Tarîqa

Deux puissances s’opposent
en dehors
en dedans

Mais toujours ce fil d’or
présent pour garantir
notre germination.
 

Avent #26 : Refuge

Plus temps
pour les histoires
et les messages codés

Plus rien
heureusement
ne peut nous rassurer

Tenir dans le silence
et la chaleur de cette nuitée.

Avent #25

Il y aurait quelque chose
au commencement du monde

Une parole pour vivre
une étincelle
une vibration

qui aurait perduré
au-delà des nuits sombres

Comment la retrouver ?
grâce à quelle parole ?
brûlant quelle étincelle ?
suivant quelle vibration ?

Certains ne peuvent répondre
et d’autres se retournent

Et nous, qui cheminons.

In memoriam

Est-ce toi
qui de là où
m’a indiqué la route ?

Ce chemin de poèmes
pour faire face au néant
qui chaque jour nous rappelle ?

Signal de position :
je n’ai rien oublié.

Je t’aime.

Paladin

Paladin de lumière
chevauche hors du Non-être
au-delà des instants

Et à la nuit tombée
sous un manteau de neige
découvre une chaumière
chauffée d’un feu brûlant.

Avent #24

Avancer d’un pas sûr
pour découvrir le monde

Et ne pas s’excuser
et ne pas se confondre

Mais regarder, debout
les merveilles offertes
qui débordent de partout

Et y participer
d’une franche gratitude.

Avent #23

Pas de chute pour l’homme
mais un dépôt de sel
pour rêver le désir

Pour dédier sa vie
à filtrer l’eau de mer
et abolir la soif
qui tuait les enfants.

Avent #22 : YHWH

50 625 possibilités
de prononcer le tétragramme

Une parole infinie
pour y trouver le mot
qui te définira.

Conférence de David Racheline durant les dernières journées Évangile & liberté (voir cette question en 22:33)

Avent #20 : Pas l’acédie

On avance
sur le goudron
on écrase une tige
un escargot sans faire exprès
il se met à pleuvoir
le chantier d’à côté
la grue là depuis dix jours
la boue
les bouteilles de plastique
un sourire
une voiture qui klaxonne
un verset
un verre de vin
dans la maison ouverte
dans la paroisse
à faire la vaisselle
une odeur d’hier
de quand on était tous
vivants

Pas l’acédie
pas l’à quoi bon

Jamais plus.

Avent #19

S’avancer au désert
en recherche d’une parole

Entendre mon grand-père
redire le même conseil

Celui de cet effort
toujours à accomplir
pour que le sable puisse
enfin s’amalgamer.

Auprès de mon arbre

Se séparer un temps
au pied du grand figuier
pour mieux se rendre compte
du prix de nos regards

Faire naître le désir
au-delà du chagrin
et des lamentations
d’être réunis ensemble
pour se sentir vivants

Voilà, voilà tout
ce que nous devons faire
sur cette terre de ciel.
 

Poésie du Portugal : Langueurs et joies de la saudade

Une belle et imposante anthologie de la poésie du Portugal permet de plonger dans l’âme d’un peuple ayant hissé, par ses vers, un sentiment particulier au rang d’art de vivre.

(Article initialement paru dans le cahier Livres&idées de La Croix du 18/11/2021)

La poésie du Portugal des origines au XXe siècle

Traduit du portugais et présenté par Max de Carvalho

Chandeigne, 1 986 p., 49 €

C’est un mot intraduisible, mélange de joie et de mélancolie, « délectation morose » prenant vie à travers les soubresauts des corps de ceux qui le prononcent, le chantent, le dansent. Ce mot, saudade, typiquement portugais, ne vibre et ne touche jamais mieux que lorsqu’il trouve asile au centre d’un poème.

Les éditions Chandeigne, créées en 1992 et spécialisées dans les littératures du monde lusophone, proposent une magnifique anthologie pour en saisir l’essence et couvrir l’art poétique du Portugal, près de dix ans après avoir exploré de la même manière, et avec le même traducteur, celui du Brésil. La présence, ici, de quelques poètes du Cap-Vert, tels João Vário, tisse le lien entre ces deux archipels de papier. Le vaste panorama rassemble 280 auteurs et 1 100 poèmes en version bilingue, allant des cancioneiros récitées par les troubadours du XIIe siècle aux proses poétiques de la génération des poètes de l’immédiate après Seconde Guerre mondiale.

Un voyage au cœur d’une langue attachée à sa terre, à ses vents et à ses tremblements, de Lisbonne « capitale de la nostalgie » à Portalegre, de Porto à Faro, cette « matière de Portugal » explore les thématiques et les figures récurrentes qui incarnent cette saudade : moires fantastiques, vaisseaux fantômes, chiens errants, ou varinas, marchandes de poissons d’hier. Un univers fantasmagorique servant à imaginer un nouvel Empire. « Le Portugal futur est un pays/où le pur oiseau est permis », écrit ainsi Ruy Belo (1933-1978).

