Livre de Sarah #6

Vingt-quatre livres
Vingt-quarte vieillards
Vingt-quatre heures

À peine assez de temps
pour dire quelque chose.

(52)

Livre de Sarah #5

Qui brûle ?
Ta ville, le Temple, ta maison ?

Qui brûle ?
Ton propre corps, ton propre cœur, ton propre temple ?

Qui brûle ?
Et qui a allumé
l’incendie ?

Ce n’est pas elle
celle qui rôde

Pas elle mais elle sait
tirer profit

de la peur, du repli, de l’égoïsme
de ta peur, de ton repli, de ton égoïsme
dictée par cette situation

Elle sait qu’elle marchera
sans combats sur les cendres

Elle sait
que tu n’as même plus assez d’énergie
pour t’opposer à elle

Qu’elle pourra se servir
et t’asservir
comme à chaque fois

Comme à chaque
effondrement

Tu admires presque
son énergie
cette force que tu n’as plus

Elle saura en profiter

Saura te dire au creux
toutes les fausses paroles
avec les même mots

Et, peut-être bien
que tu la croiras

Juste assez longtemps
pour que tu ne puisses plus
te retourner

Il fera froid alors

Et tu en viendras presque
à regretter la flamme

Et tu en viendras presque
à te regretter

À imaginer
comment tu aurais pu
jouer avec les flammes
maîtriser le tirage
pour y voir son reflet

Mais il n’y a pas d’urgence

Juste temps de faire face
à ta part manquante

Pour la remplir de feu.

Livre de Sarah #4

Je me lève en ce jour
pour une solitude
jusqu’au milieu du monde

Je me lève en ce jour
pour goûter la distance
de toutes ses frontières

Je me lève en ce jour
pour un rai de lumière
établi d’un éclat.

(50)

Livre de Sarah #3

Renforcer son logis
conserver la chaleur
et pacifier l’espace

D’une respiration lente
être prêt à secourir
en cas de nuit profonde.

(103)

Livre de Sarah #2

Souvenir de cette dernière nuit
toutes lumières éteintes

Nos corps se réchauffants
avant d’être séparés
pour des jours et des jours

Une troisième présence
attendait en silence
et troublait nos esprits

Et si c’était
notre dernière nuit ?

L’un allait vivre, l’autre mourir

Le silence et le trouble
demeureraient identiques
mais changeraient de camp

de jour en jours
de larme en larmes
de caresse en caresses

D’une mort à la vie.

(61)

Livre de Sarah #1

Laisser passer
laisser couler
le flot et les rayons
et les paroles tannées
de ces sources lointaines

Et ne garder
sans interrompre
qu’un regard neuf
pour ces merveilles

Pour abonder le fleuve
intensifier le jour
faire vibrer le poème

Alors
dans un silence
nous nous retrouverons.

(42)

Tarîqa

Deux puissances s’opposent
en dehors
en dedans

Mais toujours ce fil d’or
présent pour garantir
notre germination.
 

Avent #25

Il y aurait quelque chose
au commencement du monde

Une parole pour vivre
une étincelle
une vibration

qui aurait perduré
au-delà des nuits sombres

Comment la retrouver ?
grâce à quelle parole ?
brûlant quelle étincelle ?
suivant quelle vibration ?

Certains ne peuvent répondre
et d’autres se retournent

Et nous, qui cheminons.

In memoriam

Est-ce toi
qui de là où
m’a indiqué la route ?

Ce chemin de poèmes
pour faire face au néant
qui chaque jour nous rappelle ?

Signal de position :
je n’ai rien oublié.

Je t’aime.

Paladin

Paladin de lumière
chevauche hors du Non-être
au-delà des instants

Et à la nuit tombée
sous un manteau de neige
découvre une chaumière
chauffée d’un feu brûlant.

Avent #24

Avancer d’un pas sûr
pour découvrir le monde

Et ne pas s’excuser
et ne pas se confondre

Mais regarder, debout
les merveilles offertes
qui débordent de partout

Et y participer
d’une franche gratitude.

Avent #23

Pas de chute pour l’homme
mais un dépôt de sel
pour rêver le désir

Pour dédier sa vie
à filtrer l’eau de mer
et abolir la soif
qui tuait les enfants.

Avent #20 : Pas l’acédie

On avance
sur le goudron
on écrase une tige
un escargot sans faire exprès
il se met à pleuvoir
le chantier d’à côté
la grue là depuis dix jours
la boue
les bouteilles de plastique
un sourire
une voiture qui klaxonne
un verset
un verre de vin
dans la maison ouverte
dans la paroisse
à faire la vaisselle
une odeur d’hier
de quand on était tous
vivants

Pas l’acédie
pas l’à quoi bon

Jamais plus.

Avent #19

S’avancer au désert
en recherche d’une parole

Entendre mon grand-père
redire le même conseil

Celui de cet effort
toujours à accomplir
pour que le sable puisse
enfin s’amalgamer.

Auprès de mon arbre

Se séparer un temps
au pied du grand figuier
pour mieux se rendre compte
du prix de nos regards

Faire naître le désir
au-delà du chagrin
et des lamentations
d’être réunis ensemble
pour se sentir vivants

Voilà, voilà tout
ce que nous devons faire
sur cette terre de ciel.
 

Avent #18 : ménorah

Sept épis de blé d’or
pour atteindre le cœur

Lampes
pommeaux
fleurs
tiges, lumières, nœuds
et une coupe

Tout cela nécessaire
pour éclairer notre vie
au fil de chaque jour.