères autorisés par la modernité des supports actuels (et par l’attention possible des lecteurs ?). Toutefois, doit-on se rendre ? Ne peut-on imaginer un militantisme pour une augmentation du temps consacré à la lecture, à la lecture poétique, quel que soit le format du poème, plutôt qu’un militantisme pour des formes brèves « dans un monde ultra connecté » qui est un combat déjà gagné non pas pour la littérature mais pour les autres « compartiments – temps ? Réduire la proposition poétique aux courts n’est-ce pas augmenter, de facto, la disponibilité du cerveau pour les restes de nos contingences ? La découverte d’une écriture doit-elle dépendre de la longueur du texte ? Ne peut-on imaginer redécouvrir les joies de la « slow read » comme on apprécie le « slow food » initié en Italie ?

 

Voici de quoi ouvrir le débat, non ?

 

Quoiqu’il en soit, la liberté de Stéphane Bataillon guide les destinés de GUSTAVE. J’y ai pris mon plaisir de lire dans sa forme de lettre puis dans sa forme magazine. J’ai apprécié l’ouverture, l’arrivée de nouveaux auteurs, sans école, sans dogmatisme, juste une bande de po(è)tes qui aime à publier aux mêmes endroits, aux mêmes moments. Cela crée, croyez-moi, des souvenirs. J’aimerai le futur de GUSTAVE comme j’aime son présent et lorsque je regarde ces deux dernières années, je sais, je sens que d’autres voies, d’autres voix seront explorées. La poésie n’est-elle pas, comme la vie, une boite de chocolats ?”

Philippe Milbergue

Une critique de “Contre la nuit” sur Actualitté

Jean-Luc Favre consacre une critique à Contre la nuit sur le site Actualitté.  Un grand merci à lui. (Poète réaliste, ça me convient !)

Faire barrage au bruit et à la fureur du monde.

POÉSIE – Un peu de poésie encore ! C’est toujours un plaisir de lire ou relire le poète Stéphane Bataillon qui appartient à cette génération d’auteurs que l’on pourrait aisément qualifier de « réaliste », s’il n’y avait derrière ce terme une sorte de défiance naturelle chez les poètes, des querelles d’école aussi, avec la question suivante : qu’est-ce que la poésie ? Avec ces interminables et inféconds débats qui polluent l’atmosphère.

Le poète est libre n’est-ce pas d’employer les mots qu’il suppose être les siens, même si parfois il les « vole » à d’autres, un peu comme « le voleur de feu », sans même le savoir pourtant. Car finalement les mots, les mêmes, appartiennent à tout le (ce) monde. C’est presque une évidence ! Et certainement pas une faute. Prière alors de ne pas s’excuser !

Je doute d’ailleurs que Stéphane Bataillon, là où il se situe, dans un habitacle si singulier, cherche lui-même à exprimer des controverses. Et dont les mots qu’il utilise dans ses poèmes, horizontaux ou verticaux souvent brefs, à l’aide d’un vocabulaire pointilleux mais volontairement abordable,  ne sont précisément pas une fallacieuse réplique du Réel, mais éprouvent au contraire une dimension moins spectrale du sens révélé – atomisé. La poésie sert à cela, chercher des mots venus d’ailleurs quand bien même ils vivraient (cachés ?) dans votre esprit depuis tout temps comme une présence inopportune, voire factice, handicapante parfois – comme indiquant les chemins de traverse : ceux qu’il faut allègrement emprunter, ou au contraire symboliquement éviter avec la plus grande prudence. La lumière côtoie souvent l’ombre, et c’est à cet endroit que les rivages sont parfois des leurres. Gare au poète qui s’arrime à la terre ferme sans boussole. La perdition peut être au rendez-vous ! Comme une fatalité.

Il y a quelque chose qu’on a du mal à briser. Toute une chose, tout un monde qu’on arrive pas à écrire. Toute une intonation dans notre tête. Qui bloque. Qui se soustrait en s’écriant : mais à quoi bon tout çà, tout çà. Tout le monde le sait déjà. Alors que non. Peut-être pas. Peut-être pas que ces mots-là. Mais d’abord il faut redescendre. Violemment. De son petit piédestal construit de bric et de broc avec du plastique récupéré d’un vieux gadget de Pif. Mais d’abord il faut l’humilité.

