Chronique poésie sur RCF du 7 décembre 2020 : Anthologie personnelle de Charles Juliet

Retrouvez l’émission “Au pied de la lettre” du 7 décembre 2020 présentée par Christophe Henning sur RCF, avec notre chronique poésie de la semaine consacré à l’anthologie personnelle de Charles Juliet parue dans la collection poésie/Gallimard :

Écoutez la chronique (à 54’17) :

Avec, au programme de cette émission : Nos vies peuvent être bouleversées en un instant. Ces turbulences imprévues sont au coeur des romans d’Hervé Le Tellier, prix Goncourt 2020 et de Caroline Tiné.

Gustave, désormais mis en page sous Scribus (youpi !)

C’est une grande étape pour Gustave. Un projet dont je rêvais de puis longtemps sans jamais oser franchir le pas : réaliser sa mise en page grâce à un logiciel libre de PAO (Publication assisté par ordinateur) : le logiciel Scribus. Alternative libre et Opensource à des solutions propriétaires comme Adobe InDesign, Quark XPress ou Pages, le logiciel d’Apple qui me servait jusqu’ici à réaliser la maquette du journal, Scribus est un logiciel stable et disposant de toutes les fonctionnalités professionnelles permettant d’élaborer une publication (livre, magazine, affiche, flyer). Il est disponible sous Windows, MacOS et, bien sûr, Linux. Il fait partie d’une suite graphique libre généralement composée de Gimp (retouches photos équivalent de Photoshop), Inkscape (dessin vectoriel équivalent d’Illustrator) et de Calibre (réalisation de livres électronique au format epub auquel j’ai contribué en réalisant la première version française il y a quelques années de cela).

Mis en pratique de ce domaine qui m’intéresse depuis de nombreuses années (cf l’article « Ressources pour un design graphique libre » et le dossier Numérique libre : le guide pour reprendre le contrôle paru dans La Croix L’Hebdo), cette étape parachève la production/publication de mon travail grâce à des solutions opensource : ce site WordPress, son thème, les polices de caractères choisies (Inter pour les titres et Libre Baskerville pour le texte courant) et le système d’exploitation Linux Mint que j’utilise pour faire fonctionner mon ordinateur sont des ressources libres.

Contrairement à mes craintes, le logiciel, dans sa version 1.5.5, est extrêmement intuitif à utiliser et entièrement traduit en français. Seul petit problème rencontré, l’affichage d’une nouvelle police installée, provenant du fait que je n’avais pas effectué une petite manipulation expliquée sur ce tutoriel : https://scribus.fr/telecharger-ajouter-des-nouvelles-polices-decriture-dans-scribus/

Qu’est-ce que j’y gagne ? Du plaisir. Plaisir de retrouver les sensations de mes premiers fanzines sous XPress, la possibilité, avec un peu d’effort, de pouvoir maîtriser tous les paramètres de cette création, en effectuant, à chaque fois, de véritables choix, sans modèles prémâchés. Plaisir aussi de participer, par cet usage, au développement de ces solutions, et d’essayer de proposer, modestement et après le mythique magazine Le Tigre de Raphaël Metz et Lætitia Bianchi, pionnier de la mise en page professionnelle sous Scribus, un magazine sobre et élégant, qui donnera peut-être des idées à d’autres. Les différents essais et production de maquette sous Scribus que j’ai pu voir manquant hélas trop souvent de sens esthétique (aussi subjectif soit-il).

Et donc voilà, après quelques heures de formation grâce aux manuels disponibles (ici ou ici) et quelques tutos vidéo comme celui-ci, la préparation soigneuse de feuilles de styles, afin de conserver l’esprit du journal, quelques paramétrages pour gérer le bon affichage des images et des polices, le dernier numéro de Gustave (n°106) a été réalisé avec bonheur en quelques heures.

C’est beau, un logiciel libre, la nuit.

P.S : Si vous voulez découvrir ce monde passionnant, je ne puis que vous conseiller d’aller faire un tour sur le site des associations Framasoft, April et Aful qui réalisent un travail remarquable pour populariser toutes ces initiatives.

 

Gustave n°106 est paru

Le numéro 106 de Gustave, votre bref mensuel de poésie, est (enfin) paru ! Au programme pour la nouvelle année, 4 pages de poésie brèves pour faire basculer l’hypermonde en compagnie d’Orianne Papin, de Philippe Rebetez, de Sébastien Ayreault, d’Yves Leclair, de Myriam Oh, de Vincent Hoarau, de Stéphane Bataillon et du Bureau de la poésie tenu ce mois-ci par Brice Reiter. Sous une couverture de Saint Oma et son prolongement audio inédit, Radio Gustave, qui accueille ce mois-ci Zoé Besmond de Senneville.

Rendez-vous sur www.gustavemagazine.com pour vous abonner et télécharger votre numéro.

