Rétrospective 2013 #9 : octobre

Se taire un peu
et prendre exemple
du temps qui vient

Se préparer à perdre
et partager encore

D´un désir revenu.

T’aimes pas ?
Parce que ça sonne faux ?
Parce que j’ai pas la rage ?
Parce que j’ai pas la haine ?
Et si j’avais la rage ?
Et si j’avais la haine ?
Elle monterait ma haine
Elle monterait
Tout tout tout doucement
Elle te sauterait au cou
Elle te décharnerait
Et te déchiquetterait
Elle te dévorerait
Elle t’ex, elle t’imploserait
Peut-être qu’elle t’aimerait ma haine
Peut-être qu’elle t’aimerait
Peut-être que t’aimerais
T’aimerais ?

Premier Testament :

Face à chaque violence
incarne le verbe aimer

Second Testament :

Deviens
d’en toi
par les autres
relié.

B.o.p (Bande originale du poème) : Koyaanisqatsi – Philip Glass

Que pourrai-je te dire lorsque tu m’interrogeras sur la question d’un dieu ? Peut être partir du mot, de ces trois ou quatre signes qui résument toutes les larmes et tout le sang du monde. D’un baiser d’inquiétude, je te dirai qu’il faut, et puis qu’il ne faut pas, les conserver dans l’ordre pour comprendre des choses. Que c’est à toi, et à toi seul, de trouver dans ce legs un nouvel assemblage qui vibrera ton cœur et te confirmera.

Cet aboutissement
aussi long qu’un regard.

 

Arriver jusqu’au seuil de ces mots énoncés en quelques milliers de langues. Toujours les mêmes : le sable, la nuit, la solitude. Et quelque soit le rythme que la musique impulse à ce silence là. Ce silence, là, porté. Résistant. Seuil d’une parole lue, d’un pays parcouru, d’une vie… De ces milliers de pages qui tendent vers le même vers : “Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière”. Nous voici acculés par le désir du mot à nous déterminer au-delà des tumultes. En compromis des autres. À revenir au plus juste, au plus fragile. À sa force.

Nils Peter Molvær – Khmer – ECM Selected Signs VI, 2013.

Rétrospective 2013 #7 : juillet-août

Elles #23 : Maëlys

23Maelys

Tes mots se sont dissous
à mon premier regard
et tu es presque mort

Tu n’aurais jamais dû
parier avec moi.

Dessin : Robin

 

La rancœur du sable

En être réduit à ça.

Qui a subtilisé
l’héritage des gabians ?

 

Mariage

Pour Danièle & Bernard

Ce matin

Une goutte a rafraichi
sans la trace du sel

Une brise a entrainé
les mousses sur le rebord

Un rayon s’est posé
sur la cachette des pierres

Et vos sourires ensemble
ont commencé le monde

Ce matin
là.

Rétrospective 2013 #6 : Juin

Credo (38) : Identification

C’est au chant du brin d’herbe
lorsque passe le vent

Et cela me suffit.

En partage

Ce matin,
te lisant un poème
je sens cette importance
qu’il y a de reprendre langue.

Sans toi je n’irais plus, je crois,
Sans frayeur dans les bois

Peuplés de tant de choses
Et surtout de silence,

Un silence royal
Qui parfois vous exclut.

Guillevic, Lyriques.

Longueur d’ondes

Entre nous deux
la virtuosité

D’une note.

Rétrospective 2013 #4 : Avril

Étreinte

Tu mets ta tête
sur elle
tout doucement

Tu la prends
dans tes bras
tout doucement

Peut-être as-tu la chance
d’entendre le chant des pierres.

 

Credo (35) : L’indice d’espérance

Tu regardes le ciel

Tu ne sais pas encore
qu’il y a d’autres ciels
et d’autres ciels encore

Leurs noms adviendront-ils ?

Nous saurons patienter
d’un regard entre nous.

 

Hanafubuki*

Le pétale
ne se résigne pas

Retarde l’échéance
avec l’aide du vent
en signe de résistance

J’accompagne cette fin
qu’il voulait différente

Et je repense à toi.

* la chute de pétale de cerisier en japonais

 

Poème bonus : After eggs

À S & T.

Ta lumière
qui me dit

D’arrêter de courir
vers ce point dépassé

De trahir une enfance
pour cesser d’avoir peur

Et d’entrer en partage
d’une nouvelle saison

Ta lumière
qui me dit

Que nous sommes
heureux

Que la vie
commence juste.

B.o.p (Bande Originale du poème) : Jacques Higelin – Beau repaire

Rétrospective 2013 #2 : février

L’attente
Je prépare la table
pour le geste à venir

Il s’est manifesté
par recoupement des temps.

Elles #10 : Izia
Izia

Il me quitte.

Je ne sais toujours pas

Si je suis
qui je serai.

Illustration : Robin

Credo (13) : Charisme
Alors il y a l’amour. Et aussi la prudence, le courage, la justice. Et puis la tempérance. À côté, l’espérance, la foi en quelque chose qu’il faudra reconnaître au plus juste de nous. Enfin la charité.

Ces mots inépuisables qu’il nous faut confronter à notre propre vide. Et creuser de nos mains jusqu’à l’arrachement. Rejoindre et devenir cet homme parmi les hommes. Pour une prophétie, tendue vers la joie simple que je veux te transmettre. Celle de craindre la vie.

Il n’y a pas d’autre Dieu que celui entre nous.