Comme un plafond de verre…

Le poète sait donc très consciemment de quoi il en retourne de s’aventurer sur des traces inconnues. Il y a de la violence dans cette échappatoire, c’est inévitable. Une violence même inouïe, qui martèle le crâne comme un subtil avertissement qui étrangement ne tue pas d’emblée. Juste faire souffrir un peu, cela suffit. Comme aussi bien ne jamais franchir la ligne d’arrivée sans avoir au préalable déposé les armes. Le poète s’il veut survivre à sa hantise doit rester humble. C’est l’inévitable condition. Sinon quoi c’est à l’Hadès qu’il devra répondre, face à une mort presque certaine. Mais laquelle ? Cérébrale ? Organique ? Ainsi le poète doit-il pouvoir aussi surseoir à ses vieux démons…

Je sais plus
Je sais plus où marcher
Je sais plus où penser
Je sais plus où rigoler
Je sais plus où m’enfuir
Je sais plus où subir
Je sais plus où ne plus subir
Je sais plus où dormir
Je sais plus où rêver

Déclare-t-il encore, presque désespéré de ne plus savoir comment procéder ( « ne » n’a-t-il pas été radicalement gommé du poème ?) en gardant la tête haute. Le poète étouffe, sa respiration est devenue littéralement impossible. Il cherche son point d’ancrage, mais ne trouve face à lui que le doute. Ne plus savoir où dormir et où rêver, observe la limite de toute aventure humaine qui a brûlé tous ses espoirs d’être « moi ». Et quand bien même la bougie ne serait pas complètement éteinte, il manque une forte respiration susceptible de rendre la vie plus acceptable. Certes le poète ne se sent pas nécessairement vaincu, il dispose encore de quelques clés, en mesure de contourner les obstacles et ouvrir d’autres portes moins dangereuses ou vertigineuses.  Il ne sombrera pas c’est certain. Juste que…

Dans son dernier recueil, Contre la nuit, son éditeur Bruno Doucey, lui-même poète, indique, « Changer l’abord du jour qui commence par le poème » : tel est le vœu de Stéphane Bataillon dans ce recueil écrit pour faire barrage au bruit et à la fureur du monde. A la remontée des haines et à l’asservissement de l’homme par la force des algorithmes. A la tyrannie de la vitesse et aux conspirations identitaires ».

« Faire barrage » en effet est un mot d’ordre qui implique, et la conscience individuelle et les moyens d’action. Mais faire barrage aussi, c’est dans une certaine mesure apprendre à se taire, face à un monde qui parait disloqué, hagard, pour ne point dire tout simplement injuste. Le poète, s’il met souvent beaucoup de temps pour apprendre « à parler », comprend dans le même temps que les mots de la dispute dégagent une odeur suintante, aussi imprévisible que persistante. Respirer encore le peu d’air pur, qui ne relève pas de la détresse et de l’asservissement. Faire face aux conspirations qui naissent de toute part. Faire renaitre en quelque sorte sa propre identité solvable. Investir ses propres lieux de mémoire ! Rendre grâce à soi-même, rien que pour soi-même. Mais apprendre à connaître l’Autre (démon), sans se soucier de son approbation. L’Autre est le double du « moi », son improbable mystère. Mais il est là ! Il chante une autre langue, il résiste au trépas…

J’ai l’idée d’un poème
qui changerait l’abord
du jour qui commence

Qui te ferait sentir
le rayon de lumière
frappant la feuille tombée

Qui te rappellerait
à la suspension de l’air
la beauté qui se cache

Dans ce tumulte-là

Jean-Luc Favre
Stéphane Bataillon – Contre la nuit – Bruno Doucey – 9782362292323 – 14€

Un article sur “Contre la nuit” dans Le Monde des livres

Dans sa chronique Trans/poésie, publiée dans “Le Monde des Livres” du 18 octobre 2018, Didier Cahen présente “Contre la nuit“. Un grand merci à lui.

“Dans sa recherche d’un “lieu où suspendre la fuite”, Stéphane Bataillon (né en 1975) multiplie les registres mais sans jamais s’y perdre. Du Tweet recomposé au poème corrosif, il invente une façon bien à lui de se frotter aux turbulence d’un monde en perdition.”

Didier Cahen

L’émission le casque et l’enclume parle de “Contre la nuit”

L’émission culturelle “Le casque et l’enclume” diffusée sur RCF Loiret présente “Contre la nuit” dans son édition du 7 octobre. Merci à ses animateurs.

