Avec Juste quelques étoiles, Florence Valéro propose un chemin de traverse, propice au silence et à la contemplation discrète des êtres, pour retrouver la confiance et aimer le monde et les autres, dans un monde assourdissant.
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« je suis costaud je bois beaucoup de lait »
dit le petit garçon de cinq ans en remuant
le compost
tournant ce volant prolongé en tire-bouchon
un outil qui fait sa taille
et permet d’exercer sur la terre nourrie de détritus
plusieurs pressions de bodybuilder
à côté de lui une camarade du même âge veut essayer
ils sursautent aux vers de terre aux rats qui s’échappent des
lattes aux asticots aux coquilles trop dures comme des lingots
dans la vase
des boutons d’ivoires échappés d’un tissu
tessons impromptus à sortir de là
sans se couper
ils poussent des cris en riant comme devant une piscine où
piquer une tête
les immondices sont des cachettes
des champs de mine qu’on referme d’un cadenas
une fois touillé l’amas
tant qu’ils n’ont que cette guerre pour rire
je ne leur souhaite pas d’autres images
ni d’autres sursauts qu’une terre moche à remuer quelques
minutes
en faisant attention aux choses qui coupent –
je ne leur souhaite que de se blesser
à de l’éphémère
Florence Valéro
Juste quelques étoiles
Abrapalabra, 86 p., 14 €
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Poète, dramaturge et actrice, Florence Valéro propose avec son nouveau recueil, Juste quelques étoiles, une balade urbaine à la recherche d’une confiance nouvelle. Celle des rituels de l’enfance, de l’attente d’un « happy meal », des feuilles de platane dans la foulée d’un joggeur. Non pas pour se rassurer, mais pour se ressouvenir de la fragilité des choses, surtout lorsque les cœurs se brisent, que les fractures séparent, que les polémiques sans fin, tout autour, nous épuisent.
« Apprends que tu as ta place / ce n’est pas la question de faire du bruit ». Alors, retrouver cette pudeur, cette discrétion nécessaire, pour mieux discerner les illusions du monde et ce qu’il est important de sauvegarder. Et se remettre, pour commencer l’été, à reprendre le temps : « Si j’avais une question précise à l’IA : / comment / s’emmerder / à être heureux ? »
Stéphane Bataillon
(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°340 du 2 juillet 2026)