Nous sommes dans un piège tendu. Une certitude assénée que, sans être présents, ou « diffusés » par les réseaux sociaux, nous n’existons plus. Je me souviens de cet artiste, au siècle dernier, qui ne passait plus à la télévision après une période de gloire. Un homme de son public, croisé par hasard, et malgré la poursuite, en maints endroits, de son art, lui avait lancé : » Vous aviez disparu ! ». Plus il y a de diffuseurs, de diffusés, quelque soit la valeur de ce qui est produit, plus ce risque individuel d’être invisibilisé est grand. L’IA centuple ce risque, transformant Internet en un océan pollué. Un terme a été inventé pour qualifier ce phénomène : la « merdification ».
Cette situation pousse chaque artiste à la consommation. A l’investissement de temps et d’argent dans la fabrication du reflet plutôt que dans la mise au point de son image, l’œuvre. Il renforce le désespoir de chacun, se gargarisant de followers passifs, et, pour la très grande part, totalement inactifs. (Ainsi, ce « compte à succès » à 90K followers, vanté l’autre jour par son éditeur, qui ne recueille, après des milliers de publications, au mieux, que 200 « likes » par post.) Tout ce travail. Toute cette perte de temps. Tout ce temps de vie inutile. Absolument vertigineux.
Il faut, absolument, aujourd’hui, alors que ces réseaux sont tenus par les ennemis de la démocratie et de la liberté de chacun d’entre nous, s’en contrefoutre. Il faut continuer, coûte que coûte, à écrire, à jouer, à peindre, à grandir et à se forger dans son art jour après jours. Avec nos moyens. Hors de leurs griffes. Hors ligne.