Écoutez l’émission ( chronique à partir de 2’16) :

 

Invité de l’émission “La Main à plume” sur Le Media TV

Vendredi 27 septembre 2019, j’étais l’un des invités de la première émission littéraire du Média TV, La Main à plume. J’y ai parlé poésie, écologie numérique, résistance à la réduction de notre intimité et ai présenté mon dernier recueil “Contre la nuit” paru aux Éditions Bruno Doucey :

Voir un extrait :

Revoir l’émission complète :

“La main à plume”, émission sur les livres de résistance, propose des rencontres autour de livres qui s’enracinent dans le refus du monde tel qu’il ne va pas, qui ne baissent pas la tête face aux injonctions à la résignation et qui imaginent une société juste, humaine, heureuse et solidaire. Les sciences sociales, la littérature et l’art ne sont pas des mondes à part, notre conviction faisant sienne cette déclaration : “Créer c’est résister, résister c’est créer !”

Face à la possibilité de plus en plus imminente du fascisme, les résistances d’aujourd’hui, comme la Résistance des années 1940-1944, ne peuvent pas être de pures défenses, même s’il faut bien riposter à la violence déjà en marche, à l’emprise étouffante du marché, aux diktats de la rentabilité, aux sentences de la concurrence, aux ravages des puissances et des États qui les servent.

Invités :
Julien Blanc, pour La lutte clandestine en France (Seuil, 2019) et Au commencement de la résistance (Seuil, 2010), Ugo Palheta, pour La possibilité du fascisme (La Découverte), Muriel Szac, pour ses collections « Ceux qui on dit non » (Actes Sud) et « Poés’idéal » (Bruno Doucey), ainsi que pour ses deux derniers nés, Joan Baez et Gustave Courbet, Stéphane Bataillon, pour son Contre la nuit (Bruno Doucey), et Judith Bernard, pour nous parler de Hors-Série.

Critique de “Contre la nuit” sur le site Terre à ciel

Une très belle critique de mon dernier recueil, “Contre la nuit” par Cécile Guivarch sur le passionnant et très riche site dédié à la poésie contemporaine Terre à ciel :

“D’une écriture inventive et dynamique, Stéphane Bataillon nous invite à nous rendre dans un pays mais « pour l’atteindre / il y a un gouffre à franchir ». Il passe du vers à la prose, réinvente son écriture à chaque poème. Parfois lecture verticale. Parfois silences ou typographie sans modération. Mais si la forme est changeante, cela évoque la vitesse à laquelle va notre monde. Ainsi, « Nous Tchik Tchik Tchik / nous Tchak Tchak Tchak », les grandes villes que l’on quitte à la hâte. Déménager de Paris à Montreuil. L’importance des lieux et ce qu’ils renferment. La possibilité de vivre ici en même temps que la contrainte de s’accommoder à un lieu. La terreur dans le monde et comme nous parvenons à continuer d’y vivre : « voir nos amis, nous embrasser, parler à notre fils, l’embrasser. Respirer. Mais sentir que ça grouille. » Lorsque cela grouille de trop, les mots deviennent plus silencieux. Passent de la prose au vers. « Les mots n’ont plus lieu d’être », surtout lorsque « je ne sais pas comment on fait la guerre » et que l’enfant en soi est encore si présent.
« Tu me demandes dans combien de jours nous allons mourir. Et si change de couleur, et si ça pourrit, quelqu’un qui meurt ».

La vitesse de la numérisation, cette révolution qui influe sur nos façons d’être :
« Tu post. Tu tweet. Tu poke. Tu follow. Tu like. »
L’importance de l’image avec les réseaux sociaux qui conduit à une baisse de l’estime de soi. Comme tout cela va vite. Ainsi suspendre la fuite : aller vers un monde hors connexion, avec ce gouffre à franchir. Nous portons dans le même temps les blessures de nos aïeux, mais peut-être que l’enjeu est de devenir « PLUS GRAND QUE TOUS CEUX QUI ÉTAIENT AVANT MOI ».

Ils ont posé une bombe. Elle a explosé. Pas écrire. Voir nos amis, nous embrasser, parler à notre fils, l’embrasser. Respirer. Mais sentir que ça grouille. Que ça se réveille. Ne pas se détourner. Eviter que nos monstres ne remontent. Par la tuyauterie des salles de bains, par l’embouchure des fleuves, par le fond des sept mers. Eviter l’inondation.

Critique de “Contre la nuit” dans le cahier livres & idées de La Croix

Dans le cahier Livres & idées du quotidien La Croix du 27 juin, Pascal Ruffenach consacre une très belle chronique à mon recueil “Contre la nuit”.

