Peut-être
Y a-t-il,
Derrière l’ombre,
De quoi appréhender
La Terre ?
Là où le ciel
Se dérobe
S’efface l’espace
D’un questionnement.
Alors s’impose
L’évidence
Dans la lumière
Du « j’ai été » ce que,
Précisément,
« Je ne puis être »
Qu’en niant
Le « Je serai »
Assurément.
Michel Lamart
Peut-être,
coll. « Cahiers du Loup bleu », Les Lieux-Dits, 52 p., 7 €.
C’est l’incertitude nécessaire au mouvement, même infime, que Michel Lamart célèbre par ce Peut-être. Né en 1949, ancien enseignant en lettres et philosophie, critique romancier et essayiste à la bibliographie riche d’une cinquantaine d’ouvrages, il propose avec ce court recueil une réflexion épurée sur notre besoin commun d’un temps, de nouveau, suspendu. « Réapprendre / À penser / En éteignant / L’écran // Se connecter / À l’essentiel / Silence… »
Combattant l’injonction contemporaine qui « Vous pousse, / Incessamment, À vous réinventer (sic) », il préfère se retourner vers les anciennes paroles et le « Je suis qui je serai », définition de Dieu entendu par Moïse face au buisson ardent, pour tenter de poursuivre la création d’une langue et l’invention de soi. Avec ces vers brefs, proches parfois de l’esprit des haïkus et des blancs qui entourent les mots nécessaires pour entrer en relation, ce Peut-être nous invite à retrouver le goût du désencombrement : « En me cherchant / Je vous / Trouve… // Ah le vertige D’être / Si peu ! »
Stéphane Bataillon
(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°325 du 20/03/2026)