Abbaphonix #12

Prendre le temps
d’inspirer

Avant d’ouvrir les yeux

Comme la première fois.

Un philosophe demanda un jour à Abba Antoine : « Abba, comment pouvez-vous être si heureux, alors que vous êtes privé de la consolation que donnent les livres ? » Antoine répondit :  » Mon livre, ô philosophe, c’est la nature et, quand je veux lire les paroles de Dieu, il est toujours devant moi. »

Abbaphonix #11

Ne pas trop remplacer
le monde par ses paroles.

« Des frères vinrent de Scété chez Abba Antoine. Montant dans le bateau pour s’y rendre, ils trouvèrent un vieillard qui voulait s’y rendre lui aussi. Or les frères ne le connaissaient pas. Assis dans le bateau, ils s’entretenaient successivement des paroles des Pères, de l’Écriture, de leurs travaux manuels. Quant au vieillard, il gardait le silence. Arrivés au port, il se trouva que le vieillard, lui aussi, allait chez abba Antoine . Lorsqu’ils parvinrent chez lui, Antoine leur dit : « Vous avez trouvé en ce vieillard un bien bon compagnon de route. » Et il dit au vieillard : « Tu as trouvé avec toi de bien bons frères, abba. » Le vieillard dit : « Sans doute, ils sont bons, mais leur demeure n’a pas de porte et quiconque peut à son gré entrer dans l’étable et délier l’âne. » Il disait cela parce que les frères disaient tout ce qui leur venait à la bouche. »

L’intense

Peu importe le nombre
de notes sur la portée

Un seul accord de Bach
fait surgir la prairie
et ces rires d’enfants

Encoche la mémoire
au seuil des partitions.

Notes sur la poésie #53

Il y a une condition. Celle de tout consacrer à l’énigme du poème. À son doute. Ce doute-énergie qui le fait résonner et survivre dans une parole recommencée. Cette obscurité douce qui distingue l’agencement de ses mots d’un astre mort. Cette liaison imprenable.

Quies

Engager toutes ses forces
pour amarrer la phrase

Se laisser  dériver
au creux de la fournaise.

Sortie de Gustave 73 : Numéro sur paroles

Ce mois-ci, Gustave vous embarque pour un long voyage dans le désert égyptien. Au IVe siècle, des hommes vinrent s’y installer loin de tout, à la recherche d’absolu. Ce qu’il nous en reste, ce sont des maximes et de petits récits tendres, drôles et cruels, les apophtegmes. Ils ont inspiré les quelques poèmes rassemblés dans ce numéro sous le nom d’Abbaphonix. Plusieurs voix, pour formuler le vent.

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Abbaphonix #10

Passion
de l’incertitude

Telle est ma quête.

« Un frère, étant venu séjourner chez un solitaire, dit à son hôte en le quittant : « Pardonnez-moi, Abba, car j’ai interrompu l’observance de votre Règle. « Ma Règle, c’est de vous accorder l’hospitalité et de vous laisser partir en paix. »

 

Abbaphonix #0

Ni soumettre
Ni se soumettre

Demeurer tranquille.

 

L’une des raisons (…) qui leur faisaient fuir le monde des hommes était que celui-ci se divisait en deux catégories : celle de ceux qui réussissaient et imposaient leur volonté aux autres, et celle de ceux qui devaient céder et obéir. Les Pères du désert refusaient de se laisser mener par les hommes, mais ne désiraient nullement les diriger eux-mêmes. Ils ne fuyaient pas non plus la compagnie des hommes : le fait même qu’ils énoncèrent ces conseils prouve qu’ils étaient très sociables.
Thomas Merton – La sagesse du désert.

Notes sur la poésie #52

C’est dur. Dur de sortir du style, de laisser les mots dériver, sans trop virer de bord. Sans manœuvrer brut. Parce qu’on le sait bien, qu’il faut jouer, sur l’émotion. Sur les larmes. De tristesse. De joie. Faire les montagnes russes avec. Comme dans un bon scénario. Que ça s’apprend, désormais, la poésie. Que ça s’appelle le creative writing. Que Kenneth Goldsmith, lui, préfère le terme et la pratique d’Uncreative writing. Que c’est très intéressant, de faire avec ce qui existe déjà. Le fabuleux livre théorique de ce nouveau segment d’études littéraires vient d’ailleurs de paraitre chez Jean Boite, traduit par François Bon sous le titre L’écriture sans écriture. Alors, oui, c’est dur, l’écriture. Dur de fabriquer de la poésie. Parce qu’il y a des impondérables. Non contrôlables. Des mots qui coulent. Qui débordent. Qui prennent le pas. Des défauts qui rendent beau, qui sentent bon. Qu’il faut pétrir. Comme une pâte à pain. Dur. Et en même temps très fragile, tout ça. Ce ça qui fait du poème une matière vivante. Un levain.

Haïku des bryophytes

Chenille dressée
aux premières loges du printemps

Mousse dans le jardin.

(Haïku d’après les observations de T. dans le jardin
du Musée Stéphane Mallarmé, 25-03-2018)