Chercheur de formes

Poésie. Troisième recueil de poèmes de Stéphane Bataillon, portant « l’idée d’un poème qui changerait l’abord du jour qui commence ».

«Ecrire la routine. Ces jours un peu pareils. Ces moments répétés qui n’auront droit ni à une photo, ni à un poème, ni à se changer en souvenir. » Stéphane Bataillon (1) est un moraliste. Au sens que ce mot possédait au XVIIe siècle : un homme qui cherche éperdument dans le temps qui passe, le sens des choses, leur raison d’exister et trouve la juste formule pour le dire. Les moralistes sont des chercheurs de formes. Percutantes, elliptiques parfois afin de provoquer chez le lecteur un mouvement de l’âme.

Contre la nuit, troisième recueil de Stéphane Bataillon, est traversé des minuscules histoires de nos vies, de celles qui surgissent dans la question d’un enfant ou l’absurdité de certains de nos comportements humains. L’auteur reçoit ces flux de vie avec l’étonnement des premières fois. Sans jugement, à distance parfois. Et il les explore par un langage aux formes multiples et qui utilise de nombreux chemins poétiques.

On peut lire ce recueil d’une traite, comme la description enjouée de notre comédie humaine, proche de l’univers de Jean Tardieu, avec des moments loufoques et d’autres qui plongent dans la métaphysique. Il permet de combattre la déshumanisation de l’être humain, habillé de prothèses digitales et inattentif au monde qui l’entoure. Et parfois le subissant. Mais, « rien à craindre de moi/Je n’entends rien/ne parle pas/Je réalise le rêve/d’une retraite subtile/qui vous concentrerait ». Stéphane Bataillon rêve du lieu où nous nous retrouverions, désaliénés de nos fausses identités, un peu flottant, pas très éloignés du big bang initial, quand tout n’était encore que commencement. Contre la nuit qui recouvre si vite nos vies et les engloutit si nous n’y prenons pas garde… Cette nuit est celle de chacun d’entre nous. Avec une morale provisoire pour le voyage : « Verse la poudre d’or/à l’endroit de tes failles/Elles se patineront/d’un éclat incertain ».

Pascal Ruffenach

(1) Journaliste à La Croix.

 

 

 

Entretien autour de mon travail poétique sur le site La Pierre et le Sel

Le site La Pierre et le Sel de Pierre Kobel, publie un grand entretien autour de mon travail poétique et du nouveau recueil, “Contre la nuit

Extrait : ” Mon nouveau recueil, (…) porte quelque chose de très important pour moi et de très actuel, je crois : le besoin d’intimité. Le respect de son rythme qui n’est forcément pas celui que les industriels de l’Internet veulent nous imposer en capturant notre attention et, dans un même mouvement, en favorisant l’avènement d’un capitalisme de surveillance pour mieux nous contrôler. Ça veut dire très exactement pour mieux contrôler nos désirs. Pour mieux les réduire à une valeur et les marchandiser ensuite. Voir pour nous les revendre. Et le pire, c’est que nous acceptons ça docilement. On tourne en circuit fermé, vampirisé par nos smartphones et les écrans. Une sorte de trou noir qui nous épuise et nous rend impuissants, voire désespérés. Je crois qu’alors, la poésie peut être une arme. Un « uppercut de tendresse » qui détient la plus grande des puissances : en soulignant le vivant par quelques mots de tous les jours, elle peut nous chuchoter à l’oreille ce qui est précieux et ainsi nous rappeler à nous-mêmes. Nous réveiller à notre part d’humanité. Certains appellent ça à notre part sacrée… Pour moi, c’est cela le mystère du poème, c’est là que le poème, plus que le poète, est peut-être « voyant ».

Lire l’entretien complet >

Chronique de “Contre la nuit” dans l’émission Au pied de la lettre sur RCF

Une chronique de Christophe Henning sur mon dernier recueil, Contre la nuit, dans son émission Au pied de la lettre diffusée le 29 avril 2019. Un grand merci à lui.

Écoutez l’émission (chronique en 44’40) :

Chronique de “Contre la nuit” dans l’émission j’irai cracher sur vos tombes de C-Lab

L’émission “J’irai cracher sur vos tombes” de la radio rennaise C-Lab a consacré une partie de son émission du 30 avril 2019 à Contre la nuit. Merci à eux pour cette lecture attentive et joyeuse.

