UPPLR #328 : « Dernières notes du gardien des eaux », par Fabio Pusterla

Dans le recueil La Splendeur, Fabio Pusterla joue avec les quatre éléments pour faire revenir notre regard vers les paysages où s’agitent les hommes. Dernières notes du gardien des eaux nous plonge dans l’un de ces éléments. Une ode au retour d’une relation sensible et intime avec notre environnement.

Je n’ai plus le temps de t’écouter
dit le fleuve

L’eau maintenant bouillonne
il n’y a pas de rivage
pour la contenir, elle divague
perdue dans son cours
sans rythme
un vrai temps de folie
où se brassent passé et futur
le mélange du présent est exsangue
se trouble
tout est englouti
les corps noirs dans les tourbillons
les carcasses.

Moi, je me tiens à cette branche
je reste ici dans l’attente, dans l’écoute,
sans tenir compte du mugissement
je résiste, je vais céder, j’attends.

Fabio Pusterla
La Splendeur
Traduit de l’italien (Suisse) par Jean-Simon Mandeau
Ed. Cheyne, coll. « D’une voix l’autre », 176 p., 25 €.

Comment s’extraire du torrent ? Du temps des événements qui semble s’accélérer jusqu’à perdre pied ? Jusqu’à se sentir devenir, parfois, totalement impuissant à en modifier le cours ? La Splendeur, nouveau recueil de Fabio Pustrela, offre une réponse, mélange de contemplation et d’engagement humble dans le réel. Né en 1957, l’auteur vit dans le Tessin, en Suisse italienne, en contrebas des sommets alpins. Ses poèmes témoignent tous de ces paysages montagnards au climat méditerranéen qui font danser les hommes avec les éléments, souvent à contretemps : le tumulte et l’écoute, le mouvement et la stagnation. Pustrela nous convie à retisser une relation intime avec les paysages. Ces lieux où l’homme vit et meurt, aime et se fait la guerre, qui ne se perçoivent souvent plus qu’à travers les écrans. L’entrée dans cette danse se fait alors prière : « (…) pour toutes les choses précaires qui brillent doucement/Pour toutes les choses du monde. Je sais seulement/voler follement, risquer/un voyage. »

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°328 du 9 avril 2026)

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