le soleil se partage
dit la vieille dame aux passants
en déposant ses cageots
de pommes de cerises de reines-claudes
devant son portail
sur un petit carton
quelques mots
prends ce qui te plaît
le reste pour les anges
Philippe Rebetez
Gens d’à côté
L’Ail des ours, 36 p., 10 €
Pendant plus de 30 ans, Philippe Rebetez, né en 1956, a été travailleur social, s’occupant de personnes en situation de handicap. Des situations vécues et accompagnées, des paroles dites ou retenues, dont il a déjà tiré six recueils de poésie parus en Suisse, où il demeure, principalement aux éditions Samizdat. Ce septième livre, publié à l’Ail des ours, offre de mieux découvrir cette voix singulière et très attachante de la poésie francophone. D’un trait, avec pudeur et tendresse, il transforme le banal des vies, souvent pauvres et cabossées, pour éveiller une empathie profonde : « pour celles et ceux / qui y passent leurs journées / les gares sont souvent / des voies sans issue ». Ses poèmes courts sont aussi l’occasion de porter un regard sur l’actualité du monde, en reprenant le contrôle de notre perception face au flot des informations. Avec toujours cette chaleur qui évite de rompre le fil et les liens de solidarité avec nos semblables : « dans la cour de l’immeuble / les enfants s’en donnent / à cœur joie / les deux qui jouent à la guerre / ignorent encore / qu’on peut être mort / pour de vrai ». Une poésie essentielle et précieuse, à emporter avec soi, pour affronter toutes les tempêtes, et la nouvelle année.
Stéphane Bataillon
(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°314 du 2/01/2026)