Écoutez l’émission ici ou là :

 

Interview sur Radio Aligre pour présenter Bayam

Mercredi 6 juin 2007, j’étais l’invité de l’émission “Écoute, il y a un éléphant dans mon jardin” animée par Véronique Soulé sur Aligre FM pour présenter Bayam, l’application pour enfants de Bayard Jeunesse. Pour réécouter l’émission :

Gérard Bocholier chronique “Où nos ombres s’épousent”

Dans le numéro 173 de la revue en ligne Recours au poème, Gérard Bocholier consacre sa rubrique “Chronique du veilleur” à la réédition d’Où nos ombres s’épousent-Vivre l’absence. Un grand merci à lui.

« Bientôt dix ans qu’elle est partie. Par pudeur ou pour sublimer sa lumière persistante, je ne l’ai jamais nommée dans les pages du livre. » Tout est presque dit dans ces phrases d’aujourd’hui, faisant suite à ce livre de 2010, livre de douleur et de silence, d’un lyrisme retenu, qui marqua l’entrée de Stéphane Bataillon en poésie. Le poète y parle de ce deuil cruel, de la perte de sa bien aimée, mais s’y interroge aussi sur l’indicible qu’il faut pourtant exprimer. Sa jeunesse se confronte déjà à toutes les grandes questions de l’écriture poétique :

Conserver seulement
ce qui est nécessaire

Ne garder que les mots
et puis les écouter.

« Une force vibrante », selon sa belle expression, porte toutes les pages de ce livre, les soutient comme un fardeau miraculeusement suspendu dans les airs. « Et puis il y a cette source, cette source de larmes chaudes qui ne s’arrête jamais malgré les embellies. » Ces larmes rejoignent les éléments, les sensations, « l’eau de la rivière », « l’herbe nouvelle », le sel qui « pique la peau », l’île et la forêt. Elles semblent les irriguer d’une sève étrange, qui les régénère et les purifie. Stéphane Bataillon relie le plus humble au plus grand, comme il tente de relier la mort et la vie.

Il ne reste de nous
que les mots les plus simples
ceux qu’on refuse de lire
sûr de les retrouver

Le parfum de la cendre
qui envahit l’auberge
annonce enfin la course
dans la grande forêt

L’espérance reste cachée, comme une eau pure sous la mousse. On la sent battre au cœur des poèmes qui, finalement, n’en forment plus qu’un, souvent à l’infinitif, mode d’une résolution à prendre, d’un sursaut à produire :

Laisser monter le chant
pour rester au plus proche
de notre découverte

Espérer qu’un matin
on saura le reprendre.

L’impersonnel permet aussi de prendre une certaine distance avec le tragique, il tend déjà à signifier un « nous » où tout humain éprouvé par la souffrance se retrouve et s’arme avec le poète pour continuer à vivre :

On rassemble les fils

éparpillés au sol
pour tresser une étoffe

On sent qu’elle peut tenir.

Cette « étoffe » du poème de Stéphane Bataillon est belle et réchauffe son lecteur qui se laisse envelopper par elle. Elle devient rempart au bord du vide, tissé de fragilité et de force. On n’a qu’envie de la conserver contre soi, à même le cœur.

GÉRARD BOCHOLIER

Pour lire l’article complet : http://www.recoursaupoeme.fr/chronique-du-veilleur-28-stephane-bataillon/

Invité sur France Inter pour parler de Bayam

Samedi 25 mars, j’étais l’invité de la chronique Regards sur les médias sur France Inter pour parler de Bayam (à partir de 2’50). Merci pour la gentillesse et le bel enthousiasme d’Alexandra Ackoun.

La Croix présente le nouveau Bayam

Le quotidien La Croix a consacré une page au nouveau Bayam dans son édition du Vendredi 27 janvier.

Coup de jeune pour Bayam, application jeunesse de Bayard

Le groupe de presse, éditeur de « La Croix », propose une nouvelle formule, évolutive, personnalisée et sécurisée de son application ludo-éducative destinée aux enfants de 3 à 11 ans. Ils pourront y trouver des jeux, des dessins animés et des ateliers exclusifs.

Le groupe de presse, éditeur de « La Croix », propose une nouvelle formule, évolutive, personnalisée et sécurisée de son application ludo-éducative destinée aux enfants de 3 à 11 ans. Ils pourront y trouver des jeux, des dessins animés et des ateliers exclusifs.

