UPPLR #329 : « Ne tremble pas », de Caroline Boidé

Avec Gitane de la mer, la romancière et poétesse Caroline Boidé invente un nouveau mythe pour interroger nos envies d’aventure et nos besoins d’identité.

Ne tremble pas
Quand la mer s’obscurcit
l’ombre de l’homme habite toujours en dessous
Le ciel n’abat jamais une étoile

Ne tremble pas
La houle ne le jettera pas contre les rochers
Aucune bourrasque ne le brisera

Ne tremble pas
Regarde d’où vient le vent
S’il arrive de l’est à l’haleine tiède
la terre le ramènera à toi
Si c’est de l’ouest
une vague étranglée mourra à tes pieds

Ne tremble pas
La mer le sent

Caroline Boidé
Gitane de la mer
Éd. La rumeur libre, 72 p., 14 €

Avec Gitane de la mer, Caroline Boidé poursuit une œuvre qui, de romans en poèmes, met en avant le désir de femmes puissantes dans lequel l’élan spirituel occupe une place centrale. Après avoir consacré un livre à Jeanne Guyon, femme mystique (Cerf, 2023), et un essai, Il nous faut la vie fauve (Équateurs, 2025), consacré à l’« enchantement vital » des artistes qu’elle admire comme la chanteuse mexicaine Chavela Vargas ou le danseur Rudolf Noureev, elle tente ici la création d’un nouveau mythe. Celui d’une femme, « l’errante », déchirée entre deux hommes mystérieux : l’Homme grand du dedans, gardien de la maison aux enfants, et l’Homme aux îles perdues, marin dérivant dans ses solitudes. « Mais pourquoi partir au loin quand la maison aux enfants t’offre un palais ouvert aux quatre vents/un caravansérail qui porte ton nom ? » lui dit le premier face à ses envies d’ailleurs. Entre exil et refuge, l’aventure contée dans ces poèmes, celle d’une vie sans certitudes, touche à nos pensées intimes, lorsque l’on imagine parfois larguer toutes les amarres pour mieux se retrouver.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°329 du 16 avril 2026)

Laisser un commentaire