UPPLR #336 : « L’Averse du soir », de Pierre Peuchmaurd

Les œuvres poétiques complètes de Pierre Peuchmaurd permettent d’entrer sur des terres conciliant la puissance des images et l’expression la plus intime de son imaginaire dans un « lyrisme radical » partagé et une vision offerte d’un monde réconcilié.

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Immobile sous la pluie,
la biche
Immobile sous le soleil

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Sabots légers sur l’herbe —
elle jaillit,
la rosée !

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Le rouge et le noir
filent sur l’eau noire —
poule d’eau

*

Dormir la bouche ouverte
dans un monde
de moucherons

*

Enfance —
le vent
saute à l’élastique

Pierre Peuchmaurd
Œuvre poétique complète
Éditions Pierre Mainard, 1 040 p., 44 €.

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« Peut-être sommes-nous la dernière génération à ne croire qu’au livre (…) le livre seul pose un acte », disait Pierre Peuchmaurd. Cet imposant volume d’Œuvre poétique complète, pari audacieux en ces temps de crise de l’édition, qui aboutit dix ans après sa mort, tente de rallonger un peu le délai.

La poésie de Peuchmaurd, né en 1948 dans le quartier des Batignolles à Paris, allie la puissance des images propres aux surréalistes à ce qu’il appelait un « lyrisme radical » laissant place, à contre-courant des modes poétiques, à un retour au vécu, au « je » qui permet la contemplation du monde de sa place et avec sa voix de passeur d’ombres et de lumières.

Si les textes rassemblés sont ici de formes très diverses, couvrant une vie de poésie, commencée par un premier poème à seulement 13 ans, ces haïkus écrits en 2007, dans ce qu’ils saisissent d’un monde vécu, sont une belle manière d’introduire l’univers de l’auteur. Une terre de poésie ouverte et foisonnante qui pourrait présenter ces quelques mots d’accueil à sa frontière : « Nul n’est contraint / de rester dans l’indivision / Nul / n’est contraint de diviser ».

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°336 du 4 juin 2026)

 

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