TOUT UN SYMBOLE. Signe de la persistance de la vie malgré l’hiver depuis la fête romaine des Saturnales, l’usage décoratif du houx a été repris comme tradition par les chrétiens pour augmenter la force évocatrice de Noël.
(Initialement paru sur le site de La Croix, le 18 décembre 2025)
Par Stéphane Bataillon
La couronne du houx signe, immanquablement, le temps de Noël. Pourtant, son utilisation dans un cadre sacré remonte aux Saturnales. Une fête païenne dédiée à Saturne, le dieu du temps romain, tenue durant la semaine du solstice d’hiver du 17 au 23 décembre.
Lors de cette fête, les rangs sociaux étaient inversés et l’autorité des maîtres sur les esclaves était abolie. L’on offrait de petites figurines aux enfants et les maisons étaient à cette occasion décorées de houx. Ses feuilles persistantes y symbolisaient la lumière de vie résistante à la désolation de l’hiver, magnifiant ainsi l’action de Saturne, un dieu qui n’était actif qu’à cette seule occasion, restant le reste de l’année en sommeil.
Une tradition reprise et amplifiée par les chrétiens
La présence du houx à la table des fêtes sera reprise par les chrétiens lors de la fixation de la date de naissance du Jésus au 25 décembre par décision du pape Libérius en 354. Le piquant des jeunes feuilles est alors associé à la couronne d’épines et le rouge vif de ses fruits au sang du Christ. Le feuillage persistant de l’arbuste, qui pourrait vivre jusqu’à trois cents ans, renforce l’évocation de la vie éternelle et de la renaissance.
Un autre récit fait le pont entre la Nativité et la Passion : lors de la fuite en Égypte pour échapper au courroux du roi Hérode, comme le raconte l’Évangile de Matthieu (chapitre 2) , la Sainte Famille se serait réfugiée dans un buisson de houx pour échapper aux soldats. Ses branches, comme par magie, se seraient étendues pour mieux les protéger. Danger écarté, Marie aurait béni l’arbuste, lui assurant ainsi de garder sa couleur et sa vitalité tout l’hiver et renforçant sa symbolique d’immortalité. Ce beau conte de Noël, qui ne figure ni dans la Bible ni dans aucun texte apocryphe, est un des nombreux récits populaires circulant dans les campagnes dès l’époque médiévale.
On retrouve d’ailleurs le houx dans un grand nombre de croyances et légendes populaires qui rendent familier ce végétal très commun en Europe. Accrocher du houx dans sa maison était gage de protection, d’abondance et de l’assurance que seules les âmes bienveillantes pouvaient y entrer. Un rameau suspendu dans l’étable fait un excellent protecteur du bétail : il préserve les vaches de l’eczéma en Lorraine, de la fièvre dans les Deux-Sèvres et des verrues dans le Doubs. Paul Sébillot, dans son monumental Folklore de France (édité entre 1904 et 1907), rapporte qu’en Basse-Normandie, on met parfois du houx dans le lait ; ses piquants auraient le pouvoir d’écarter les sortilèges.
Une plante qui ne manque pas de piquant
Le houx, aux vertus curatives et dont les feuilles sont utilisées depuis les druides celtes pour leurs effets diurétiques, à aussi son côté négatif, incarné par la forte toxicité de ses fruits. Une autre croyance joue de cette dualité : en Wallonie, on dit que, lors de certains pactes avec le diable, le sang était tiré du bras gauche (côté traditionnellement mauvais) avec une épine de houx.
L’ambivalence touche jusqu’à son nom, dérivé de l’anglais holly. Dans le monde anglo-saxon, le jeu de mots avec holy, « saint », est fréquent, comme en atteste par exemple la célèbre chanson Holly Holy de l’américain Neil Diamond. Mais en français, le houx a donné le verbe houspiller, nettement moins désirable ! Chargée de tous ces sens, la couronne de Noël ne se contentera pas cette année de faire figure de décoration.