UPPLR #59 : Les porches de Hierusalem par Théodore Monod

Sous le déchaînement des orages et la foudre,
Au gouffre abandonner la nef, flottant cercueil,
Lâcher la barre, accepter le naufrage, au seuil
De la Nuit s’avancer à tâtons, laisser moudre

Aux meules du Destin son cœur, voir se résoudre
En liquide néant les donjons de l’orgueil,
Au jardin des amours acclimater le deuil,
Offrir son corps aux vers et ses os à la poudre,

D’un sanglant univers écouter les funèbres
Et cyniques chansons, au mur de la prison
Regarder chaque soir s’épaissir les ténèbres…

Soit, mais, debout, je guetterai sur l’horizon
Le mystique reflet des clartés d’outre-tombe :
« Sainte Sion, où tout est stable, et rien ne tombe… »

Théodore Monod

in Philippe François, Anthologie protestante de la poésie française,
Labor et Fides, 520 p., 24 €.

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :

 

Ce poème de « l’homme aux semelles de sable » fait partie d’une belle et imposante réédition de l’Anthologie protestante de la poésie française, menée par Philippe François, étendue aux XXe et XXIe siècles. Comme dans sa première édition, parue en 2011, elle se propose non pas de donner seulement à lire un corpus d’auteurs protestants, mais de voir comment, depuis le XVIe siècle, le surgissement de la Réforme a propagé ses ondes jusqu’aux rives poétiques. Qu’ils soient eux-mêmes protestants (de Clément Marot à Jacques Ellul), auteurs parlant du protestantisme (Victor Hugo ou Pierre Emmanuel) ou adversaires farouches (Ronsard, Claudel), les 136 écrivains ici rassemblés témoignent tous d’un corps à corps avec les mystères d’une foi envisagée. Cette somme intranquille fait résonner et enrichit nos propres formulations de ce que la poétesse Catherine Pozzi nomme « Très haut amour ».

Stéphane Bataillon (@sbataillon)

 

Chronique parue dans La Croix L’Hebdo n°62 du 11 décembre 2020.

Single malt sonata

Je ne peux pas créer de monde
où tu fredonnerais des heures
pour un seul ciel de Turner

Je ne peux pas créer de monde
où ton sourire émerveillerait
toutes les côtes de Guernesey

Je ne peux pas créer de monde
où tu nagerais en compagnie
des grandes tortues de Sainte Lucie

Je ne peux pas créer de monde
où notre steelband, sans aucun mal
te ferait reine du carnaval

Je ne peux pas créer ce monde
même d’un poème

Je ne peux pas

Alors d’une larme
je trinque à toi

Single malt sonata.

 

En mémoire de Sarah, il y a 14 ans déjà.

Chronique poésie sur RCF du 30 novembre 2020 : Anthologie Habiter poétiquement le monde

Retrouvez l’émission “Au pied de la lettre” du 30 novembre 2020 présentée par Christophe Henning sur RCF, avec notre chronique poésie de la semaine consacré à la nouvelle édition de l’anthologie Habiter poétiquement le monde parue aux éditions Poesis :

Écoutez la chronique (à 54’33) :

 

Avec, au programme de cette émission : Invités de Christophe Henning, Oscar Lalo et Thomas Snégaroff reviennent chacun sur une page douloureuse du XXe siècle, le nazisme et la folie hitlérienne.

UPPLR #59 : Relié, par Charles Juliet

toi qui n’as ni formes ni visage
mais qui es cette femme avec laquelle
je suis en incessant dialogue
cette nuit tu étais là

violent était mon besoin
de te porter en moi
de me glisser en toi
me mêler à ton secret
m’enrichir de ta substance
et des mots gonflés de notre fusion
se sont mis à bruire
ont fini par enfanter ce chant
où j’avais désir de te garder

accepte que ma voix sourde
le dépose en ta mémoire
et qu’il te donne à ressentir
la vénération que je te voue

Charles Juliet

Pour plus de lumière. Anthologie personnelle 1990-2012, Poésie/Gallimard, 448 p., 11,50 €

Écoutez ce poème (lecture Stéphane Bataillon) :

 

Placé à 3 mois dans une famille de paysans suisses, apprenant à 8 ans le décès d’une mère qu’il n’aura pas connue, Charles Juliet a transformé cette absence en une œuvre abondante, remplie de paroles pour combler le manque. Tenter de la comprendre, creusant ses propres ténèbres pour y trouver un peu de lumière. Dans son célèbre journal, dont le dixième tome, Le Jour baisse, sort simultanément aux éditions P.O.L (lire La Croix du 19 novembre) ou dans cette anthologie personnelle de poèmes couvrant vingt-deux années de publications, il réduit cette expression au plus dense, au plus direct. Un moyen d’opérer, comme le dit Jean-Pierre Siméon dans sa riche et passionnante préface, la transcendance intérieure, qui ne se fond pas dans le « tout-Dieu », comme chez les nombreux mystiques que l’écrivain affectionne, mais qui « revient à lui ». Telle une renaissance qui ferait le pari d’une vie consolée.

Stéphane Bataillon (@sbataillon)

(Article paru dans La Croix L’Hebdo du 28 novembre 2020)