Dans son nouveau recueil, Nathalie Nabert, poète, navigatrice et professeure spécialiste de l’ordre des Chartreux relie les quatre éléments aux traces laissées par les peuples tout autour du monde, comme un carnet de voyage tissant paroles et silences.
___
Les odeurs du soir
Montent de la terre
Comme une réminiscence
Du jour.
Odeurs de bourrache
Et de mottes brisées
Dans la main des hommes.
Un rien de vie
Et soudain,
La fertile nudité du labeur.
Tout repose et demeure
Dans l’ordre consenti
Des saisons.
Nathalie Nabert
La Trace et l’Infini, Ad Solem, 96 p., 19 €
___
C’est un voyage à travers les terres et les paroles auquel Nathalie Nabert nous convie dans son nouveau recueil. À la fois universitaire et navigatrice, celle pour qui la poésie n’est pas « un art de mieux dire mais de (se) joindre à l’essentiel » s’attache aux formes premières, aux traces laissées par les peuples d’ailleurs, sur les parois des grottes ou les stèles de pierres quand « la parole devient signe et le signe verbe au sens d’une création originelle ». Dans une préface éclairante, cette grande spécialiste de l’ordre des Chartreux relie son intérêt pour la spiritualité et les mystiques avec son art de la parole : « Je ne peux pas dissocier la poésie de la sagesse, cette splendeur de l’humanité, qui, d’une civilisation à l’autre, fait obstacle aux meurtrissures de l’histoire. » Ces poèmes, qui traversent le Mexique, la Géorgie ou le Groenland, en ramènent les mots et collectent leurs images, comme autant de parfums pour mieux sentir le monde.
Stéphane Bataillon
(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°338 du 18 juin 2026)