« C’est vendredi ! », annonce l’application à Léa, 3 ans. La petite fille l’a lancée sur la tablette familiale en tapotant sur le logo de Bayam. Trois petits ronds, jaune, bleu, rouge. Trois couleurs primaires qui se déclinent selon une présentation élémentaire et autant de modules proposés à l’enfant sur le premier écran. Aujourd’hui, elle a le choix entre un voyage dans l’espace avec SamSam, « le plus petit des super-héros », un jeu de piste avec le petit chien Polo, ou un dessin libre.

Cette nouvelle formule de Bayam (1) est davantage qu’un simple toilettage. Créée en 2008 sous le nom de Bayard Kids, la plateforme destinée aux 3-11 ans avait eu la riche idée de rassembler en un seul espace virtuel l’ensemble des héros des titres jeunesse de Bayard (éditeur de La Croix) : Petit Ours Brun de Popi et Pomme d’Api, Zouk, la petite sorcière de Belles Histoires, Tom-Tom et Nana de J’aime lire. En 2012, avec la naissance de Bayam, la plateforme se scinde en deux, l’une pour les 3-7 ans, l’autre pour les 8-13 ans. Une distinction qui disparaît aujourd’hui sur une application multisupports.

Des contenus orchestrés par un algorithme

Léa découvrira ainsi, samedi 28 janvier, trois nouveaux contenus parmi les centaines d’autres activités : dessins animés, ateliers pédagogiques, contes et comptines. « Un algorithme va mettre en avant des activités en fonction de l’âge de l’enfant et de ce qu’il aura mis en favoris (un petit cœur en haut à droite de l’écran), explique Damien Giard, directeur du développement numérique jeunesse de Bayard. L’enfant a le syndrome du “steack-purée” : il préfère regarder ce qu’il aime déjà. Pour éviter qu’il tourne en rond, comme c’est le cas sur Facebook qui a tendance à mettre en avant ce que l’utilisateur apprécie d’avance, Bayam suggère donc progressivement d’autres choses. »

Pour l’anniversaire de Léa, une programmation spéciale l’attendra et l’éventail sera encore élargi. « C’est la première fois qu’une appli évolue avec l’âge de l’enfant », selon Stéphane Bataillon, rédacteur en chef de Bayam.

Le frère de Léa, Maxence, 8 ans, se voit proposer six programmes, dont trois sont personnalisés chaque jour. Trois évolutions sont pour l’instant possibles : 3-5 ans, 6-8 ans, 9-11 ans. Mais à terme, la sélection devrait être annuelle et plus fine. Un peu à la manière de Netflix dont Bayam partage le modèle d’abonnement : 3,99 € par famille et par mois, le premier mois étant gratuit (2).

Responsabiliser et accompagner l’enfant

Bayard mise sur ses productions maison. 70 % de l’offre, enrichie chaque semaine, sera fournie par le studio Bayam, dont les équipes sont basées à Montrouge et à Toulouse. Le reste est constitué de séries bien choisies (Tintin, Lucky Luke, Valérian). « Il s’agit pour nous d’un label de création et de transmission numérique pour les enfants », précise Stéphane Bataillon, qui place l’éducation bienveillante au cœur du projet, cherchant à responsabiliser l’enfant, tout en l’accompagnant.

« Nous souhaitons par exemple retravailler les comptines ou les contes classiques. Mais aussi tester de nouveaux projets animés en écrivant les scénarios pour le numérique avec les auteurs, comme c’est le cas pour l’adaptation du prochain livre d’Hervé Tullet»

Stéphane Bataillon tient à souligner la singularité de Bayam par rapport aux applications de programmes jeunesse télévisés (Tfoumax, de TF1, ou Zouzous, de France Télévisions). « Nous ne sommes pas un robinet à séries. Nous avons insisté sur l’interactif et faisons une sélection serrée qui varie selon les temps scolaires, les saisons ou l’actualité. Un spécial élections est prévu en mai. »

Une application sans publicité

Autre particularité : l’espace personnel où l’enfant peut stocker ses créations et même les envoyer depuis sa messagerie. Une messagerie qui n’est pas ouverte sur l’extérieur afin de sécuriser les échanges. Les petits abonnés pourront envoyer des messages à des adresses entrées par les parents.

Sans publicité, Bayam, qui compte déjà 10 000 abonnés, cherche à atteindre les 50 000 d’ici à trois ans. Mais l’équilibre économique peut être atteint avant si le studio Bayam parvient à vendre ses productions à des télévisions pour nourrir leur site Web.

Stéphane Dreyfus