UPPLR #315 : Sois toujours l’errant, par Adonis

Sois toujours l’Errant. Ne t’arrête jamais. Même lorsque tu frappes aux portes de l’infini. C’est en soi le commencement – dans tes rêves mêmes, surtout les rêves éveillés, par exemple :

Si Ulysse n’avait pas existé, qu’est-ce qui aurait changé ?
Le retour d’Ulysse, est-ce une erreur de voyage ou d’être ?
Oui, si tu t’assieds avec une fleur,
que tu parles avec une source,
que tu voles avec un papillon,
que tu nages avec un nuage,
tu seras toi-même l’infini.

Que la paix soit sur Tanger : sur ce qui est passé, présent et à venir.
Apprends-moi, ô cher grand-père, éclaire-moi davantage.
Tanger deviendra-t-elle un autre espace d’écriture pour une autre histoire ?

Adonis

Tour Gambetta & autres poèmes
Traduit de l’arabe par Bénédicte Letellier
Seghers, 176 p., 18 €

Né en 1930 en Syrie, installé en France depuis 1985, Adonis n’a cessé, au fil de son immense œuvre, de tisser des liens entre les rives, les langues et les pays. Ce nouveau recueil, qui pourrait faire figure de testament poétique, en est une fois encore une belle illustration : les manuscrits originaux en arabe, langue de l’écriture, s’intercalant avec les traductions des quatre grands poèmes qui composent le livre. Tour Gambetta voyage ainsi des buildings de la Défense, où vit le poète, au Liban en passant, ce poème en témoigne, par une ville de Tanger convoquée pour sa puissance symbolique et mythologique. L’engagement total du poète, au service de la parole et de la défense de la liberté, ne va pas sans un rappel constant de l’ouverture et de l’abandon nécessaires pour s’allier au monde : « Les choses sont des miroirs, –/chaque miroir est un ébranlement –/Chaque miroir est un océan d’épreuves. // C’est l’air qui pose la main sur la tête du soleil : /Quand commencera le futur qu’on appelle l’humanité ? » À chacun de marcher à la suite.

Stéphane Bataillon

(Initialement publié dans La Croix l’hebdo n°315 du 9/01/2026)

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