Entre le poème Regardez de Maurice Carême et Le Point de vue du Gras, la toute première photographie conservée, réalisée par Nicéphore Niépce, surgit une interrogation fondamentale sur notre perception du réel. Où quand la poésie alliée à la photo nous pousse à changer de cadrage.
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Regardez, dit-il, c’est un paquebot
Tous regardèrent
Et dirent, c’est un paquebot
Regardez mieux, dit-il, c’est un avion
Tous répondirent
Que c’était bien là un avion
Mais non, regardez mieux, c’est un nuage
Tous, ils admirent
Qu’après tout, c’était un nuage
Enfin, il s’écria : « Mais ce n’est rien ! »
Tous avouèrent
Qu’en effet, ils ne voyaient rien.
Maurice Carême
Défier le destin (1987)
Fondation Maurice-Carême
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Paquebot échoué ? Avion futuriste ? Brume inquiétante ? Rien d’évident. Et pourtant, ce cliché, pris en 1826 ou 1827 par Nicéphore Niépce, inaugure une nouvelle ère dans la représentation du réel. Le Point de vue du Gras est considéré comme la première photographie connue, réussie et conservée de l’histoire. Elle fut prise depuis la maison de Niépce à Saint-Loup-de-Varennes, (Saône-et-Loire).
Avec ce poème, Maurice Carême nous permet de changer de focale et nous interroge : que voyons-nous à travers les images qui nous entourent ? Y sommes-nous à notre place ? Objectifs ou dupés par les effets ? Sujets magnifiés ou réduits à de simples silhouettes sur pellicule ? Depuis deux cents ans, vers choisis et prises de vue se sont souvent alliés pour réfléchir et rêver notre réalité. Man Ray et Paul Éluard, Jacques Prévert et Robert Doisneau… poètes et photographes ont joué des deux arts pour nous offrir leurs visions, sans jamais risquer la surexposition.
Stéphane Bataillon
(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°339 du 25 juin 2026)