UPPLR #330 : « Au Bon Samaritain », de Jean-Pierre Lemaire

Dans Le Livre de verre, Jean-Pierre Lemaire convoque les figures bibliques et la voix des poètes pour retracer une vie littéraire consacrée à la transmission et au partage.

Dans ma tête
tout est confus,
la route
de Jéricho,
l’embuscade
des brigands :
un chaos sanglant.

Mes plaies,
je les sens toujours
mais elles cicatrisent,
désinfectées
par l’huile et le vin
que tu y as versés.

Du transport à dos d’âne,
je ne me souviens plus
(ça aussi, sans doute,
on me l’a raconté).

Sur la cheminée
où brûle un bon feu,
de mon lit je vois briller
les deux pièces d’argent
que tu as données
d’avance à l’aubergiste
pour prendre soin de moi
jusqu’à mon retour.

Jean-Pierre Lemaire
Le Livre de verre
Gallimard, 126 p., 16 €.

Depuis 1980, Jean-Pierre Lemaire trace une œuvre poétique importante, inspirée entre autres par un christianisme dont il rehausse le caractère profondément incarné, en conservant une douceur, un souci des êtres et une forme de retenue qui est la marque des grands passeurs. Car ce Livre de verre est soufflé par une langue cristalline, cette langue française dont il donna le goût et la passion pendant trente ans à ses élèves du lycée Henri-IV, à Paris. Ce dernier recueil se lit comme une déclaration d’amour. Aux récits bibliques et à leurs personnages, mais aussi aux écrivains, tous rassemblés dans sa bibliothèque : « mal rangée, /touffue comme un taillis où l’on plonge la main pour y cueillir une baie ». Depuis ses livres, même fermés, il entend « un murmure ». Cette brise légère et fragile qu’il essaye de transmettre de poème en poème sans jamais l’enserrer.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°330 du 23 avril 2026)

 

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