Afin de distinguer les mouvements de ce chant ininterrompu que l’ostinato, répétition des mêmes motifs, structure, Max de Carvalho a choisi une organisation chronologique, présentant pour chaque poète une suite de 2 à 10 textes dans leur version intégrale (excluant, de fait, les pièces trop longues). Les voix tutélaires que sont Gil Vicente, Luís Vaz de Camões, Fernando Pessoa ou António Nobre se mêlent avec celles, moins entendues, d’autres membres de ce grand chœur. Une fois retracées les périodes fondatrices, jusqu’au symbolisme, les deux tiers de l’anthologie concernent les poètes du XXe siècle et l’explosion d’une modernité donnant naissance à d’impressionnants cante alentajano, du nom de ces polyphonies typiques du sud du pays.

Au « Je suis un gardeur de troupeaux/Le troupeau, ce sont mes pensées/Et mes pensées sont toutes sensations » de Pessoa répond, par exemple, le « Ne pouvant m’adresser à la terre entière/je dirai un secret à l’oreille d’un seul » de la poétesse Luiza Neto Jorge (1939-1989). Le lyrisme y prend toute sa place, souvent teinté de cette mélancolie qui ne cesse de se reformuler. « Ce sont les mots croisés de mes rêves/Des mots enfouis dans la prison de ma vie/Et cela toutes les nuits du monde une seule et longue nuit/Dans une chambre solitaire », exalte ainsi António Ramos Rosa (1924-2013).

Une longue traversée, rendue particulièrement agréable et stimulante par le soin apporté à la mise en page et la présence d’une centaine de pages de « Portraits présumés ». Résumés très vivants du parcours de chaque auteur, ils soulignent la singularité et les imbrications de leurs parcours créatifs. Une histoire condensée et incarnée de cette poésie qui, lorsque Manuel Laranjeira (1877-1912) se demande : « Mais si tout est faillite,/ Et la vie une farce,/ À quoi bon espérer,/Et pourquoi être triste ? », perce d’un vers les ombres avec leurs propres armes.

Stéphane Bataillon

Sortie de l’anthologie jeunesse « Des voix pour la terre » aux éditions Bruno Doucey

J’ai le plaisir de vous annoncer la sortie d’une très belle petite anthologie de poésie écologique pour la jeunesse « Des voix pour la Terre » dirigée et présentée  par Ariane Lefauconnier, Pierre Kobel aux éditions Bruno Doucey. Mon poème « Ce que nous devons aux arbres », tiré du recueil « Contre la nuit » y est reproduit, voisinant avec les textes d’autres auteurs dont Margaret Atwood, Alaiin Damasio ou Thomas Vinau. Avec, en vis à vis, cette citation du chef amérindien Seattle : » La terre n’appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. »

Ce livre est un brûlot. Plus de 40 poètes et chanteurs du monde entier y dénoncent un scandale : l’asphyxie programmée de notre planète. Pollution des mers ou de l’air, destruction des espèces vivantes, mais aussi réchauffement climatique, déforestation ou gaspillage des ressources, autant de combats portés par de grandes voix, de la canadienne Margaret Atwood, à l’innue Rita Mestokosho en passant par la brésilienne Marcia Theophilo, le Mahorai Nassuf Djailani, ou bien encore Alain Damasio ou le groupe de rock Mickey 3D. Cette anthologie s’inscrit dans la collection Poés’idéal, de petits livres militants, qui offrent aux adolescents les mots pour exprimer leurs révoltes et leurs rêves d’un monde meilleur. Ni plainte, ni catastrophisme, pas plus qu’exaltation lyrique d’un prétendu Eden perdu, mais une dénonciation implacable et un tracé d’avenir. Les mots se révoltent pour sauver notre Terre.

Extrait :

« Nous sommes la nature qu’on défonce.

Nous sommes la Terre qui coule,

juste avant qu’elle s’enfonce.

(…)

Et maintenant ?

Maintenant, la seule croissance que nous supporterons

sera celle des arbres

et des enfants.

Maintenant nous serons le vivant

qui se défend. »

– Alain Damasio

Collection : Poés’idéal, 129 p., 9 €. Site des éditions Bruno Doucey

Avent #18 : ménorah

Sept épis de blé d’or
pour atteindre le cœur

Lampes
pommeaux
fleurs
tiges, lumières, nœuds
et une coupe

Tout cela nécessaire
pour éclairer notre vie
au fil de chaque jour.

Les laveuses

Assécher les bords
le linge lavé

Ne retenir
que la chaleur qui s’en dégage

Mains jointes
dans le silence

Et laisser le soleil
s’abaisser sans la crainte
de la nuit qui s’annonce.

Reflets d’or

Nous avons pris l’argent
pour fondre notre alliance

L’amour, chaque jour entre nous
y reflète ses rayons.

Avent #17 :Théosis

Beaucoup de mots
pour les mêmes choses

De salut en libération
d’union au faire partie
d’une divinisation à un plus grand que nous

Là, peut-être
des ténèbres
qu’il nous faut dissiper

Unité à trouver au coeur de la parole
pour prendre la clef des champs.