UPPLR #306 : Sur la table inventée, par Thierry Metz

L’homme a entendu des bruits de pas dehors, des voix, des sifflements comme ceux d’un oiseau. Il sort, mais rien, trop tard ou trop tôt. Des gens étaient là, tout près. Il remarque des traces autour de la maison, c’est tout. Et aussi quelque chose comme une offrande, déposée sur le seuil : cailloux, morceaux d’écorces, et les sept couleurs tracées sur la pierre. « Ce peu de choses, dit-il, c’est tout un livre. »

Thierry Metz
Lettres à la bien-aimée et autres poèmes, Poésie/Gallimard, 400 p., 10,30 €

Ces quelques lignes ouvrent le volume publié par Poésie/Gallimard regroupant six recueils de Thierry Metz (1956-1997). Elles contiennent, dès le seuil, ce mélange de réalisme et de mystère qui caractérise cette voix précise et fulgurante. Comment faire avec la vie ? Comment répondre aux regards ? Comment travailler avec ses mains et les tendres au prochain ? Thierry Metz était poète. Mais il était aussi maçon. Une expérience dont il tira un récit fameux, Le Journal d’un manœuvre (Gallimard, L’Arpenteur, 1990). Une vie d’écriture et de poésie fracassée par un drame intime : la mort de Vincent, son fils de 8 ans, renversé par une voiture passant devant sa maison. L’écriture, désormais, « sonde un dieu qui ne grandira pas », et la douleur résiste même à la force du poème. Après une longue lutte contre l’alcoolisme et les idées noires, la décision est prise d’en finir, à juste 40 ans. Reste ces textes, fragiles et puissants, étincelants dans la pénombre comme des joyaux. Un très beau documentaire L’Homme qui penche, réalisé par Marie-Violaine Brincard et Olivier Dury, sort conjointement au livre, offrant d’autres lumières pour découvrir l’univers de ce très grand poète contemporain.

L’Homme qui penche, un DVD Survivance, 1 h 35, 17,99 €.

Stéphane Bataillon

(Article initialement paru dans La Croix l’hebdo n°306 du 31 octobre 2025)

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