Le privacy design : de nouveaux signes pour l’usage responsable des technologies

Quelque chose émerge dans le design des produits basés sur les technologies libres qui mettent en avant le respect de la vie privée (privacy) et la réappropriation des données par ses utilisateurs. Après des années où le design graphique ne semblait pas compter (voir, avant Ubuntu, la présentation des systèmes linux), une nouvelle catégorie d’utilisateurs “post-snowden”, prenant conscience de l’importance de leurs choix technologiques mais également sensible au style et au design de leurs objets de consommation, prête attention à la présentation de ces outils.

Une nouvelle tendance de design destiné au grand public éclairé que l’on pourrait appeler le “Privacy design” et qui serait la transcription visible du “Privacy by design”, concept qui implique la prise en compte de la protection des données personnelle dès la conception d’une offre.

Site de la messagerie sécurisée Protonmail

Ce Privacy design est régi par un ensemble de codes, encore en définition, qui transmettent non seulement l’idée de fiabilité mais aussi celle de simplicité et de plaisir dans l’utilisation de ces solutions donnant la liberté de contrôle de ses données (promotion, archivage, transfert, suppression).

Le smartphone Librem5 de Purism (www.puri.sm)
Le téléphone minimaliste MP02 du suisse Punkt. (https://www.punkt.ch)

Pour l’instant, les solutions existantes sont autant du hardware (smartphones et portables) ou des applications (moteur de recherche, VPN, système d’exploitation…). Elles tendent toutes vers un design minimaliste, avec un noir dominant souvent accompagné de violet (couleur symbolique du secret, de l’intériorité) et des polices de caractère sobres et discrètes, plutôt sans serif.

Moteur de recherche Startpage (www.startpage.com)

Plus que l’éthique d’utilisation des données, ce privacy design peut aussi transmettre une éthique de l’usage des matières premières, allant souvent de pair avec un engagement contre l’obsolescence programmée. C’est le cas, par exemple, des ordinateurs portables proposés par le suisse Why!, équivalent du Fairphone dans le monde des smartphones.

Les portables Why! contre l’obsolescence programmée.

Les organisations et associations militant sur ces thématiques, comme le parti pirate, adoptent aussi ces mêmes codes graphiques.

Un ensemble de codes graphiques à suivre, qui devraient logiquement devenir de plus en plus présents dans notre quotidien.

Un réseau social ouvert, sans aucune publicité, dont la règle de base serait de respecter la liberté de l’utilisateur, sans utiliser d’une manière ou d’une autre ses informations. Une utopie ? Non, Diaspora*. (Mise à jour : janvier 2018)

Sous couvert de service gratuit, la marchandisation de notre vie privée par les réseaux sociaux n’est pas une fatalité. Plutôt que de se lamenter sur les pratiques des mastodontes aux tentations orweliennes, allons voir du côté des alternatives libres. Ces solutions gratuites, ouvertes et réellement au service des usagers qui, comme Linux, Firefox, WordPress ou Wikipedia, permettent de conserver au réseau sa dimension démocratique initiale.

En 2010, Max Salzberg, Dan Grippi, Raphael Sofaer et Ilya Zhitomirskiy, des étudiants de l’Université  de New-York, férus d’informatique, ont imaginé un nouveau type de réseau social : un réseau qui ne serait pas détenu par une entreprise privée mais par la communauté de ses utilisateurs et où les données publiées ne seraient plus centralisées en un lieu unique.

 

“Pods” et “aspects” : le respect de la vie privée des internautes au premier plan

Avec Diaspora*, les données (cryptées et sécurisées par défaut) sont partagées sur différents serveurs autour de la planète, baptisés “pods”. Chacun est libre d’en installer un chez lui, afin de conserver les données et photos qu’il partage uniquement sur son ordinateur. Une solution libre, sans aucune publicité, où l’on choisit facilement avec qui échanger ses infos (et avec qui ne pas le faire) grâce à des groupes de contacts très facilement modifiables, les “aspects”.

Les 12 raisons pour migrer vers Diaspora* (version originale de David McCauley en anglais)

  1. C’est un logiciel libre.
  2. Aucune publicité d’aucune sorte !
  3. Vous avez le contrôle complet de vos données privées.
  4. Pas de nymwars (suppression intempestive des comptes par le service)
  5. Pas de censure, postez ce que vous voulez
  6. Pas de Big Brother pour vous espionner
  7. Pas de limites de taille sur les posts ou les commentaires
  8. Gifs animés permis
  9. Pas de limites sur la taille ou la forme des photos
  10. #Hashtags!
  11. Interface simple et élégante
  12. Communauté conviviale et intéressante.

 

La fin de la “licence d’utilisation” des contenus : une défense concrète du droit d’auteur

Diaspora*, au design élégant et épuré, est un réseau privilégiant le contenu des posts  et la convivialité plutôt que la survalorisation des egos tournant à vide. Loin d’être un réseau “de plus”, Diaspora* porte clairement une dimension éthique et politique. Une solution citoyenne pour bénéficier des apports d’un réseau social sans avoir l’impression de se transformer, à chaque post, en un “profil client” de plus en plus affiné. Pour les créateurs, c’est aussi la fin de la “licence d’utilisation” des contenus, octroyée automatiquement à chaque post (et donc les œuvres, textes, images, s’y trouvant) sur les Facebook et autres Google+ : ce qui est diffusé sur le réseau n’appartient en rien au diffuseur. C’est une évolution déterminante pour tous ceux qui crée et partagent leurs créations aujourd’hui. Bien sûr, le projet, encore très jeune, n’est pour l’heure qu’en version “alpha”, peu d’utilisateurs francophones sont présents et beaucoup de fonctionnalités ne sont pas encore intégrées (impossibilité de corriger un post une fois publié, de migrer son profil d’un serveur à l’autre…) . Mais, au vu des contenus présents, on se sent bien, en face d’un peuple connecté et éclairé, avec des posts et des photos très créatives et une vraie dimension militante autour de la liberté d’expression (garant espérons-le, d’une bonne tenue des échanges sur le long terme).

Pourquoi migrer vers Diaspora* ? 

Malgré ces incertitudes, et malgré le caractère quasiment incontournable de Facebook, j’ai décidé de soutenir et de rendre populaire cette initiative au regard de la diffusion (si modeste soit-elle) de ma poésie. Loin d’être une posture un peu “geek” ou faussement branchée, je crois profondément que la poésie doit avoir droit de cité dans le flux numérique. Et pour se faire, un simple site ne suffit pas, il est important de rester au plus proche des mouvements du monde, et suivre, et s’adapter, pour offrir ces mots toujours au plus grand nombre. Un lyrisme des sources connecté. Mais pas au mépris du respect d’une vie privée.

Une utopie concrète à tester

Pour vous permettre, vous aussi, de tester cette alternative, de changer les choses en prenant ses usages numériques en mains et de participer, pour ceux que cela intéresse, à cette utopie concrète voici les liens essentiels :
1 – L’article sur Diaspora* de Wikipédia (une bonne et rapide introduction)

2 – Un guide du débutant de Diaspora* en français

3 – Le lien vers Framasphere (la “version” ou “pod” française de Diaspora*) (un des nombreux serveurs – ou “Pod” disponible hébergeant la solution)

Stéphane Bataillon

Profil Diaspora* : https://framasphere.org/u/sbataillon