Abracadabra

Envoie ta foudre
jusqu’à la mort

Et que ce tourbillon
te redonne la force
d’élancer ta parole

Envoie ta foudre
jusqu’à la mort

Pour dégager le ciel
et retrouver l’audace
de séduire le soleil.

Butō #7

État zéro

il n’y a plus de bruits
et plus de différence
entre les langues
entre les sexes
entre les chairs

juste quelques rires lointains

il n’y a plus de joie
il n’y a plus de peine

juste quelques bribes de vent

plus de chaud
plus de froid
non plus

la lumière
est tombée dans le noir

enfin
retournée.

Butō #6

Calmer les angoisses
diriger son destin

c’est tout

tout ce que tu as à faire

c’est juste chercher le point où trouver la chaleur, la douceur, le silence.
c’est juste chercher ce qui est là
juste là
collé

mais en dedans
dans le noir
dans les ténèbres
dans le noir des ténèbres qu’il faudra traverser
pour trouver le silence, la douceur, la chaleur
d’un pas de danse au creux
même pas
même pas un pas

calligraphie du corps
pour inscrire et transmettre
avant de sans partir
avant de rester là
avant de savourer

ce qui dépend de toi
et participe au monde

c’est juste
un frémissement

juste
rien
qu’un peu de joie et de terreur mêlées.

Butō #5

Se rassembler
d’un mouvement
danse contre danse

pour projeter au loin
ce qui pourra t’atteindre
et te faire tressaillir

pour que tu le transmettes.

Butō #4

Abandon
de l’estime

pour oser
ne rien faire

contempler
ce qui ne t’appartient plus

pour mieux le reconnaître
jusqu’au point de fusion.

Butō #3

Dénudé. Au-delà de ta peau, de tes os, de ton sang. Jusqu’à l’obscur. Jusqu’aux limites du lieu dont les légendes racontent qu’il renferme la clé d’une traduction tremblante. Pour épeler enfin le langage de ta nuit.

Butō #2

Ton corps tendu
devenu immobile
de demande plus de force

En échange, il libère
l’émotion terrée là
dans l’estomac de ton esprit.

Clair-obscur

Maintenant qu’il y a
du blanc
du silence
du calme
dans ton poème

Y glisser de l’ombre
petit à petit
blanc après blanc
silence après silence
tremblement après tremblement

Afin que ses reflets
embrasent l’univers
et puissent enfin nommer.

Que me dis-tu de l’homme ?

Que me dis-tu de l’homme ?
De celui qui viendra
au seuil de ta porte

Que me dis-tu de l’homme ?
Le reconnaîtras-tu
malgré l’obscurité ?

Malgré ton impression
de n’être pas à ta place

De n’avoir accompli
l’entièreté du chemin

Ou de t’être trompé
lors des bifurcations

Que me dis-tu de l’homme
au fond de ce miroir
qui demande l’indulgence ?

Membrane

Qui peut voler la parole
d’un cri perçant le ciel ?

Qui peut survoler les mers
et les assécher
d’un battement de cil ?

Qui peut incendier
les prairies d’herbe fraiche
sans une seule étincelle ?

Qui peut voler mon poème ?

Toi ?

Non.
Pas toi.

Jamais.

Jamais
quoi qu’il arrive
quoi que tu m’impose
quoi que tu intime

Tant que j’aurai la force
et le désir
et les paroles pour
voyager mes ténèbres

Tant que je sentirai
sur ma peau
ensanglantée
le souvenir de sa caresse

Tant que je pourrai
voler
survoler
assécher
et incendier

ce silence

auquel tu voudras me contraindre

le jour de la victoire
de ta révolution.

Holding out for a hero

Il reste quelques lumières
laissées par le squelette
dans le chateau des ombres

Les traces d’une gardienne
survolant mon enfance.

Metaverse

Un jour
tu commettras un crime
sans t’en apercevoir

Ce ne sera pour toi
qu’une partie de gagnée.

Note sur la poésie #85 : Processus du poème

Le poème est un principe cristallisateur, qui permet de transformer le réel perçu, le savoir arrivé au seuil de notre être, en connaissance. C’est à dire en information utile, car accueillie, permettant de vivifier notre puissance d’être.

Le processus du poème en train de s’inventer, de s’écrire, de se densifier par étapes de réduction, de nettoyage des scories, de densification, rejette, retient et assimile les éléments de ce savoir extérieur. Il les fait résonner avec nos éléments intimes déjà présents : souvenirs, bribes de paroles tournantes, énergies et émotions circulantes, afin d’obtenir un produit nouveau. Une matière nouvelle, vivante, qui procède d’une incarnation inversée prenant source dans le corps du poète, devenu passeur actif de ce réel premier.

Cette transmission, acceptée nous déleste : d’énergie, de mots, mais procure en retour de don, et par le fait même de son achèvement, un apport d’énergie nouvelle. Une dynamique qui est point d’étincelle. étincelle noire ou blanche selon ce qui en sort, rappelant le jeu des ténèbres et de la lumière et notre position qui, par cette énergie, nous fait passer de l’état de pion à celui de maître du jeu de notre humanité.

Comme le chant ou la prière, cet exercice du poème est un artisanat. Une maîtrise des lumières.

Plus que le point incandescent de la langue, le “faire poème” est l’une des réalisation de notre incandescence. Incandescence d’un feu qu’il nous faut entretenir pour qu’il tienne jusqu’à cette aube dont nous ne savons l’heure.

Influence

Retournée
nettoyée
réparée

La coupe est prête
à recevoir
le plus doux des breuvage

Je la ferai passer
après dégustation.

Vision

J’ai vu Dieu l’autre nuit

Il était dans une boite
une petite boite noire
dans le noir
sur un promontoire
avec une serrure d’or

Je me suis approché
posé mon œil contre la serrure
et j’ai vu
loin, très loin
tout au fond
une autre
puis encore une autre
puis encore une autre
et encore une autre
boite
une toute petite boite
dorée
avec une ouverture
et là,
dans l’ouverture
une fiole de verre renversée

Dans la fiole
comme un paysage d’été
avec la terre, le soleil, le vent
et la rosée

Mais sans rien d’autre
que lui

Dieu

Un brin d’herbe.

Ouvrir

Ce matin
j’ai envie de te dire
que c’est moi
qui ai apporté le soleil

Même si ce n’est pas vrai.