Devenir soi selon Goldorak

Devenir soi, c’est se remettre, durant une étincelle d’éternité, dans le mouvement de notre joie. Dans cet état de calme étincelant que nous avons connu, à tous les âges de la vie, lorsqu’un rayon de soleil arrivait sur notre joue, lorsqu’un escargot faisait la course en tête, lorsque nous restions tous deux à regarder la mer.

Devenir soi, c’est ressentir l’estime de faire partie du monde, juste en le contemplant.

Devenir soi, c’est le prince Actarus, qui annonce le transfert dans le grand Goldorak, qui traverse ses entrailles pour mieux se libérer. Pour défendre sans fin les battements de son cœur. Nostalgie agissante de son Euphor rêvée.

Les épousailles

Modeler la parole

Accepter ce cadeau
bien au-delà du deuil
qui permit la rencontre

Décider d’en user
comme un potier patient

Et se laisser surprendre
par ce qui remplira.

Pêche

Se garder
de modifier son corps

Et ne pas se réduire
à l’un de ses reflets

Trouver son équation
au fil de la rivière

Jusqu’à ce blason d’or
égaré par un Roi
pour que nous le trouvions.

L’Ombre

Il n’y a pas que du noir
quand tu fermes les yeux
et que tu fais silence

Il n’y a pas que du noir
mais des paroles qui frappent
des sueurs qui reviennent
et des moments perdus

Il n’y a pas que du noir
lorsque tu implores grâce
d’atteindre ta lumière

De trouver réconfort
dans le tressaillement
que ton corps te procure

Il n’y a pas que du noir
mais ce n’est pas un rêve

Il est l’heure d’affronter
ta vie comme un héros

Et verser une larme
pour raviver ce puits.

 

Rien de trop (maxime delphique)

“Rien de trop”

L’inscription ne prend sens
qu’après la remontée

lorsque les ternes trésors
les épées oxydées
du sang de nos batailles
et les cordes coupées
se présentent à nos yeux

Alors

Vibrant d’un monde
et décidant des pertes
nous repartons sereins

Libres
pour une unique fois
d’instantaner le monde.

“Il ne s’agit pas d’atteindre la perfection, mais la totalité”
Carl Gustav Jung

Gnothi seauton

Une fois sur le parvis
du grand temple de Delphes
percevoir le soleil
et l’ombre qu’il nous crée

Accueillir dans ses mains
cette chaleur et ce froid
avant de diriger
vers la porte ses pas

Sur le seuil,
un vieil homme
attendait quelque chose.

Dies

Dimanche d’octobre

Après les jours de pluie
une lumière inonde la rue

À tel point que connaître
le sens des rayons
devient secondaire

Tous ensemble
baignés.

Dimanche matin

L’âme comme un soleil
l’esprit comme ses rayons

Une centrale de joie
irradiant nos coeurs

Pour que tu te souviennes
de ce matin ensemble.

Descente

Nager vers
les profondeurs

Sans retenir son souffle

Là où les vagues
n’affectent plus

Mais la même eau.

L’inconnu

Tellement difficile
de n’être pas responsables

D’accepter la patience
et de ne plus sourire
en quête d’approbation

Tellement difficile
d’accepter d’être libre
substituant d’autres ombres
pourvoyeuses de lumière

Tellement difficile
d’être là avec nous

De laisser traverser
l’inconnu qui s’annonce
d’une si simple joie.

Rose des sables

Rassembler
les traces éparses
les excès d’humeurs
et les effacements

Les prendre dans ses mains
les compresser ensemble
d’un évanouissement

La terre est plaine
le sable réchauffé

Pour que naisse la rose.

Passage de l’ombre

C’est quoi, l’ombre ?
Faut-il se brûler
à la lumière
qui lui permet ?

C’est quoi l’ombre ?
Faut-il lui donner un nom ?

C’est quoi l’ombre ?

Pendant que je me le demande
elle passe
de l’autre côté.

Credo #54 : Péché

Péché. Vieux mot. Trop lourd de sens. D’injonction et de chaînes, dans l’espace et le temps. D’une sorte d’empêchement, à peine prononcé, de notre élan à être. Il me gène. À tel point que j’hésite à la faire apparaître en note résonnante de l’un de mes poème, citant ce vieil homme mourant pour mieux laisser notre enthousiasme dans l’épître aux Romains de Paul. Et pourtant, comme elle est belle est forte, cette notion de péché. Le Nouveau vocabulaire Biblique dirigé par Jean-Pierre Prévost (Bayard, 2004) éclaire et libère la dynamique du mot hébreux dont il est la traduction : hatta’t (verbe hamartanô en grec). “Dans la langue archaïque, comme chez les classiques, le verbe hamartanô évoque, au sens propre, le fait de manquer le but, la cible et, au sens figuré, le sens de se tromper, de combattre une erreur (…) Le hatta’t est donc un geste ou un choix, intentionnel ou non, en vertu duquel une personne ou une collectivité rate la cible de sa vie. En tant que hatta’t, le péché désaligne une existence. (…) Pécheur est le pays ou l’individu dont l’existence est désalignée.”

Joie d’une langue à creuser. Pour aligner, au cœur, les mots de ce poème.

Un enterrement

Initier d’une mort
une nouvelle route

que la poussière tombée
enrichisse la terre

et que tu sois le seul
à ne pas être triste

cœur ouvert
ce matin.

Faire une croix

Vieil homme
mort sans chagrin

pour transformer le sang
en eau rafraîchissante

pour que la graine dormante
puisse se lever en toi.

“Nous savons qu’en nous l’homme ancien a été crucifié avec lui, pour que le corps du péché soit réduit à rien et que nous ne soyons plus esclaves du péché”. Paul, Aux Romains, 6.6

Gong

Ne pas réussir
à compter jusqu’à dix
ses respirations
avant le son de cloche

Ne pas s’en tenir
rigueur.