UPPLR #335 : « Argentique », de Guillaume Decourt

Avec Harmonica, etc. le poète Guillaume Decourt chante sa vie, ses souvenirs et ses rêves, au son de différentes langues et cultures, pour mettre en musique les petits riens du quotidien qui tissent une vie et permettent la transmission.

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J’ai laissé mes chaussures sur un banc de Prague
Que quelqu’un les prenne qu’il les fasse à ses pieds
Il ne me reste plus que des souvenirs vagues

Du centre et du pont Charles qu’il faut traverser
– D’après ce que nous dit Le Guide du routard –
Dès l’aube si l’on ne veut pas être pressé

Mais comme d’habitude je garde en mémoire
Des lieux sans intérêt sans recommandation
Le quartier Žižkov après huit heures du soir

Une épicerie la tour de télévision
Communiste brouillant les radios d’Amérique
Au XXe siècle avant notre conception

Tes yeux bleus avec un appareil argentique

Guillaume Decourt
Harmonica, etc.
Éditions La Table ronde, 160 p., 17 €.

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Il y a des airs de Boris Vian dans la poésie de Guillaume Decourt. Des rimes qui pourraient faire de belles chansons. Au fil du récit de sa vie, en puisant dans ses souvenirs et son imaginaire. Né en 1985 et déjà auteur d’une quinzaine de recueils, dont Lundi propre (La Table Ronde, 2023), prix Max-Jacob et prix Lucette-Moreau de l’Académie française en 2024, ce jeune quarantenaire mêle vie de famille, rêves de voyages, petits riens du quotidien et souvenirs qui tissent l’existence. « “Je ne crois pas plus à la lutte qu’au progrès” / Pense un jeune homme dans la mousson mahoraise / Je l’entends c’est moi j’ai le double de son âge / Par élégance il vaudrait mieux que je me taise » Dans Harmonica, etc., le jeune homme devenu père se garde bien de toute leçon de morale à ses enfants, jumeaux, et préfère contempler leur épanouissement aux sons des deux langues, le français et le grec – patrie de sa compagne – qui les ouvrent au monde et aux choses. Ainsi, devant un stand de sucreries « L’un rit l’autre bégaye / “Barbe à papa” avant / Version grecque efficace / “To mali tis grias” / “Les cheveux de la vieille” ». La douce musique, soufflée du bout des lèvres, d’une parole en mouvement.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’Hebdo n°335 du 28 mai 2026)

 

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