Geste #4

Il ne s’agit pas
de remplir les failles
avec du faux mortier
qui se fissurerai
à la première sécheresse

Il ne s’agit pas
de tendre des mains de mots
et de s’en contenter

Il ne s’agit pas
d’offrir a son miroir
un surplus de lumière

Il s’agit de sculpter
quelque chose d’expérience
avec la modestie
de l’air non furieux

En forme

La forme est un carcan impossible. Sans limites. Avec son œil, sa liberté intérieure irréductible, comme au Go. Prenons le haïku. Forme réduite, à la cuisson, sans gras. 3 vers 17 syllabes, et pas n’importe quel ordre. Et pas de Je. Et un mot imposé sur la saison. Bref, la camisole, de loin. Et puis commencer, déborder un peu, ajouter son je, son petit soi, parce quand même, ça apportera quelque chose en plus, non ? Sa touch. Et puis s’affranchir. Et puis prendre la forme au sérieux. Suivre la règle du jeu. Se laisser imposer, imprégner. Perdre le match. Silence. Ténèbres. La forme. Elle est là. Nue. Lue, toujours un peu sur le même ton. Pas besoin. De ton. D’intonation d’ailleurs. Du Japon, mais bon. On s’en affranchi. Ça pourrait être là. Ici là. Avec notre pollution aux particules fines, nos libellules et nos mauvaises herbes qui percent le bitume. Figure de style. Observée. Motif, jusqu’au symbole. Bref. On prend la forme. Brève. Et on y entre. Sans rien bousculer des parois. En s’y fondant. En la remplissant à la goutte près. Jusqu’à ce que plus rien ne distingue notre forme de la forme de l’autre, là-bas, qui voulait faire son intéressant comme nous tout à l’heure au début mais finalement non. Demeurer quelques instant là, à l’intérieur de la forme, à l’extérieur pour mieux l’observer. Don. D’ubiquité. On est bien. Putain ce qu’on est bien. Là. En forme. On est. En forme.

“Ne soyez jamais pris dans le rêve de l’autre”

C.o.p (Conférence originale du poème) : Gilles Deleuze, “Qu’est-ce que l’acte de création”, conférence donnée à la Femis le 17 mars 1987.

Encore raté (secret story)

Nous sommes debout
enlacés
Je remarque – ce n’est pas la première fois
que nous tanguons,
lent balancement des corps

Je profite de cette danse
presque immobile
je pense aux fleurs dans la cour
je pense aux feuilles dans les arbres
je pense au secret du monde

Je te le dis – ce n’est pas la première fois
que tu t’émerveilles
avec moi
tu me réponds que c’est toi
qui fait exprès de te balancer doucement
que mon corps ne fait que suivre
je dis – ah bon ?
je suis déçu, un peu

Tu te figes pour me le prouver
mais ça ne tient pas
plus de 5 secondes
déséquilibre

Qui à raison
de moi
de toi
de l’énergie du monde ?

On remet l’expérience
à notre prochaine étreinte

Il faut toujours tenter.