la collapsologie a très peu avancé paraît-il
alors que des algues et des champignons
des bactéries inouïes comme des néologismes
font des progrès merveilleux
nous cherchons encore comment vivre
il ne s’agirait pas seulement de faire face
apprendre à disparaître
sans qu’un événement nous jette par-dessous terre
venir au jour serait découvrir les odeurs
humaines et non humaines
et le quitter faire une roulade dans la combe
sans laisser d’autre trace que des brins d’herbe sèche
à la fin de toute façon ce seront les bactéries
et les champignons
qui gagneront
Marie Rouzin
Au cas où
Cheyne Éditeur, collection « Sur le vif », 48 p., 12 €.
Si la catastrophe arrivait, il faudrait « apprendre à filtrer l’eau au cas où même la transparence deviendrait imbuvable » et encore « frotter les silex au cas où l’odeur du feu tomberait dans l’oubli ». Avec ce court recueil, Marie Rouzin, poète, née en 1978 à Bayeux, enseignante et autrice de Treize âges de la vie d’une femme (Le Castor Astral, 2024) nous livre un guide de survie pour temps sombres. Qu’ils résonnent des périls écologiques ou des bruits de bottes. Mais un guide qui ne se résigne pas à la peur et à l’angoisse, qui, grâce à la parole et à ses images, ouvre des pistes pour rester attentif et joyeux face aux mouvements du monde. Avec un souffle épique au cœur du quotidien, elle refuse d’être réduite au silence en ne cessant d’écouter, de ressentir et de créer ensemble : « Je franchirai la langue même brûlante au cas où l’humidité des voyelles deviendrait rare. » Ce petit volume inaugure une nouvelle collection de poche chez Cheyne Éditeur, « Sur le vif », destinée à accueillir des textes brefs, formulant les enjeux qui agitent le monde et les manières dont nos voix peuvent y répondre et y prendre part. Un projet nécessaire. Au cas où.
Stéphane Bataillon
(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°320 du 13/02/2026)