UPPLR #331 : « Le lieu dont parlent les Indiens », de Simon Ortiz

Le poète Simon Ortiz, indien pueblo, relie identité indigène et souci de la Terre. Il est l’une des voix d’une nouvelle et importante anthologie des poésies amérindiennes des éditions Seghers, couvrant la période des années 1970 à nos jours.

 

Écoute,
c’est ainsi qu’on l’entend.
Bientôt tu pourras l’entendre,
venant de loin
du plus profond de la terre, là-bas, tout au fond, elle vient,
la voix de la puissance arrive,
de plus en plus proche.
Écoute, c’est ainsi que tu l’entendras.
Venue de la terre,
la puissance émouvante de la voix
et du Peuple qui parle.
Tu sais prier. Chanter doucement aussi.

Entendre,
c’est ainsi qu’on écoute.
Le Peuple parle,
il annonce que la puissance viendra à lui
et qu’elle viendra bientôt.
Elle viendra,
la puissance émouvante de la voix,
la puissance émouvante de la terre,
la puissance émouvante du Peuple.
C’est ce lieu dont parlent les Indiens.

Simon Ortiz
Poésies amérindiennes d’aujourd’hui
Anthologie dirigée par Olivier Penot-Lacassagne
Ed. Seghers, 432 p., 25 €

Indien pueblo, Simon J. Ortiz est né en 1941 à Acoma, au Nouveau-Mexique, où il réside toujours, dans l’un des sept villages de la vallée du Rio Grande parlant la langue keresane. Il relie la défense de l’identité politique et culturelle indienne avec les questions d’écologie. Il fait partie de cette nouvelle anthologie d’ampleur, faisant le bilan d’un demi-siècle de poésie amérindienne. Une poésie venue d’une tout autre culture, traversant les luttes et les espoirs de ces peuples indigènes pour saisir l’évolution de leur regard sur le monde et sur leur identité.

Du « Red Power », mouvement de revendications des années 1970 pour leurs droits aux rythmes contemporains du hip-hop, cette somme présente 26 auteurs majeurs à travers un choix de trois à six textes représentatifs de leurs voix. Des poèmes animés d’une force d’indignation impressionnante, opposant souvent un monde déshumanisé et dévoré par les intérêts particuliers face au souci de l’âme, de la dignité de la personne et de l’état de la terre. Le sommaire est complété d’une section de « parole en archipel » présentant un texte de 20 poètes et poétesses supplémentaires. À l’heure où les États-Unis occupent le devant de la scène et des conflits, cette plongée dans la condition indienne est l’occasion de se faire une autre idée de l’Amérique.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°331 du 30 avril 2026)

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