UPPLR #308 : Tout est à venir, par Max Alhau

Tout est à venir :
autant de certitude
que l’on aimerait effacer
de son livre de comptes.
On préfère regarder derrière soi,
ne pas oublier les chemins
naguère empruntés,
chemins désormais à l’abri
dans la mémoire
et que l’on ne saurait rejoindre
dans cette géographie
aux frontières balbutiantes.

 

*

Il faudrait remonter
jusqu’au premier souvenir
pour continuer le parcours
l’esprit libre de toute histoire,
pour durer autant
qu’une promesse sans faille,
un visage à jamais
délivré de son ombre.

Max Alhau
Au jour le jour
Éd. L’herbe qui tremble, 134 p., 18 €

Retracer le chemin mais ne jamais cesser d’espérer l’aventure. Dans son dernier recueil, Max Alhau, né à Paris en 1936, livre en quelques poèmes et proses un vade-mecum subtil pour traverser nos existences sans se laisser submerger ni par un temps qui file trop vite, ni se laisser engloutir par les vides des absences. Avancer, avec une forme de distance qui, loin de nous rendre froids et insensibles au monde, nous permet au contraire de mieux le contempler. Un chemin jonché d’obstacles pour mieux nous éprouver, rendant chaque vie si imprévisible. « Es-tu certain d’avoir un jour franchi une frontière, traversé un fleuve ou la mer ? /Tu es resté à bord de ton ombre que la nuit n’a pas gommée. /Tu as attendu à bord de ton ombre que le temps te rejoigne pour faire retraite à jamais. ». Les contours d’un mystère que la parole poétique, accompagnée de dessins du peintre Christian Gardair, permet de distinguer, pour retrouver son rythme.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’hebdo n°308 du 17 octobre 2025)

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